Le siège de Sydney Street, Londres, 1911


Winston Chrurchill est sur place
Winston Chrurchill est sur place

Le siège

En décembre 1910, dans le City de Londres, une bande d’immigrants lettons attaque une bijouterie. Trois policiers sont tués ainsi que le chef de la bande. Plusieurs autres complices sont arrêtés les jours suivants. Les deux derniers malfaiteurs de la bande1Fritz Svaars et Joseph Sokolow. se réfugient dans un appartement d’un immeuble situé au numéro 100 de Sydney Street, une rue située dans le quartier populaire d’East-End2C’est dans ce quartier, où se situe Whitechappell, que sévit Jack l’Éventreur en 1888 !. Le matin du 3 janvier 1911 la police cerne la zone et procède à des évacuations d’habitants du voisinage. Une fusillade éclate entre les membres de la police et les deux malfaiteurs retranchés dans l’appartement.

Siège de Sydney Street (1911)
Siège de Sydney Street (1911)

Face à des tirs nourris d’armes puissantes et automatiques, la police demande un renfort militaire et elle est rejointe par un détachement du Premier bataillon de Scots Guards. Ces derniers établissent une ligne de feu afin d’assiéger les malfaiteurs. Le siège va durer plus de six heures. Une foule immense de londoniens s’est rassemblée sur place.

L’action des pompiers de Londres

L'incendie s'est déclaré
L'incendie s'est déclaré

Les pompiers de Londres sont informés de la situation et proposent leur aide dans la matinée. Ils imaginaient que l’eau froide des lances à incendie pouvaient déloger les retranchés. Mais les autorités jugent cette action trop dangereuse. Les pompiers positionnent toutefois trois engins d’incendie hippomobiles: une échelle et une pompe à vapeur sous les ordres du sous-officier W. H. Drew de la station Mile End et une autre pompe à vapeur sous les ordres de l’officier A. E. Edmonds de la station Bethnal Green.

Siège de Sydney Street, Londres (1911)
Siège de Sydney Street, Londres (1911)

A 13h03 une alarme incendie est déclenchée par un policier depuis un avertisseur situé au nord de la rue. Le sous-officier W.H. Drew ne confirme pas dans un premier temps la nécessité d’une intervention. Il adresse, à 13h09,  le message Pas d’action requise de la Brigade au commandement par téléphone à partir de l’avertisseur.

Peu de temps après, pourtant, un dégagement de fumées est visible depuis les fenêtres du premier étage de l’immeuble cerné qui en compte deux.

L’officier Edmonds souhaite approcher et engager une opération d’extinction mais la police interdit toute intervention des pompiers, jugeant la situation encore trop dangereuse, des tirs d’armes automatiques se faisant encore entendre avec des ripostes des militaires des Scots Guards. Devant les protestations de l’officier celui-ci est adressé à Winston Churchill, alors Secrétaire d’État à l’Intérieur, qui est sur place et commande  les opérations de police et de l’armée. Ce dernier interdit également toute action des pompiers mais leur demande de se tenir prêts en attendant les ordres. Une pompe est toutefois alimentée à partir d’une bouche à incendie et une ligne de tuyaux est établie dans l’attente des ordres.

A 13h20 l’officier Edmonds  envoie le message au commandement: Maison de six pièces dans la rue Sidney en feu, des coups de feu sont échangés entre les troupes et les occupants de la maison. La Brigade n’est pas autorisée à s’approcher du bâtiment pour éteindre l’incendie.

Plusieurs officiers de la Brigade de pompiers de Londres (London Fire Brigade ou LFB) se présentent sur les lieux, dont l’officier de jour Cyril Morris3Ce dernier deviendra commandant en chef des pompiers de Londres de 1933 à 1938. qui prend le commandement de opérations de secours. Il reçoit ses ordres de Winston Churchill en personne4L’officier en chef des pompiers de Londres ou son représentant se voyait pourtant accorder par une loi du Parlement des pouvoirs pléniers absolus dans de telles situations. Mais ce dernier n’a pas osé s’opposer directement au Secrétaire du Home Office. Lorsqu’on a reproché plus tard l’action tardive des pompiers, Churchill a confirmé que celle-ci avait bien été différée sur son ordre.. D’autres officiers accompagnent Morris dont l’officier Pearson du secteur de Whitechapel ainsi que l’officier A.D. Dyer5Commandant en chef des des pompiers de Londres de 1918 à 1933. de la division nord Euston.

