Le FMoGP Sides/Iveco des sapeurs-pompiers des Yvelines


Des risques nouveaux à couvrir…

A l’aube des années 1960 nous sommes de plein pied dans l’ère thermo-énergétique et les raffineries de dépôts d’hydrocarbures fonctionnent à pleins régimes. On assiste à une concentration exceptionnelle d’industries chimiques et de dépôts pétroliers. On peut citer le Couloir de la chimie au sud du département du Rhône, les raffineries de Fos-sur-Mer dans les Bouches-du-Rhône, l’estuaire de la Seine…

L'incendie de l'usine Lubrizol à Rouen
L'incendie de l'usine Lubrizol à Rouen

Le dépôt pétrolier de Coignières (78)
Le dépôt pétrolier de Coignières (78)

Ces implantations et ces productions ont fait naitre des risques nouveaux tant par leur nature que leur intensité. Les service de sécurité de ces sites industriels se sont alors équipés de moyens de lutte contre les incendies plus adaptés. Hydrauliquement plus puissants, avec des emports d’extincteurs plus importants et une utilisation accrue d’extincteurs spécifiques : la mousse physique(Voir notre dossier sur la production de mousse physique) et la poudre. On voit ainsi les grands sites s’équiper de Véhicules mousses raffineries (VMR), engins lourds aux dimensions imposantes et particulièrement puissants, avec la capacité de produire de grands volumes de mousse. C’est le cas par exemple de l’exceptionnel VMR 130 de Rhône-Poulenc Roussillon dans l’Isère (voir notre article) mis en service en 1966.

Les moyens des sapeurs-pompiers évoluent…

Bien évidemment nos sapeurs-pompiers ont été impliqués dès le début dans la lutte contre ces nouveaux sinistres. Certains corps, compte-tenu de leur proximité avec des sites industriels proches, se sont équipés en conséquence avec des moyens permettant une attaque massive avec la possibilité de produire de la mousse en grands volumes et de la projeter à grandes distances.
Les sapeurs pompiers de Lyon, par exemple, mettent en œuvre un fourgon de Grande Puissance pour feux d’Hydrocarbures (GPFH) en 1961. C’est une réalisation Berliet avec emport d’eau et de liquide émulseur et une pompe de 120 m3/h.
Les marins-pompiers de Marseille, quant à eux, mettent en œuvre au début des années 1970, un engin baptisé Mousse Grande Puissance ou MGP. C’est en fait un VMR 49 avec un emport total de 4 900 litres1Le nombre qui suit la désignation de l’engin est la capacité totale de sa citerne en hectolitres.. Les marins-pompiers, peu habitués à ce type d’agrès, le surnommeront l’usine à gaz du fait de la complexité de son hydraulique2Cité par Daniel Baldjian. nouvelle pour eux !

Ce type d’engins sera baptisé plus tard Fourgon-Mousse de Grande Puissance (FMoGP) par les sapeurs-pompiers.

La lance-canon de toit
La lance-canon de toit

La lance remorquable mousse (LREM)
La lance remorquable mousse (LREM)

Cellule émulseur (CEM) de  6 x 1 000 litres
Cellule émulseur (CEM) de 6 x 1 000 litres

Cellule émulseur (CEM) de 6 000 litres
Cellule émulseur (CEM) de 6 000 litres

Dévidoir automobile
Dévidoir automobile

Le FMoGP Sides/Iveco des sapeurs-pompiers de Yvelines

Le département des Yvelines est concerné au premier chef par la concentration industrielle et pétrolière. On y stocke près de 1,3 millions de m3 de liquides inflammables par près de 400 établissement autorisés ! Citons par exemple le dépôt pétrolier de Gargenville (Total), celui de Coignières (Raffinerie du Midi), La centrale thermique de Porcheville (ERDF)… sans oublier les 250 km d’autoroutes et de routes nationales susceptibles d’être empruntées par des transports de matières dangereuses.

Quatorze établissements de statut Seveso sont dénombrés dans le département.

