Les vedettes-pompes Renault-feu
En 1899 Louis Renault fonde avec ses deux frères la Société Renault Frères à Boulogne-Billancourt.
Les usines de ce qui deviendra l’Empire Renault seront situées sur la rive droite de la Seine, à Boulogne, et sur la rive gauche à Meudon.
En 1919 est acquise l’Ile Seguin, sur la Seine face à Meudon et Renault y installera sa première usine, la plus grande de France. Elle occupe la totalité de l’île et intègre alors une centrale électrique, des dépôts de carburant, un pont d’embarquement pour l’acheminement par voie fluviale des véhicules produits …
Les risques d’incendie et d’explosion sont à la hauteur de cette formidable implantation industrielle.
Trois bateaux-pompes seront mis en service dans les années 1930 et 1940 et armés par les sapeurs-pompiers du site.
Renault-Feu n°1, mis en service vers 1939, n’est autre que La Bécasse, un chalutier commandé, après la Première Guerre mondiale, par la Société anonyme des Usines Renault, probablement à titre de prototype.
Prototype sans lendemain puisque en 1924 il est cédé à Louis Renault qui le fait transformer en Yacht de plaisance. Dans les années 1930 il cherche à le revendre, sans succès. Il le cède alors à la Société anonyme des Usines Renault qui, après conversion en bateau-pompe, le met en service peu avant la Seconde guerre mondiale.
Long de 18.80 mètres et large de 6, il est propulsé par un moteur diesel Renault de 125 CV qui lui donne une vitesse de 12 km/heure.
Un second moteur alimente un cabestan permettant le dégagement d’une péniche ou le relèvement d’une épave.
L’équipement hydraulique comprend une pompe centrifuge d’un débit de 300 m3/heure à 6 kg de pression. Six sorties de refoulement de 70 mm et deux de 100 mm permettent d’alimenter des lignes de tuyaux. Quatre aspirations de 100 mm autorisent le sauvetage, par épuisement, de péniches avec voies d’eau.
L’armement comprend 400 mètres de tuyaux de 70 mm de diamètre sur deux dévidoirs aériens, 200 mètre de tuyaux de 100 mm.
Une échelle mécanique à commandes électriques de 24 mètres complète l’armement incendie. Celui-ci comprend également 400 mètres de tuyaux de 70 mm de diamètre en deux dévidoirs et 200 mètres de tuyaux de 100 mm de diamètre.
Un groupe électrogène est à bord, alimenté par un moteur à huile lourde de 20 CV. Il fournit l’électricité nécessaire à l’échelle mécanique, à l’éclairage du bateau, d’un projecteur… Il peut être également mis en œuvre pour suppléer à la batterie d’accus qui sert à lancer le moteur diesel.
Il est amusant de noter que Renault-Feu n°1 sera surnommé La Belle Gosse, sans doute une déformation de son nom, Bécasse, avant sa conversion en bateau-pompe.
Les pompiers du site disposaient également de deux vedettes-pompes : Renault-Feu n°2 et Renault-Feu n°3 de longueur plus modeste, 8.08 mètres, propulsées par un moteur Renault à essence de 23 Cv.
Elles embarquent chacune une pompe centrifuge entrainée par le moteur de propulsion et offre un débit de 120 m3/h à une pression de 9 kg avec trois orifices de refoulement de 70 mm de diamètre.
La dotation en tuyaux est constitués de 200 mètres de tuyaux de 70 mm de diamètre.
Ces vedettes-pompes sont mises à contribution lors du bombardement du site industriel la nuit du 3 au 4 mars 1942. Plus de 450 bombes sont larguées par les bombardiers la Royal Air Force.
L’usine a été touchée, et en partie détruite.
Mais plus de la moitié des bombes ont explosé en dehors de la cible, tombant sur la ville de Billancourt ainsi que sur les communes limitrophes de Neuilly, Clamart et Issy-les-Moulineaux. D’autres bombes ont atterri plus loin encore, en particulier à Villejuif, située à près de dix kilomètres à l’est, et au Pecq, à quinze kilomètres au nord-ouest.
On a déploré plus de 450 victimes.
Les pompiers de l’usine disposaient également de deux fourgons d’incendie.
Sources et remerciements
Merci à la Société d’Histoire du Groupe Renault de nous avoir communiqué des informations, des documents et des images concernant ces trois vedettes-pompes.
