L’hélicoptère bombardier d’eau léger Écureuil AS350
Pourquoi Écureuil ?
L’appellation Écureuil appliquée à la célèbre gamme d’hélicoptères de l’avionneur français Aérospatiale (devenue Airbus Helicopters) s’explique par deux raisons principales :
- La tradition maison : Historiquement, le constructeur attribuait des noms de mammifères ou d’animaux agiles à ses appareils légers (comme l’Alouette ou la Gazelle).
- Les caractéristiques de l’appareil : Présenté en 1974 (l’AS350), cet hélicoptère a été pensé pour être petit, léger, très maniable et capable de se poser partout, à l’image du rongeur grimpant facilement dans les arbres.
Pour le marché nord-américain, le nom a été traduit par AStar (AS350) et TwinStar (AS355 en version bimoteur), le mot Écureuil étant trop difficile à prononcer pour les anglophones.
L’hélicoptère occupe depuis longtemps une place importante dans les moyens aériens de la Sécurité civile. Observation, reconnaissance, appui au commandement, guidage des moyens aériens et terrestres, transport de personnels ou de matériel, secours et évacuations sanitaires : sa polyvalence en fait un outil particulièrement précieux pour les opérations de sécurité et de secours.
C’est dans ce contexte que l’Écureuil a progressivement trouvé sa place dans la lutte contre les incendies de forêt. Léger, maniable et relativement simple à mettre en œuvre, l’AS350 s’est révélé particulièrement adapté à l’emploi comme hélicoptère bombardier d’eau (HBE), notamment pour l’attaque rapide des feux naissants.
Parmi les hélicoptères employés dans la lutte contre les incendies de forêt, l’Aérospatiale AS350 Écureuil occupe une place particulière. Expérimenté comme hélicoptère bombardier d’eau (HBE) en France à partir de 1986, cet appareil léger a démontré l’intérêt d’un moyen aérien capable d’intervenir rapidement sur les feux naissants ou dans les secteurs difficiles d’accès.
Avec une capacité d’emport très inférieure à celle des avions bombardiers d’eau, l’Écureuil ne cherche pas à les remplacer. Sa légèreté, sa maniabilité et sa capacité à opérer au plus près du sinistre en font plutôt un moyen complémentaire des avions et des unités terrestres.
De l’AS350 à l’actuel H125
Développé par Aérospatiale pour le marché civil, l’AS350 Écureuil effectue son premier vol en 1974. La première version de série, l’AS350 B, entre en service à la fin des années 1970. La famille connaît ensuite de nombreuses évolutions, parmi lesquelles l’AS350 B1, apparu en 1986.
L’AS350 B1 est équipé d’une turbine Turbomeca Arriel 1D développant jusqu’à 684 ch (510 kW). Cette version bénéficie notamment d’une masse maximale au décollage accrue et de caractéristiques adaptées aux opérations dans des conditions difficiles, notamment en altitude et par température élevée.
La famille Écureuil évoluera ensuite vers les AS350 B2 puis B3. La version AS350 B3e, équipée d’une turbine Arriel 2D, prend plus tard la désignation commerciale H125. Il est donc plus exact de parler aujourd’hui de l’H125 comme de l’évolution moderne de la famille AS350, et non de considérer que tous les AS350 ont été rebaptisés H125.
La version AS350 B1 est équipée du turbomoteur à turbine libre Turbomeca / Safran Arriel 1D, réputé pour sa conception modulaire facilitant l’entretien, qui développe une puissance d’environ 684 ch (510 kW) au décollage.
| Version | Motorisation | Puissance max. | Masse max. au décollage |
|---|---|---|---|
| AS350 B1 | 1× Safran Arriel 1D | ~684 ch | 2 200 kg |
| AS350 BA | 1× Safran Arriel 1B | ~641 ch | 2 100 kg |
| AS350 B2 | 1× Safran Arriel 1D1 | ~732 ch | 2 250 kg |
| AS350 B3 | 1× Safran Arriel 2B / 2B1 | ~847 ch | 2 250 kg |
| AS350 B3e (H125) | 1× Safran Arriel 2D | ~847 ch | 2 370 kg (2 800 kg avec charge externe) |
| AS355 (Écureuil 2) | 2× Allison 250-C20F ou Arrius | ~2 × 420 ch | 2 400 kg à 2 600 kg |
Avant l’Écureuil, l’expérience du Mil Mi-6
L’idée d’utiliser un hélicoptère pour transporter et larguer de grandes quantités d’eau n’est pas nouvelle en France. À l’été 1967, un hélicoptère soviétique Mil Mi-6PZh, spécialement équipé pour la lutte contre les incendies, est expérimenté dans le Sud-Est. Immatriculé CCCP-06174, il peut emporter environ 12 000 litres d’eau, une capacité exceptionnelle pour l’époque. Mais l’appareil s’écrase en août 1967 lors qu’il intervient sur un incendie dans le secteur du Rove, dans les Bouches-du-Rhône.