Les sapeurs-pompiers yvelinois se sont donc équipés très tôt de puissants moyens. En 1974 ils avaient mis en départ trois fourgons-pompes dévidoirs de grande puissance Camiva sur châssis Saviem SM10, dénommés Grandes puissances dévidoirs (GPD), d’une capacité hydraulique de 120 m3/h , qui tractaient et pouvaient mettre en œuvre des lances remorquables mixtes bi-tubes eau-mousse.
Des engins pour feux spéciaux sur châssis Saviem SM6, de plus petit gabarit, étaient mis en départ à la même époque, avec une dotation en liquide émulseur en bidons et pouvant mettre en œuvre un générateur thermique de mousse.
En, 1975 un engin Camiva, plus spécifique, est mis en service. Aménagé sur un sur châssis Berliet, ce Véhicule mousse hydrocarbures (VMH)  porte 1 100 litres de liquide émulseur, 1 200 litres d’eau et 1 000 kg de poudre. Son hydraulique, une pompe d’un débit de 1 000 l/min, ne lui permet pourtant pas d’être qualifié de Grande puissance.

En parallèle de toutes ces mises en départ des cellules émulseurs (CEM) sont mises en service.

Mais en 1991 le Service départemental passe une commande auprès de Sides de six engins d’une puissance inhabituelle. Il s’agit alors de la plus importante commande d’engins d’incendie de type VMR par les sapeurs-pompiers français.
Ces engins sont commandés au moment où les GPD commencent à être retirés du service actif.

Le porteur est un camion polyvalent lourd, de type 190-32 Turbo, 4×2 animé par un moteur Fiat de 318 ch fabriqué par le constructeur italien Iveco. C’est donc un fourgon mousse de grande puissance, selon la terminologie utilisée par les sapeurs-pompiers. C’est en fait un VMR de type 65, c’est à dire avec un emport total de 6 500 litres. Sa citerne, en polyester armé, est divisée en deux compartiments.

L’emport d’eau

Un compartiment de la citerne, de 5 000 litres, est réservé à l’emport d’eau. Celle-ci, additionnée d’agent émulseur, est nécessaire à la production de mousse (voir notre article à ce sujet).

On voit donc que l’emport d’eau est important. Celui-ci est nécessaire en grandes quantités lorsqu’il faut produire de gros volumes de mousse. De fait ce FMoGP peut être utilisé comme porteur d’eau et donc faire office de camion-citerne de grande capacité pour alimenter les engins d’attaque plus conventionnels engagés pour lutter contre des feux moins spécifiques. Des agrès de type fourgon-pompe tonne par exemple (FPT) ou encore camion-citerne pour feux de forêts (CCF). Dans ce dernier cas le FMoGP reste sur voies carrossables car il n’est pas un engin hors-chemins.

L’emport de liquide émulseur

Le second compartiment, 1 500 litres, est réservé au liquide émulseur. Il est de type SFPM pour Synthétique Filmogène Polyvalent Multifoisonnement. Il est synthétique, contenant des composés fluorés, forme un film flottant, est adapté à la fois aux feux d’hydrocarbures et aux feux de liquides polaires (alcools, cétones, acides, esters…) et peut produire la mousse à bas et moyen foisonnements.

La pompe

La pompe est de fabrication Sides et permet un débit impressionnant de 4 000 l/min à une pression de 15 bar. elle est animée par le moteur de propulsion du porteur grâce à une prise de mouvement.

Elle est équipée d’un régulateur de pression universel. Celui-ci est positionné entre le refoulement et l’aspiration de la pompe, il prévient les surpressions dues à des fermetures et maintient automatiquement la pression à la valeur choisie, en renvoyant à l’aspiration de la pompe le débit d’eau nécessaire, sans avoir à modifier la vitesse de rotation du moteur d’entrainement. Il permet  également d’amortir les surpressions induites par une alimentation sur un réseau d’eau sur-pressé ou par celle amenée par une cellule émulseur et sa pompe de transvasement.

L’amorçage de la pompe est réalisé par un amorceur à palettes.

Une pompe secondaire permet l’injection de l’émulseur. Elle offre quant à elle un débit de 250 l/min à une pression de 18 bar. Elle est également entrainée par le moteur de propulsion via une prise de mouvement.

L’engin dispose d’un dispositif d’autoprotection qui permet d’envoyer de l’eau tout autour du véhicule afin de la protéger d’un fort rayonnement thermique provoqué par le sinistre combattu. Ce dispositif est mis en œuvre en roulant grâce à une pompe électrique d’un débit de 250 l/min.

Alimentations et refoulements

L’engin dispose de trois entrées d’alimentation en eau de 100 mm de diamètre et de deux autres en liquide émulseur de 65 mm de diamètre.

