Les fourgons Berliet CAK des sapeurs-pompiers de Lyon
En 1907 le conseil municipal de Lyon souhaite réorganiser le corps de sapeurs-pompiers de Lyon. Cette nouvelle organisation prévoit la suppression des sections de volontaires d’arrondissement, la motorisation des engins d’incendie et la création de quatre postes d’incendie périphériques en plus du Quartier central.
Le parc d’engins est alors composé de quatre pompes à vapeurs1La première a été acquise en 1867., deux départs attelés, deux échelles aériennes et une ambulance. Tous sont hippomobiles.
Concernant les nouveaux engins motorisés à mettre en départ, un cahier des charges est établi sous l’égide du commandant Marchand.
Ce cahier des charges contient deux critères principaux :
- Une pompe à pistons d’un débit minimum de 900 l/min,
- Un prix d’achat maximum de 23 000 francs.
Les pompes à pistons étaient préférées à l’époque plutôt que les pompes centrifuges. On les trouvait plus performantes et d’un amorçage plus simple. Les sapeurs-pompiers lyonnais adopteront définitivement la pompe centrifuge qu’en 1938.
Le projet lyonnais prévoyait donc l’achat de cinq engins, l’un pour le Quartier central, les quatre autres pour les centres périphériques à venir.
Le cahier des charges est soumis à plusieurs constructeurs et fabricants :
- Mieusset à Lyon mais ses pompes à vapeur avaient déçu les pompiers lyonnais,
- Delahaye-Farcot à Paris, qui venait d’équiper les sapeurs-pompiers de Paris (voir notre article à propos des fourgons-pompes livrés en 1906.). Mais le coût des engins proposés dépassaient le budget lyonnais. Par ailleurs les pompes équipant ces fourgons étaient centrifuges,
- Drouville à Nancy, sur un châssis Lorraine-Dietrich, mais non conforme aux cahier des charges,
- Et même Merryweather, le constructeur anglais, qui proposait alors une pompe à vapeur automotrice.
Le Quartier central
Le Dépôt central servait depuis sa construction en 1806 à entreposer les matériels en réserve et en réparation. En 1912 les véhicules d’incendie en service y sont stationnés et il devient un Hall de départ, selon la terminologie lyonnaise.
Au cours du temps, la caserne s’est étendue et toute la zone forme le Quartier Central ou La Une, référence à l’ordre de création des casernes de Lyon dont elle est la doyenne.
Elle est aujourd’hui la caserne Lyon-Corneille, en référence à son emplacement rue Pierre Corneille dans le troisième arrondissement de la ville.
Marius Berliet fait également une proposition. Ce constructeur lyonnais produisait jusque là des automobiles (plus de 1200 par an !) et avait conçu son premier camion en 1907 avec le type L.
La maison propose une autopompe sur un châssis CAK. Elle est prête à mettre à la disposition des pompiers lyonnais un exemplaire pendant plusieurs mois sans frais et sans engagement d’achat.
L’engin est donc mis en départ pour feux au tout début de l’année 1909. Ses débuts ne sont guère encourageants du fait de ses pannes jugées fréquentes et supporte donc encore mal la concurrence avec les pompes à vapeur.
Malgré cela l’achat est validé en avril 1909. On n’arrête pas le progrès en marche ! Berliet, par ailleurs, s’engage à apporter tous les modifications nécessaires pour parfaire son autopompe.
Il faut noter le fait amusant qu’aucun pompier de Lyon n’était habilité à la conduite d’un engin de ce type ! C’est donc un conducteur de chez Berliet, Anthelme Badot2A qui la municipalité a proposé d’intégrer le corps des sapeurs-pompiers mais ses exigences salariales ne pouvaient pas être satisfaites !, qui le pilotera pendant les essais. Pendant ce temps les mécaniciens, caporaux, sous-officiers et cochers validaient leur certificat de conduite de véhicules à moteur à pétrole (Le permis de conduire tel que l’on le connait ne sera instauré qu’en 1922 par décret.))
Sa première réelle intervention a été réalisé en février 1909 et a été engagé, de concert avec une pompe à vapeur et un départ attelé, pour lutter contre un important incendie chez un carrossier et un magasin de meubles, rue Jagot, dans le 7ème arrondissement.
C’est le premier véhicule d’incendie produit par Berliet et le premier engin à motorisation à explosion des sapeurs-pompiers de Lyon.
L’autopompe Berliet CAK
Elle est animée par un moteur à quatre cylindres, d’une puissance de 40 cv et à 1 200 tr/min, qui lui donne une belle vitesse de 35 km/h. La motricité est assurée par les roues arrières, jumelées mais sur une même jante, commandées par chaines. Ce sont des roues à bandages, en caoutchouc plein, avec des suspensions à ressorts à lames.
L’engin dispose de quatre vitesses avants et une vitesse arrière. L’allumage s’effectue par magnéto.3Une magnéto d’allumage est une génératrice transformant l’énergie mécanique issue de la rotation du moteur en énergie électrique.
L’engin est long de 5,10 mètres et large de 1.97 mètres. Son empattement est de 3.40 mètres et son poids total en charge de 3 330 kg. Le volant est à droite.
