Le ventilateur-éjecteur Aneti
La fumée est le véritable danger des incendies. Brulante, opaque, mobile, toxique et contenant des gaz inflammables, elle entraine une propagation rapide du feu et peut provoquer des phénomènes très dangereux pour les secours. la Société nationale de la Protection civile (SNPC), devenue en 1975 la Sécurité civile, est préoccupée par la difficulté des sapeurs-pompiers à intervenir lors d’incendies avec de forts dégagements de fumées et particulièrement en milieux clos et/ou souterrains qui se sont multipliés au fil des décennies.
La section Études et recherches du SNPC missionne les Établissements parisiens A.Dubois1Ets A. Dubois, 29 rue de la Plaine, Paris (XXè pour concevoir, selon ses directives, un matériel de ventilation, simple et facile à mettre en œuvre.
Ce nouveau matériel, baptisé ventilateur-éjecteur Aneti, est testé au début des années 1960.
Description
Il est constitué d’un tube cylindrique en tôle d’acier de 1.66 mètres de long et 30 centimètres de diamètre pour un poids de vingt kilos. A une extrémité il intègre une entrée d’eau via un demi-raccord. Il dispose de pieds lui permettant d’être posé au sol et des poignées facilitant son transport. Son entrée est formée d’un demi-raccord, dit raccord Zag. Ce type de raccord est particulièrement utilisé pour la ventilation de locaux de chaufferies, très souvent situés à un niveau inférieur des bâtiments.
Mis en œuvre et principe de fonctionnement
A l’extrémité de ce tube, et sur le côté, une alimentation en eau est possible grâce à un demi-raccord de 40/45 mm. Cette voie d’eau peut être alimentée par un engin-pompe ou une motopompe remorquable. Elle peut être aussi alimentée par un hydrant, bouche ou poteau d’incendie, si il existe des risques de déflagration en présence de gaz inflammables. L’eau circule en circuit ouvert.
L’eau arrive donc en pression est est dirigée, via un ajutage de 7 à 18 mm, vers l’autre extrémité du tube. Cet ajutage permet un jet diffusé large. La veine d’eau créé une veine d’air de l’entrée du tube vers sa sortie. C’est le résultat d’un effet physique baptisé effet Venturi du nom de son découvreur.2Le Physicien italien Giovanni Battista Venturi, 1746-1822. Nous avons déjà évoqué cette propriété physique avec le mécanisme de formation de mousse extinctrice. Une dépression d’air s’ensuit et un gradient de pression se forme de l’entrée du ventilateur vers sa sortie. Les fumées et gaz sont alors entrainées du local sinistré vers l’extérieur.
Le ventilateur est emmanché sur un demi-raccord Zag sur la façade d’un bâtiment équipé.3Dans l’aménagement d’une chaufferie la mise en place d’un conduit circulaire ou rectangulaire de 16 dm² de section et ayant au moins 20 cm dans sa plus petite dimension est obligatoire. Ce conduit doit déboucher à l’extérieur, au niveau du sol, en un point permettant en cas de feu, la mise en manœuvre du matériel de ventilation des sapeurs pompiers. Ce type de raccord est utilisé, dans le monde la construction, essentiellement pour l’évacuation des fumées des locaux tels que chaufferie, locaux techniques… Le principe de raccordement est simple et rapide : la rotation d’un 1/2 tour d’un demi-raccord par rapport à l’autre suffit à établir un raccordement étanche.
La connexion au raccord Zag peut se faire également via une gaine semi-rigide en utilisant ou pas l’un de ses demi-raccords Zag. Le ventilateur peut aussi être prolongé par un tube coudé et articulé, appelé genouillère par le constructeur, de manière à l’ajuster à la hauteur du raccord Zag mural si celui n’est pas exactemen au niveau du sol.
Sa mis en œuvre consiste à le positionner, si possible donc face à un raccord Zag mural, le connecter et l’alimenter en eau.