Il peut donc être alimenté en se branchant sur un réseau d’eau ou par le biais d’un porteur d’eau de type camion-citerne de grande capacité soit directement soit par une citerne déposable.

Il peut également être alimenté en liquide émulseur par une cellule mousse/émulseur (CEM) que ce soit en citerne ou, plus récemment, en containers, avec une pompe de transvasement.

Le refoulement en eau s’effectue par deux sorties de 100 mm de diamètre, quatre de 65 mm et une de 45 mm.

Celui en solution moussante s’effectue par deux sorties de 100 mm de diamètre et deux de 65 mm.

Il dispose également d’une dotation en tuyaux : plus de 900 mètres en 110, 70 et 45 mm de diamètres ainsi que 30 mètres d’aspiraux de 100 mm.

Il est équipé par ailleurs d’un dévidoir tournant et sa lance avec 80 mètres de tuyaux semi-rigides.

La lance-canon

L’engin porte sur son toit et à demeure une lance canon d’un débit de 1 500 l/min avec une portée d’une quarantaine de mètres.

Autres lances

L’engin embarque dans ses coffres :

  • huit lances à eau à débit variable, de 150 à 1000 l/min,
  • quatre lances à mousse bas foisonnement de 45 et 70 mm de diamètre, débit de 2m3/min, portée de 15 à 20 mètres,
  • deux lances à mousse moyen foisonnement de 45 et 70 mm de diamètre, débit de 4m3/min, portée de 20 à 30 mètres,
  • deux lances écrans de type queue de paon de 40 mm de diamètre, pour créer un rideau d’eau de protection.

Matériels et équipements divers

Outre les matériels et équipements habituels embarqués par un engin-pompe (échelle à coulisse, pièces de jonctions, de franchissement…) il porte dans ses coffres des tenues d’approche, un sac de prompt secours et un détecteur multigaz.

La lance remorquable mousse (LREM)

Lance remorquable mousse (LREM)
Lance remorquable mousse (LREM)

Elle est tractée par le FMoGP et est systématiquement engagée avec lui. Elle permet la projection de mousse ou d’eau avec une bonne précision et une bonne portée.
A la mise en service des fourgons, ces derniers tractent des lances Sides qui seront remplacées par des exemplaires du fournisseur français POK.
Elles offrent un débit de 500 à 4500 l/min d’eau avec une portée horizontale de 60 mètres et verticale de 40 mètres. En ce qui concerne la mousse le débit et de 4 000 l/min en bas foisonnement avec une portée horizontale de 50 mètres et verticale de 30 mètres.

Elle sont alimentée par deux orifices de 100 mm.

Leurs  tourelles sont orientables de 70 à -30° en site et 360° en azimut (Voir définitions).

Affectations

Les engins ont été répartis dans différents centres de secours yvelinois en fonction de la carte des risques industriels, en lien avec le Schéma départemental d’analyses et de couverture des risques (SDACR)3Le Schéma départemental d’analyse et de couverture des risques (SDACR) dresse l’inventaire des risques de toute nature pour la sécurité des personnes et des biens dont la couverture relève principalement des missions du Service départemental d’incendie et de secours., des plans particuliers d’interventions (PPI)4Le Plan particulier d’intervention (PPI) est un dispositif local défini en France pour protéger les populations, les biens et l’environnement, pour faire face aux risques particuliers liés à l’existence d’une ou de plusieurs installations industrielles. Celui-ci définit les moyens de secours mis en œuvre sous l’autorité du Préfet de département en cas d’accident dont les conséquences dépassent l’enceinte de l’installation à risques concernée. Ces modalités couvrent les phases de mise en vigilance, d’alerte et d’intervention mais aussi les exercices de sécurité civile réalisés périodiquement pour une bonne appropriation du dispositif., de la densité de population, des accès routiers…

Immatriculations Affectations
8861XP78 Rambouillet
8865XP78 Versailles
8867XP78 Montigny-le-Bretonneux
8874XP78 Poissy
8882XP78 Houilles-Sartrouville
8885XP78 Magnanville (Mantes-la-Jolie)

Dans ce contexte on peut par exemple superposer la carte de localisation des sites Seveso dans le département des Yvelines avec celle positionnant les mises en départs des FMoGP.