Cette expérimentation ne débouche pas sur l’emploi régulier d’hélicoptères lourds de ce type en France, mais l’idée du bombardier d’eau héliporté demeure. Elle trouvera quelques années plus tard une application différente avec des appareils plus légers, dont l’AS350 Écureuil.
1986 : l’Écureuil expérimenté dans les Alpes-Maritimes
près les importants incendies qui touchent notamment le Tanneron et Eze en 1986, le Service départemental d’incendie et de secours des Alpes-Maritimes (Sdis 06), la Sécurité civile et la Division Hélicoptères d’ Aérospatiale relancent les expérimentations consacrées à l’emploi des hélicoptères dans la lutte contre les feux de végétation.
L’objectif est différent de celui recherché avec le Mi-6 : il ne s’agit plus de transporter le maximum d’eau possible, mais de disposer d’un appareil léger, rapidement disponible et capable d’intervenir directement sur un incendie encore peu développé.
Le premier Écureuil utilisé dans cette expérimentation est l’AS350 B1 immatriculé F-WJUL1Après sa phase d’essais en France, l’hélicoptère a été exporté aux États-Unis sous l’immatriculation N6004C, puis au Japon sous le registre JA9779 pour effectuer du travail aérien. Il y a poursuivi ses opérations pour la compagnie Nakanihon Air Service jusqu’à son retrait définitif du registre au milieu des années 2000., appareil constructeur2Selon le Code de l’aviation civile les immatriculations au format F-Wxxx sont provisoires et utilisées par les constructeurs aéronautiques pour les essais en vol.. Il reçoit une livrée particulière, zébrée de noir et de blanc, et est équipé d’un kit ventral de largage d’une capacité de 700 litres, associé à un dispositif de pompage. Il est rejoint par un appareil de la Sécurité civile, équipé de la même manière, et immatriculé F-ZBBN3Ce dernier a été intégré à la Sécurité Civile en 1989 et a été un des premiers Écureuils HBE de série à assurer le guet armé contre les incendies dans le sud de la France et en Corse. Équipé d’un réservoir ventral de 700 litres, il a réalisé de nombreuses interventions d’attaque initiale sur les feux de forêt de 1989 à 2004. Retiré du service d’État en 2004 lors de la modernisation de la flotte, cet appareil a ensuite été revendu sur le marché civil pour poursuivre sa carrière..
Les premiers essais sont réalisés au cours de l’été 1986. Le Sdis des Alpes-Maritimes souligne rapidement l’intérêt opérationnel de ce moyen pour la lutte directe contre les incendies d’espaces naturels.
La presse de l’époque relate ces tests. On peut alors lire les titres : Un Écureuil pour sauver la forêt, Un hélicoptère-Canadair qui pompe l’eau… dans les piscines, Un hélicoptère antifeu…
Cet engouement pour les hélicoptères bombardiers d’eau se poursuit ensuite. En 1987, on compte une dizaine d’appareils, avant que leur nombre n’augmente progressivement pour atteindre une vingtaine d’appareils à la fin de la décennie. Il ne s’agit pas uniquement d’AS350 : des Bell et des Lama sont également engagés comme HBE. Une partie de ces appareils est louée par les départements à des sociétés spécialisées dans le travail aérien, dans le cadre de prestations saisonnières comprenant la mise à disposition de l’hélicoptère et de son équipage.
Parallèlement la Sécurité civile crée son parc propre avec l’acquisition de deux AS350 B1 en 1988, F-ZBFB et F-ZBFC suivi en 1989 et 1990 de deux autres appareils F-ZBFD et F-ZBFT4Elle avait notamment acquis en 1982 l’AS350 B F-ZBEA, utilisé pour des missions d’appui, d’observation et de guidage des moyens engagés au sol et dans les airs..