Des fumées commencent à s’échapper des fenêtres du second étage du bâtiment puis des flammes sont visibles. Morris et ses hommes sont préoccupés par cette propagation de cet incendie qui commence à atteindre les toits et menacent les appartements mitoyens.

Des coups de feu avaient été échangés à l’arrière du bâtiment et les fenêtres avaient volé en éclats, laissant les courants d’air s’engouffrer et poussant, de ce fait, les flammes vers la façade avant. Les pompiers y voient une possibilité d’attaque du feu par l’arrière du bâtiment. Arrive alors enfin l’autorisation d’approcher le bâtiment, les malfaiteurs ne semblant plus riposter aux tirs des forces de l’ordre et des militaires. Les pompiers interviennent donc en premier lieu donc à partir de l’arrière de l’immeuble. Ils pénètrent dans le bâtiment et effectivement constatent que les pièces arrières ne sont quasiment pas touchées par l’incendie. L’extinction commence. Dans le même temps des lances sont mises en œuvre à partir des toits adjacents alors que l’incendie commençait bien à se propager à ce niveau. Fort heureusement les soldats du feu n’essuient aucun tir des malfaiteurs. En fait l’un a perdu la vie avant l’incendie et l’autre par asphyxie du fait du gros dégagement de fumées. Les deux corps sont retrouvés calcinés.

L’officier Morris avait demandé un renfort de quatre pompes à vapeur depuis les centres de Homerton, Bow, Kingsland et Shoreditch. Un échelle supplémentaire également depuis le centre de Shadwell (celle du centre de Mile End était déjà sur place). L’ordre d’arrêt d’envoi de renforts est passé à 14h45.

Les pompiers interviennent également à partir de l’avant du bâtiment, le feu s’est propagé au rez de chaussée. Une échelle est dressée. L’incendie est rapidement maitrisé mais les dégâts sont importants.

L’officier Pearson découvre une des armes utilisées par les malfaiteurs, un pistolet semi-automatique Mauser C96, très prisé par les révolutionnaires russes.

Si le feu est éteint la structure du bâtiment a été très atteinte et un mur s’effondre blessant six pompiers dont l’un, l’officier Pearson, très grièvement. Ce  dernier soufre en effet d’une fracture de la colonne vertébrale. Paralysé des deux jambes il décède plusieurs mois plus tard, en juillet de la même année, au British Home and Hospital for Incurables où il avait été transféré en mars 1911.

Bilan et épilogue

L’événement a été baptisé la Bataille de Stepney du nom du quartier où il s’est produit. C’est la première fois que la police londonienne faisait appel à l’armée pour une intervention civile. Pathé a réalisé un film reportage sur l’événement et cela a été aussi une première (nous sommes en 1911 !).

La Brigade de pompiers de Londres, a mobilisé 52 hommes et neuf engins. Elle déplore cinq blessés et une victime dans ses rangs, l’officier divisionnaire Charles Pearson  âgé de 42 ans avec une ancienneté de plus de vingt ans.

L’origine de l’incendie n’est pas connue avec certitude. Probablement par un tuyau d’alimentation en gaz de ville touché par une balle lors de l’affrontement.

Les pompiers sont intervenus en encourant les risques inhérents à ceux de la lutte contre les incendies mais avec celui, supplémentaire, d’être victimes des tirs des malfaiteurs. Ce ne sera pas, hélas, la dernière fois, que les pompiers britanniques auront à encourir de tels risques. Pendant le Blitz durant la Seconde guerre mondiale ils ont été soumis aux risques liés aux  bombardements allemands alors qu’ils luttaient contre les violents incendies que ces derniers avaient déclenchés. Nombre d’entre-eux y sont laissé leurs vies…

Notes

Notes
1 Fritz Svaars et Joseph Sokolow.
2 C’est dans ce quartier, où se situe Whitechappell, que sévit Jack l’Éventreur en 1888 !
3 Ce dernier deviendra commandant en chef des pompiers de Londres de 1933 à 1938.
4 L’officier en chef des pompiers de Londres ou son représentant se voyait pourtant accorder par une loi du Parlement des pouvoirs pléniers absolus dans de telles situations. Mais ce dernier n’a pas osé s’opposer directement au Secrétaire du Home Office. Lorsqu’on a reproché plus tard l’action tardive des pompiers, Churchill a confirmé que celle-ci avait bien été différée sur son ordre.
5 Commandant en chef des des pompiers de Londres de 1918 à 1933.