Une de ses caractéristiques est de présenter à l’avant un gros phare à acétylène dissous. La flamme qui brule dans le projecteur est alimentée par du gaz acétylène provenant d’une bouteille située à l’avant à la hauteur du marchepied.
Du côté de l’équipement incendie l’autopompe est équipée d’une pompe Drouville de conception proche de celle des pompes à vapeur à pistons, elle offre un débit de plus de 1 000 l/min. C’est une pompe avec deux pistons verticaux animée par le moteur de propulsion par l’intermédiaire d’une prise de mouvement. Ces derniers ont un diamètre de 120 mm et une course de 150 mm.
Elle est alimentée par un orifice de 110 mmm de diamètre et refoule dans deux autres de 65 mm.
Un dôme de régulation à air permet d’obtenir un jet régulier en refoulement. Un autre joue le même rôle en aspiration lorsqu’elle est alimentée en pression depuis un poteau ou une bouche à incendie. Pour en comprendre le principe de fonctionnement voir notre article sur le dôme de régulation appliqué aux pompes Ahrens-Fox.
Initialement elle ne porte qu’un dévidoir, à l’arrière. Deux banquettes reçoivent huit ou neuf hommes. Des coffres de rangement sont disposés derrière les banquettes et sur les côtés de l’engin à la hauteur des marchepieds.
En 1913 la partie arrière est re-carrossée et le fourgon reçoit deux dévidoirs supplémentaires avec chacun 150 mètres de tuyaux de 70 mm de diamètre. Ces derniers sont positionnés à la place des coffres latéraux.
L’autopompe, qui prend la désignation de fourgon-pompe (FP) à l’instar des fourgons parisiens, peut recevoir alors un équipage d’une douzaine d’hommes. A cette occasion un registre inventaire des véhicules du Corps de Lyon est ouvert et l’engin porte logiquement le matricule n° 1.
La machine est baptisée L’Éclair et porte son nom de baptême gravée sur une plaque en laiton fixée sur la planche du tableau de bord.
En 1911 un second fourgon Berliet est acquis. C’est en fait le troisième fourgon-pompe du parc d’engins, le second étant une autopompe Delahaye livrée en 1910. Ce nouveau fourgon Berliet est toujours équipé d’une pompe Drouville mais à quatre pistons en croix offrant un débit de près de 2 000 l/min.
Au mois d’octobre 1918 le premier fourgon-pompe CAK, L’Éclair, est en réparation suite à une bielle coulée alors qu’il aurait du être stationné au poste avancé situé à Saint-Fons à proximité de l’usine d’explosifs de Vénissieux. Celle-ci avait été implanté en 1915, donc pendant la Grande guerre, pour fournir des obus et des munitions à l’armée française4Berliet y produisait des chars et des tourelles d’automitrailleuses.. C’est alors le second fourgon Berliet qui y est affecté en remplacement. Le 15 octobre 1918 une série de plusieurs terribles explosions détruit le site et son environnement proche. Le fourgon est détruit.
En 1919 notre fourgon Berliet CAK, premier du nom, est retiré du service et est cédé à la corporation des marchands de draps de la ville de Vienne dans l’Isère pour équiper les sapeurs-pompiers de la commune. En 1936 il est à nouveau retiré du service et est cédé aux sapeurs-pompiers volontaires du village de Frontenas toujours dans le département de l’Isère.
EN 1960 les Établissements Berliet souhaite récupérer celui qui a été leur premier véhicule d’incendie de leur histoire et en font l’acquisition. En 1976 Paul Berliet, le fils de Marius Berliet, fondateur de l’entreprise, en fait don au musée des sapeurs-pompiers de Lyon-Rhône où il prend place dans ses collections après une magnifique restauration.
Le fourgon Berliet qui lui succède est aménagé sur un châssis CBA, toujours équipé d’une pompe à pistons. Les sapeurs-pompiers de Lyon n’adopteront définitivement la pompe à incendie centrifuge qu’en 1938 avec un fourgon, toujours Berliet, qui sera également le premier à offrir une carrosserie fermée.
Merci à Clément Mazelpeux, Guilhem Dejean, Jean-Jacques Durand et le Musée des sapeurs-pompiers Lyon-Rhône pour leur aide dans la réalisation de ce dossier.
Voir aussi : Sapeurs-pompiers de Lyon-Rhône
Les premiers secours légers des sapeurs-pompiers de LyonLes tracteurs Berliet des pompiers de Lyon (1915 - 1973)
Voir aussi : Les véhicules d'incendie sur porteurs Berliet
Le camion-citerne d'incendie Berliet GLA/GLBLe VMR 130 Sides/Berliet de Rhône-Poulenc Roussillon (1966-1994)Les échelles Magirus sur châssis Berliet GBK 619Le fourgon-pompe tonne Berliet 770 KEH CamivaLe fourgon-pompe tonne Berliet GAK (1960 - 1973)
Notes
| ↑1 | La première a été acquise en 1867. |
|---|---|
| ↑2 | A qui la municipalité a proposé d’intégrer le corps des sapeurs-pompiers mais ses exigences salariales ne pouvaient pas être satisfaites ! |
| ↑3 | Une magnéto d’allumage est une génératrice transformant l’énergie mécanique issue de la rotation du moteur en énergie électrique. |
| ↑4 | Berliet y produisait des chars et des tourelles d’automitrailleuses. |