Concernant plus précisément les deux dépôts pétroliers, le FMoGP de Magnanville est proche de celui de Gargenville (et également de la centrale thermique de Porcheville), le FMoGP de Montigny-le-Bretonneux est à proximité de celui de Coignières…

Le Groupe Liquides Inflammables

Ainsi armés pour lutter contre des feux industriels et en particulier ceux de liquides inflammables, les sapeurs-pompiers des Yvelines ont créé un départ pré-constitué formé de de quatre engins d’incendie. Baptisé Groupe Liquides Inflammables ou GLF, ce train de départ est composé d’un fourgon-mousse de grande puissance (FMoGP), et sa lance mousse remorquable (LMR) d’un fourgon-pompe-tonne (FPT), d’une cellule émulseur (CEM) sur son porteur, et d’un dévidoir automobile. Ce départ, commandé par un chef de groupe, acheminé à bord de son véhicule de liaison (CDG), est en capacité d’établir une lance-canon d’un débit de 4 000 l/min et de l’alimenter en eau, jusqu’à 500 mètres, et en liquide émulseur pendant une heure.
Bien entendu cette force de frappe peut être renforcée par d’autres moyens : d’autres FMoGP, d’autres cellules mousses, d’autres moyens hydrauliques, des moyens élévateurs… et par un groupe dédié à l’alimentation (Groupe ALIM).

L’équipage du FMoGP est constitué de six ou huit membres sous le commandement d’un chef d’agrès.

Au milieu des années 2010 les six engins font l’objet d’une modification de leur signalisation afin de renforcer leur visibilité. Un silhouettage jaune rétro-réféchissant est apposé. Les rideaux des coffres latéraux portent alors la même couleur.

Les successeurs du FMoGP

Camion-citerne eau mousse super (CCEMS).
Camion-citerne eau mousse super (CCEMS).

Au tout début des années 2010 les sapeurs-pompiers de Yvelines commencent à mettre en service de gros porteurs d’eau avec une hydraulique puissante. Ce sont au départ des camions-citernes de grande capacité (CCGC) avec un emport de 12 000 litres d’eau et une pompe d’un débit de 3 000 l/min. Aménagés par Gallin sur des châssis Mercedes Actros 2636. Ils ont affectés aux centres de secours de Poissy, Saint-Arnoult-en-Yvelines (puis Rambouillet) et Magnanville (puis Méré).

Ils apportent un soutien aux FMoGP mais aussi aux bras élévateurs. Mais en 2017 on les dote d’une réserve de liquide émulseur et leur emport est désormais de 9 500 litres d’eau et 1 000 litres de liquide émulseur. Ils sont alors baptisés camions-citernes eau mousse (CCEM). Ils étaient déjà équipés d’une lance-canon située à l’arrière de la cabine.

En 2018 ils sont rejoints par deux agrès lourds de même type aménagés par Jacinto et Gimaex sur des châssis Renault Kerax. Les performances sont encore plus importantes avec respectivement 11 500 litres d’eau, 1 500 litres de liquide émulseur et 11 000 litres d’eau et 2 500 litres de liquide émulseur. Leurs pompes débitent 6 000 l/min ! Ces deux engins sont baptisés CCEMS pour camion-citerne eau mousse super.
En 2022 c’est à nouveau Gimaex qui aménage le dernier venu, sur châssis Renault Kerax, mis en départ depuis le centre de secours de Montigny-le-Bretonneux, en remplacement du précédent retiré du service actif après un accident.

Dossier réalisé avec la collaboration de Maurice GIBOREAU.

Notes

Notes
1 Le nombre qui suit la désignation de l’engin est la capacité totale de sa citerne en hectolitres.
2 Cité par Daniel Baldjian.
3 Le Schéma départemental d’analyse et de couverture des risques (SDACR) dresse l’inventaire des risques de toute nature pour la sécurité des personnes et des biens dont la couverture relève principalement des missions du Service départemental d’incendie et de secours.
4 Le Plan particulier d’intervention (PPI) est un dispositif local défini en France pour protéger les populations, les biens et l’environnement, pour faire face aux risques particuliers liés à l’existence d’une ou de plusieurs installations industrielles. Celui-ci définit les moyens de secours mis en œuvre sous l’autorité du Préfet de département en cas d’accident dont les conséquences dépassent l’enceinte de l’installation à risques concernée. Ces modalités couvrent les phases de mise en vigilance, d’alerte et d’intervention mais aussi les exercices de sécurité civile réalisés périodiquement pour une bonne appropriation du dispositif.