Les équipements de lutte contre l’incendie
Pour transformer un Écureuil en hélicoptère bombardier d’eau, plusieurs systèmes de largage peuvent être utilisés. Deux configurations sont particulièrement courantes : le réservoir ventral, intégré ou fixé sous le fuselage, et le seau héliporté à élingue, dont le Bambi Bucket est devenu l’un des modèles les plus répandus. Ces deux solutions répondent à des logiques différentes, tout en permettant à l’hélicoptère d’effectuer des rotations rapides entre le point de remplissage et le foyer.
1. Le réservoir ventral
Le réservoir ventral est installé sous le fuselage de l’hélicoptère et constitue une solution particulièrement adaptée aux missions HBE. Sa capacité est dimensionnée en fonction du type d’appareil et de l’équipement retenu. Sur les Écureuil employés dans cette mission, des réservoirs de plusieurs centaines de litres ont notamment été utilisés, comme le système de 700 litres installé sur les appareils expérimentés en France en 1986. Le remplissage peut être réalisé au moyen d’une pompe et d’un dispositif d’aspiration, directement depuis une piscine, un bassin, une citerne ou une autre réserve d’eau. Une fois le réservoir rempli, l’hélicoptère peut rejoindre rapidement le feu et larguer son chargement avec précision.
2. Le Bambi Bucket
L’autre solution consiste à utiliser un seau héliporté suspendu sous l’hélicoptère par une élingue. Le terme Bambi Bucket, nom commercial devenu très largement employé, désigne ce type de seau souple ou semi-rigide spécialement conçu pour les opérations de lutte contre les incendies. Le remplissage s’effectue en plongeant le seau dans une réserve d’eau suffisamment profonde : piscine, lac, rivière, bassin ou bac aménagé. Une fois rempli, le seau est soulevé par l’hélicoptère puis transporté jusqu’au foyer, où l’ouverture commandée permet de larguer l’eau. Cette configuration présente l’avantage de pouvoir être mise en œuvre avec une infrastructure relativement légère et de permettre l’utilisation de nombreuses ressources en eau disponibles à proximité du secteur d’intervention. Grâce à son système d’attache sur le crochet d’élingue central, le Bambi Bucket s’installe sous un hélicoptère en seulement quelques minutes.
Des infrastructures légères
L’un des atouts de l’Écureuil HBE réside également dans les infrastructures relativement limitées nécessaires à sa mise en œuvre. Contrairement à un avion bombardier d’eau, il n’a pas besoin d’une base spécialisée ou d’un point de remplissage dédié à proximité immédiate du secteur d’intervention. Une zone de posé adaptée, un approvisionnement en carburant — qui peut notamment être assuré à partir de fûts de 200 litres et un point d’approvisionnement en eau peuvent suffire à mettre en place un dispositif opérationnel. Pour ses largages, l’hélicoptère peut être ravitaillé en eau à partir de différentes ressources disponibles localement : piscine, lac, rivière, bassin ou bac tampon aménagé, voire au moyen d’un camion-citerne lorsque les ressources naturelles ou les infrastructures existantes ne permettent pas le remplissage. Cette souplesse facilite son pré-positionnement au plus près des secteurs menacés et contribue directement à réduire le délai entre la détection d’un feu et les premiers largages.
Cette souplesse se retrouve également dans le mode d’emploi de ces appareils. Les services départementaux d’incendie et de secours peuvent notamment recourir à la location d’hélicoptères pendant la période estivale ou lors des périodes présentant un risque élevé de feux de forêt. L’appareil n’est ainsi mobilisé que lorsque les conditions opérationnelles le justifient, ce qui permet d’adapter les moyens engagés au niveau de risque sans avoir à supporter toute l’année les coûts liés à la possession et au maintien en condition d’un hélicoptère. Associée à la légèreté des infrastructures nécessaires, cette formule contribue à faire du HBE léger un moyen particulièrement souple et adaptable.
Un moyen de proximité dans la lutte contre les incendies
L’intérêt de l’Écureuil réside moins dans la quantité d’eau qu’il peut transporter que dans sa disponibilité et sa proximité avec les zones d’intervention.
Un hélicoptère léger prépositionné à proximité des secteurs à risque peut rejoindre rapidement un départ de feu et effectuer plusieurs rotations. Il peut ainsi contribuer à limiter la propagation d’un incendie avant que celui-ci ne prenne une ampleur nécessitant l’engagement de moyens plus importants.
