Les voitures pour feux de cheminées
Évolution des cheminées
L’évolution du foyer primitif vers la cheminée telle que nous la connaissons aujourd’hui date du XIIème siècle. D’un foyer à même le sol avec les fumées s’évacuant par les portes ouvertes on a assisté alors a une transition vers une position murale avec cette fois l’évacuation des fumées par un conduit. Au XVIIIème siècle s’est diffusé le foyer fermé, de type poêle, qui a amélioré à la fois l’efficacité du mode de chauffage et l’évacuation des fumées.
Les feux de cheminées
On sait combien les cheminées ont été sources d’incendie dans l’histoire (voir notre dossier consacré aux Risques d’incendie dans les cités médiévales). Mais on désigne toutefois par feu de cheminée un feu particulier. Ce dernier trouve toujours son origine dans un dépôt de suie à l’intérieur du conduit d’évacuation des fumées. Ce dépôt forme principalement lors de la combustion de bois humide ou inadapté. Une suie collante se forme et s’accroche aux parois du conduit en raison des vapeurs de goudron, de poix et d’eau. Une fois que la cheminée atteint un certain niveau de saturation, ces vapeurs se condensent en créosote collante. Tant que cette suie reste humide, il n’y a pas de risque d’incendie. Lorsque la température de la fumée augmente, la suie collante sèche et forme une créosote.1La créosote de bois est une matière goudronneuse et malodorante s’accumulant dans les cheminées de chauffage au bois. Elle a aussi été produite industriellement et a été été massivement utilisée comme traitement de conservation des bois, par exemple pour protéger les traverses de chemin de fer.Ce mélange finit par devenir alors hautement inflammable et une étincelle peut suffire à déclencher un embrasement. Ce dernier d’abord limité à l’intérieur du conduit peur rapidement se transformer en feu d’habitation du fait de ses contacts avec les planchers, les toitures, les matériaux d’isolation…
Les moyens d’extinction
Les sapeurs-pompiers ont appliqué à ce type d’incendie un traitement particulier du fait de son confinement élevé et de son risque de propagation. L’utilisation d’eau doit se faire avec parcimonie du fait du risque de chocs thermiques et de dégagement de vapeur d’eau brulante pouvant atteindre les intervenants. Pour cela on utilise un seau-pompe pour pulvériser de l’eau depuis le débouché inférieur du conduit. Une lance spécialisée, dite pour feux cachés, existe et peut être aussi utilisée.
Il a été utilisé comme extincteur une solution à base de sulfure pulvérisée également projetée d’un seau-pompe. Le soufre se combinant avec l’oxygène prive le foyer de son comburant.2Un comburant est une substance chimique qui a pour propriété de permettre la combustion d’un combustible. Par exemple, dans un feu de bois, le dioxygène de l’air est le comburant, et le bois est le combustible.
Mais les vapeurs de dioxyde de soufre qui se forment se sont avérées dangereuses pour les intervenants.
Le Manuel Roret, dans son édition de 1896, décrit une procédure particulière : une toile tendue occulte l’âtre dont le rabattement violent par un sapeur-pompier permettait un appel d’air dans le conduit qui attirait donc les braises vers le foyer !
Les voitures pour feux de cheminées
Le matériel d’extinction d’un feu de cheminée peut donc être simple et basique : un seau-pompe, un peu d’eau ou une solution adaptée, des hérissons pour décrocher les suies chaudes résiduelles, des poids pour les lester, des chaines, des cordages, des gants de type moufles… Du moins pour les feux de cheminées de faible importance.
C’est pourquoi les sapeurs-pompiers ont utilisé des moyens légers dans l’histoire de la lutte contre ce type d’incendie.
A Paris par exemple, avant la Grande Guerre, les sapeurs-pompiers se rendaient à pied sur les lieux d’un feu de cheminée lorsque celui-ci-ci se déclarait à moins de 400 mètres de la caserne la plus proche ! Le commandement ne souhaitait pas engager une voiture pour une si médiocre besogne.3Le lieutenant-colonel Arnaud, Pompiers de Paris, Éditions France-Sélection, 1985.
Des bicyclettes ont ensuite été utilisées après la Première guerre mondiale. Un départ pour feu de cheminée était alors constitué de deux sapeurs-pompiers chacun sur son vélo. Plus de 120 bicyclettes ont été utilisées à Paris !
On est passé ensuite au side-car au début des années 1920. Les sapeurs-pompiers ont mis en départs des side-cars René Gillet, Harley-Davidson… embarquant trois hommes et pourvus en 1926 d’une corne avertisseur !
Ces engins servaient également de liaisons. L’un d’entre-eux a été affecté au service cinématographique.
En 1937 enfin les sapeurs-pompiers de Paris ont mis en départ des voiturettes pour feux de cheminées, SPFC. Avec des automobiles de types berline ou fourgonnette. D’abord sur Simca 8 (1937), puis sur Renault Juva 4 (1947) et enfin sur Citroën 2 cv AZU (1952). La Citroën Acadiane qui a succédé à cette dernière en 1977 fut baptisée véhicule pour interventions diverses, VID et non plus SPFC. Une appellation qui a encore cours aujourd’hui.