En l’absence de raccord Zag mural on peut relier le ventilateur à la zone à traiter par la gaine souple ou par un tube annexe de 75 cm sans raccord Zag à une extrémité.
Si l’utilisation première de ce ventilateur est de désenfumer des locaux incendiés il a aussi été utilisé pour lutter contre des fuites de gaz sur la voie publique, en tranchée, dans des locaux…
Le marins-pompiers de Marseille ont équipé certains de leur fourgons-pompes ou fourgon-pompes tonnes avec de tels ventilateurs. Ils ont été utilisés pour lutter contre les feux de navires, sièges de nombreuses zones confinées et borgnes4Un local borgne est un local ne disposant pas de sortant, c’est à dire d’ouverture vers l’extérieur qui pourrait être utilisée comme exutoire des fumées. et dans lesquelles il est très difficile d’évoluer lors d’incendies avec dégagement de fumées.
Performances
Les performances obtenues dépendent de la pression apportée par l’engin pompe dans l’alimentation du ventilateur et du diamètre de son ajutage. Ce dernier peut être de 7, 10, 12, 14 ou 18 mm.
Les performances maximales théoriques sont atteintes avec une ajutage de 18 mm et une pression de 15 bar, soient près de 8 000 m3 d’air par heure.
Le meilleur rendement, c’est à dire le meilleur ratio pression d’eau/volume d’air, est obtenu avec l’ajutage de 12 mm.
Ce type de ventilateur n’est plus utilisé aujourd’hui. Les sapeurs-pompiers sont actuellement équipés de ventilateurs portables à turbines5Une turbine est un dispositif rotatif conçu pour convertir de l’énergie interne d’un fluide en énergie mécanique au moyen d’aubes disposées sur un arbre tournant à grande vitesse.. L’énergie entrainant la rotation de leurs hélices est fournie par un petit moteur thermique ou électrique. Elle peut être également apportée par un moteur hydraulique où l’eau est fournie en pression là encore par un engin-pompe mais cette fois en circuit fermée, l’eau en sortie est retournée vers la tonne de l’engin-pompe afin d’être réutilisée. Ces ventilateurs offrent un meilleur encombrement, une meilleur portabilité et sont bien plus performants. Ils avoisinent facilement les 35 000 m3/h voire plus. Ils peuvent également être utilisés pour la production de mousse extinctrice ou la pulvérisation de brouillards d’eau.
Il existe également des ventilateurs à grands débits (VGD) qui ne sont plus portables mais installés sur des remorques. Ils permettent des débits très importants pouvant atteindre et dépasser le million de m3 par heure ! Ils sont engagés pour désenfumer de très grands volumes : entrepôts, tunnels, aéroports, complexes industriels, immeubles de grandes hauteurs…
On peut encore voir des ventilateurs Aneti conservés dans les collections de certains musées comme celui des sapeurs-pompiers d’Eure-et-Loir à Bonneval (28).
Notes
| ↑1 | Ets A. Dubois, 29 rue de la Plaine, Paris (XXè |
|---|---|
| ↑2 | Le Physicien italien Giovanni Battista Venturi, 1746-1822. |
| ↑3 | Dans l’aménagement d’une chaufferie la mise en place d’un conduit circulaire ou rectangulaire de 16 dm² de section et ayant au moins 20 cm dans sa plus petite dimension est obligatoire. Ce conduit doit déboucher à l’extérieur, au niveau du sol, en un point permettant en cas de feu, la mise en manœuvre du matériel de ventilation des sapeurs pompiers. |
| ↑4 | Un local borgne est un local ne disposant pas de sortant, c’est à dire d’ouverture vers l’extérieur qui pourrait être utilisée comme exutoire des fumées. |
| ↑5 | Une turbine est un dispositif rotatif conçu pour convertir de l’énergie interne d’un fluide en énergie mécanique au moyen d’aubes disposées sur un arbre tournant à grande vitesse. |