Cette utilisation s’inscrit dans la logique de l’attaque rapide des feux naissants. Un document gouvernemental consacré à la lutte contre les incendies de forêt souligne ainsi que les HBE légers développés à partir de 1986 permettaient d’intervenir dans des secteurs d’accès difficile, à condition notamment d’être prépositionnés à proximité des zones menacées.
L’hélicoptère ne constitue donc pas un concurrent des avions bombardiers d’eau (ABE) : il vient compléter le dispositif. Sa capacité d’emport est limitée, mais il peut intervenir sur des secteurs où les moyens terrestres sont encore en approche et où l’emploi d’un avion bombardier d’eau n’est pas toujours possible ou nécessaire.
Du prototype à un moyen durable
Les résultats obtenus lors de l’expérimentation de 1986 conduisent la Direction de la sécurité civile à poursuivre le développement du concept. À partir de 1987, des appareils de ce type sont loués et des Écureuil sont également acquis puis transformés en HBE pour les campagnes estivales.
L’Écureuil s’inscrit alors durablement dans le dispositif français de lutte contre les feux de forêt. D’autres hélicoptères seront également expérimentés dans le rôle HBE, notamment le Puma en 1989 puis le Super Puma en 1990.
L’expérimentation de l’Écureuil aura néanmoins montré l’intérêt d’un hélicoptère léger employé comme moyen de proximité.
Un principe toujours utilisé
Le concept développé autour de l’Écureuil en 1986 repose sur une idée simple : intervenir le plus rapidement possible sur un incendie encore limité.
Les appareils modernes de la famille Écureuil, notamment les H125, disposent de performances nettement supérieures à celles des premières machines utilisées dans les années 1980. Leur configuration peut être adaptée à la lutte contre les incendies grâce à différents systèmes de transport et de largage d’eau, notamment des réservoirs ventraux ou des seaux héliportés. Airbus présente d’ailleurs le H125 comme une machine polyvalente pouvant recevoir des équipements dédiés aux missions de lutte contre l’incendie.
Plus de quarante ans après les premiers essais français, le principe reste donc d’actualité : lorsqu’un incendie est détecté suffisamment tôt, un hélicoptère léger peut apporter une capacité d’intervention immédiate et précise, en complément des avions bombardiers d’eau et des moyens terrestres.
L’histoire française de l’Écureuil HBE illustre ainsi une évolution importante de la lutte contre les feux de forêt : à côté de la recherche de toujours plus grande capacité de largage, la rapidité d’intervention et la proximité avec le sinistre constituent elles aussi des facteurs essentiels.
Une collection de photographies
Remerciements
Merci à Marc DUTHET, Bertrand LEDUC, Damien FOURNIER, Michel PERSOGLIO, Alain AMOUYAL (HBE R+O) dont les images illustrent ce dossier.
Voir aussi : Les hélicoptères bombardiers d’eau de France
Bambi Bucket : le seau souple des hélicoptères bombardiers d’eauL’expérimentation française de l'hélicoptère bombardier d’eau soviétique Mil Mi-6
Notes
| ↑1 | Après sa phase d’essais en France, l’hélicoptère a été exporté aux États-Unis sous l’immatriculation N6004C, puis au Japon sous le registre JA9779 pour effectuer du travail aérien. Il y a poursuivi ses opérations pour la compagnie Nakanihon Air Service jusqu’à son retrait définitif du registre au milieu des années 2000. |
|---|---|
| ↑2 | Selon le Code de l’aviation civile les immatriculations au format F-Wxxx sont provisoires et utilisées par les constructeurs aéronautiques pour les essais en vol. |
| ↑3 | Ce dernier a été intégré à la Sécurité Civile en 1989 et a été un des premiers Écureuils HBE de série à assurer le guet armé contre les incendies dans le sud de la France et en Corse. Équipé d’un réservoir ventral de 700 litres, il a réalisé de nombreuses interventions d’attaque initiale sur les feux de forêt de 1989 à 2004. Retiré du service d’État en 2004 lors de la modernisation de la flotte, cet appareil a ensuite été revendu sur le marché civil pour poursuivre sa carrière. |
| ↑4 | Elle avait notamment acquis en 1982 l’AS350 B F-ZBEA, utilisé pour des missions d’appui, d’observation et de guidage des moyens engagés au sol et dans les airs. |