Deux side-cars ont également été utilisés par les sapeurs-pompiers de Lyon dans les années 1930, fournis par Rhonyx et René Gillet. L’équipage était déposé sur site par le conducteur motard puis ce dernier rentrait au Quartier Central, où avaient été mis en départ des deux side-cars. L’équipage rentrait ensuite par ses propres moyens, généralement par les transports en commun. La nuit, ou si l’intervention avait lieu en banlieue, le side-car ramenait l’équipage après intervention.
Ce mode de transport est jugé inapproprié par les soldats du feu lyonnais après la Seconde guerre mondiale. Ils utilisent alors deux Peugeot 402 qui avaient été livrées en 1947. En 1958 ce sont des Citroën 2cv AZU qui prennent le relais. Au milieu des années 1960 des Renault R4 de type fourgonnette sont alors affectées à ce type d’intervention4Jacques PÉRIER, Les Véhicules d’incendie à Lyon, Les Éditions du vingt Mars, 1990, ISBN2907922-19-X..
A Marseille des Peugeot 202 sont d’abord utilisées. Sept sont mises en départ en 1939, donc dès la création du Bataillon de marins-pompiers. Ces dernières portent également du matériel de réanimation et du matériel oxygénothérapie pour le secours aux asphyxiés, les intoxications au monoxyde de carbone étant fréquentes et liées aux appareils de chauffage dont les cheminées et les poêles. Ces voitures pouvaient acheminer également des médecins pour porter secours aux asphyxiés.
A partir du début des années 1950 ce sont des camionnettes bâchées qui sont affectées à ces interventions. D’abord des Peugeot 203 (huit exemplaires) puis des Peugeot 403 (deux exemplaires) et enfin des Peugeot 404 (trois exemplaires). Ces départs légers étaient engagés pour tous types de petites interventions et pas seulement les feux de cheminées, d’où leur appellation de Secours multiples (SM) ou camionnettes secours multiples (CM) avant d’être baptisés Feux de cheminées (FC).
Des camionnettes Peugeot J7 sont mises en départ à partir de la fin des années 1970. Ce sont des camionnettes bâchées qui quelques années plus tard prendront l’appellation de camionnettes pour interventions diverses (CID).
A Nantes trois side-cars Indian sont mis en service en 1917 pour lutter contre les nombreux feux de cheminées. Ils proviennent des surplus américains de la Grande guerre. En 1930 ils sont remplacés par trois side-cars Dresch équipés d’un deux-tons à mains. Les indian sont vendus en 1932.
Les side-cars sont ensuite remplacés comme ailleurs par des voitures Simca 5, Juva 4 puis Citroên 2cv AZU.
Évolution des voitures pour feux de cheminées
Comme vu plus haut les voitures pour feux de cheminées n’ont jamais été exclusivement réservées à ce type d’intervention. Véhicules légers elles étaient également souvent utilisées pour des liaisons ou en servitude. Elles étaient aussi engagées pour tous types d’interventions ne nécessitant pas les moyens plus importants d’engins-pompes. Elles permettaient donc une meilleure disponibilité des ces derniers pour des interventions plus conséquentes. Certaines ont même été engagées pour le premier secours à personnes dans l’attente de moyens plus adaptés. Elles embarquent alors un sac de prompt secours.
Ainsi, dans les années 1970-1980, ces voitures/camionnettes/fourgonnettes sont devenues des véhicules/camionnettes pour interventions diverses (VID, CID…) qui pouvaient embarquer du matériel spécifique aux interventions pour lesquelles elles étaient sollicitées : petite motopompe pour épuisement ou pour balayage de la voie publique après un accident, sablage, matériels de capture d’animaux, de bâchage, de tronçonnage, destruction des nids d’hyménoptères… Elles embarquaient alors souvent une échelle à coulisse. On les baptise aussi souvent véhicules tous usages (VTU).
Ces véhicules avec plateaux bâchés ont souvent évolué vers des véhicules à carrosserie tôlées.
Enfin il faut préciser que les centres de secours ne disposant pas de véhicules légers dédiés aux interventions pour feux de cheminées engagent des camionnettes d’incendie, des véhicules de premiers secours, de première intervention ou des fourgons-pompes tonnes… De même ces types d’engins sont utilisés pour des feux de cheminées importants ou évolutifs.
Illustrations
Quelques voitures/voiturettes/camionnettes Feux de cheminées notables des sapeurs-pompiers de Paris, de Lyon et des marins-pompiers de Marseille.
Remerciements
Merci à Fabien ISLER, Michel NIQUET, André ARRU-GALLART, Stéphane FAIVRE, Guilhem DEJEAN… pour leur aide dans la réalisation de ce dossier.
Notes
| ↑1 | La créosote de bois est une matière goudronneuse et malodorante s’accumulant dans les cheminées de chauffage au bois. Elle a aussi été produite industriellement et a été été massivement utilisée comme traitement de conservation des bois, par exemple pour protéger les traverses de chemin de fer. |
|---|---|
| ↑2 | Un comburant est une substance chimique qui a pour propriété de permettre la combustion d’un combustible. Par exemple, dans un feu de bois, le dioxygène de l’air est le comburant, et le bois est le combustible. |
| ↑3 | Le lieutenant-colonel Arnaud, Pompiers de Paris, Éditions France-Sélection, 1985. |
| ↑4 | Jacques PÉRIER, Les Véhicules d’incendie à Lyon, Les Éditions du vingt Mars, 1990, ISBN2907922-19-X. |
