La Peugeot 402 des sapeurs-pompiers de Paris (1938)
Un Peugeot chez les pompiers de Paris
Antoine-Eugène Peugeot (1910-2002) est l’arrière petit-fils d’Eugène Peugeot, lui même cousin d’Armand, fondateur de la Branche automobile de Peugeot. Il réussit, en aout 1931, l’ascension du Montenvers depuis Chamonix avec une motocyclette Peugeot de série de 220 cm3 ! Principal ambassadeur et passionné des motocyclettes Peugeot, il voulait montrer ainsi la robustesse de la célèbre Peugeot P110.
En 1932 il intègre le Régiment de sapeurs-pompiers de Paris1Il deviendra sous-officier. Diplômé de l’École supérieure de commerce, il sera Administrateur puis Membre du conseil de surveillance de P.S.A. Peugeot-Citroën en 1972.. Il remarque alors que lors du défilé traditionnel de la Fête nationale le colonel du Régiment défile à pied ! Féru d’engins à moteurs, on l’a vu, il trouve cette situation surprenante, surtout que le Régiment disposait déjà, et ce depuis 1906 avec ses fourgons-pompes Delahaye-Farcot, d’un important parc d’engins motorisés !
Il arrive à convaincre ses oncles à la tête du Conseil de surveillance du constructeur de concevoir un véhicule porte-drapeau pour en faire don au Régiment. Le choix s’est porté naturellement vers le modèle 402, récemment exposé au Salon automobile de Paris et qui rencontrait un beau succès commercial du fait de ses formes modernes et élégantes.
La Peugeot 402
Le modèle 402, qui remplace les modèles 401 et 602, est présenté au Salon de Paris en 1935. Pour Peugeot elle doit concurrencer la Traction de Citroën, les Primaquatre et Vivaquatre de Renault. La tendance est aux formes rondes et aux pare-brises inclinés tels qu’on les voit sur les modèles d’Outre-Atlantique. La Peugeot 402 est donc dans cette tendance : la calandre est arrondie, les ailes sont hautes et larges, la carrosserie est longue, sans marchehpieds et le pare-brise en deux parties fend le vent. Elle n’intègre pas les phares aux ailes mais les cache entre calandre et radiateur. Elle est animée par un moteur à essence à quatre cylindres en ligne d’une puissance de près de 2 000 cm3.
Elle remporte un grand succès et à la veille de la Seconde guerre mondiale elle est un des principaux véhicules de liaison de l’Armée française. Pendant l’occupation elle est réquisitionnée par l’armée allemande. Spacieuse, confortable et puissante, elle est surtout utilisée par les officiers de la Wehrmacht. Sa production prend fin en 1942 du fait du bombardement des usines de Sochaux par les alliés.
La Peugeot 402 des sapeurs-pompiers de Paris
Elle est immatriculée 2314RL8, dans le département de la Seine, en 1938. C’est un véhicule porte drapeau. Il est unique2Un second exemplaire aurait été produit pour prendre une destination africaine..
C’est une voiture ouverte de type Torpédo, sans capote, conçue sur la base de la 402 Éclipse mais dont le châssis a été rallongé. Elle intègre quatre portières (l’Éclipse n’en a que deux), avec un espace arrière prévu pour recevoir des passagers débout. En effet elle reçoit à la fois le colonel commandant le Régiment et sa garde au drapeau.
Elle défilera effectivement ainsi à l’occasion de la Fête nationale, sur les Champs-Élysées, en juillet 1938 et 1939.
Pendant la Guerre elle reste un véhicule d’autorité utilisé par le colonel commandant le Régiment puis devient un véhicule de liaison.
En Aout 1944 elle défile à la Libération de Paris et en novembre 1945 à l’occasion de la célébration de l’Armistice. Elle porte alors sur sa calandre la Croix de Lorraine et les couleurs des État-Unis et de la Grande Bretagne.
Elle est vendue en 1958 et mise en départ par le corps de sapeurs-pompiers de la Charité-sur-Loire dans la Nièvre.
Selon une photographie pas définitivement identifiée elle devait être utilisée comme camionnette d’incendie et portait une galerie qui devait recevoir échelles et matériels.
Elle restera en service dans cette commune jusqu’au début des années 1970.
Elle a alors été probablement cédée à un particulier et on perd sa trace.
Elle a été retrouvée vers 2020 en Haute-Savoie, appartenant effectivement à un collectionneur particulier. La Brigade de sapeurs-pompiers prend contact et l’identifie formellement par son numéro de châssis.
Le propriétaire en fait don à la Brigade en 2024 qui la récupère en 2025. Dans un très mauvais état elle devra nécessiter d’importants travaux de restauration. Une magnifique voiture, chargée d’histoire, qui rejoindra donc heureusement le musée des sapeurs-pompiers de Paris !
Il est à noter que les sapeurs-pompiers de Lyon ont également mis en service en 1947 deux véhicules de liaison et de commandement sur un châssis Peugeot 402. Toutes deux issues d’une série réquisitionnée en 1939 pour l’armée française Elles ont terminé leur carrière en tant que véhicules feux de cheminées avant d’être vendues au début des années 19603Les Véhicules d’incendie à Lyon, Jacques PÉRIER, Les Éditions du vingt mars, 1990..
On peut citer également, le véhicule ayant été sauvegardé, une camionnette d’incendie baptisée Premier départ incendie (PDI) mise en service en 1937 par les sapeurs-pompiers de Cognin en Savoie. C’est cette fois une camionnette commerciale de type pickup bâché qui transportait échelles, tuyaux et matériels. A l’origine c’était un véhicule mortuaire… Elle est conservée aujourd’hui par le Musée des sapeurs-pompiers de Lyon-Rhône.
Sources & Remerciements
Michel Niquet, Allô Dix-Huit, bimestriel de la brigade de sapeurs-pompiers de Paris, Le Dauphiné Libéré…
Voir aussi : Paris et ses sapeurs-pompiers
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Notes
| ↑1 | Il deviendra sous-officier. Diplômé de l’École supérieure de commerce, il sera Administrateur puis Membre du conseil de surveillance de P.S.A. Peugeot-Citroën en 1972. |
|---|---|
| ↑2 | Un second exemplaire aurait été produit pour prendre une destination africaine. |
| ↑3 | Les Véhicules d’incendie à Lyon, Jacques PÉRIER, Les Éditions du vingt mars, 1990. |
