Le projet de bombardier d’eau Kepplair 72 de Kepplair Evolution
Les bombardiers d'eau de France


Face à la multiplication des incendies et à l’intensification du réchauffement climatique, la flotte mondiale de bombardiers d’eau fait face à une pression inédite. C’est dans ce contexte que la société française Kepplair Evolution, basée à Toulouse, développe le Kepplair 72 également surnommé The Forest Keeper. Cette solution novatrice consiste à convertir un ATR 72 en avion multifonction dédié à la protection environnementale et aux secours. Capable d’alterner entre bombardier d’eau avec missions de largage (eau/retardant) et transport logistique, il vise à maximiser la disponibilité opérationnelle tout en réduisant nettement les coûts d’exploitation.

ATR 72
ATR 72
Kepplair 72 en cours de remplissage
Kepplair 72 en cours de remplissage

Kepplair 72 en vol
Kepplair 72 en vol

Kepplair 72 en phase de largage
Kepplair 72 en phase de largage

Dépose du Kit incendie KEDS
Dépose du Kit incendie KEDS

Chargement de frêt
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L’ATR 72

Lancé à la fin des années 1980 et né du partenariat italo-français entre Aérospatiale et Aeritalia (aujourd’hui ATR), l’ATR 72 est le leader incontesté du marché des vols régionaux courts-courriers. Cet avion biturbopropulseur d’environ 70 places se distingue par son architecture à ailes hautes, son empennage en T et une longueur équivalente à son envergure (un peu plus de 27 mètres). Propulsé par deux moteurs Pratt & Whitney à hélices six pales, il atteint une vitesse de croisière de 510 km/h et offre un volume utile de 75 m³.

Le bombardier d’eau Kepplair 72

Conçu sur la base d’un ATR 72-600, cet appareil est un avion multirôle capable d’assurer aussi bien le largage d’eau que le transport de fret, de personnel ou l’évacuation sanitaire1L’intérêt de cet aspect multirôle réside dans sa polyvalence et son efficience économique : il permet à un même équipement (comme un avion) d’exécuter des missions variées (attaque, reconnaissance, transport) simplement en adaptant son module ou sa configuration. Cela réduit considérablement les coûts d’achat, de maintenance et de formation des équipes par rapport à la gestion d’une flotte d’appareils spécialisés.. En configuration bombardier d’eau, il offre une capacité d’emport d’environ 7 500 litres d’eau ou de produit retardant. Opéré par un équipage de deux pilotes, il atteint une vitesse de croisière de près de 500 km/h pour un rayon d’action s’étendant sur plusieurs centaines de kilomètres.

Si l’appareil est destiné à un usage anti-incendie exclusif – donc sans l’équipement lui permettant d’évoluer périodiquement vers un transport de fret ou l’évacuation sanitaire – la capacité en  charge en eau ou en retardant peut être  allongée à 10 000 litres.

Mode d’opération et d’avitaillement : un appareil terrestre

Contrairement au CL-415, l’ATR 72 n’est pas un avion amphibie : il ne peut pas écoper directement en vol sur un plan d’eau (mer, lac ou fleuve).

Son fonctionnement repose entièrement sur un avitaillement au sol, une méthode qui présente plusieurs avantages stratégiques :

  • Remplissage rapide sur piste : l’appareil se pose sur un aérodrome ou une piste régionale à proximité du sinistre. Son réservoir de 7 500 litres y est rempli sous pression par des camions-citernes ou des stations d’avitaillement dédiées (en eau ou en retardant) en seulement quelques minutes.
  • Sécurité renforcée : en évitant les manœuvres d’écopage à très basse altitude sur l’eau — réputées particulièrement délicates et dépendantes de la météo (vagues, vent, obstacles) — le Kepplair 72 réduit considérablement les risques opérationnels pour l’équipage.
  • Ce mode d’alimentation lui permet d’opérer sur l’ensemble du territoire en s’appuyant sur un maillage de plateformes et d’aérodromes régionaux aménagés en pélicandromes2Le terme pélicandrome vient de la fusion du suffixe -drome (plateforme) et du mot Pélican, surnom donné aux Canadairs en raison de leur ressemblance avec cet oiseau., équipés pour recharger ses soutes au plus près des feux. Mais un véhicule d’incendie (avec tonne et pompe) peut également avitailler l’appareil sur une une piste sans aménagement spécifique de ce type.

L’appareil embarque deux réservoirs, l’un derrière l’autre donc dans le sens longitudinal du fuselage, au centre du fuselage. Le largage s’effectue par deux trappes également alignées. Un dispositif d’urgence, activé en cas de défaillance de l’appareil, permet de vidanger les deux réservoirs en moins de deux secondes. Ce largage rapide est également possible si un effet de souffle maximal est recherché.

L’appareil est équipé de caméras qui permettent de visualiser les opérations de remplissage depuis la cabine de pilotage. Pendant cette phase les hélices sont débrayées avec le moteur tournant (sécurité du personnel au sol). Par ailleurs le personnel au sol est en capacité de visualiser la progression du remplissage de l’appareil ( Seul le pilote peut le faire sur un Dash 8, il informe alors le personnel au sol par radio).

Un autre point important qu’il faut prendre en considération : le réchauffement  climatique a pour conséquence un assèchement des plans d’eau intérieurs. Cela complique les manœuvres d’écopage autres que maritimes  avec en particulier un risque de collision plus important avec des obstacles (objets émergés, branches d’arbres….). Cela risque donc de limiter les zones d’écopage aux seules bandes côtières.

Le Kepplair Evolution Delivery System (KEDS)

Le projet s’appuie sur le Kepplair Evolution Delivery System (KEDS), une technologie de largage de pointe conçue en partenariat avec l’Institut de mécanique des fluides de Toulouse (IMFT) et la société Trotter Controls3Trotter Controls, Inc. est une entreprise américaine d’ingénierie et de fabrication spécialisée dans les systèmes de contrôle embarqués, le design mécatronique et l’intégration de systèmes industriels. Avec une expertise dans  la régulation et le contrôle de largage aérien dans la lutte anti-incendie.. En associant les travaux du professeur Dominique Legendre4Professeur des universités à Toulouse INP (Institut National Polytechnique de Toulouse), Chercheur et Directeur adjoint à l’IMFT (Institut de Mécanique des Fluides de Toulouse). sur la fragmentation des jets liquides à l’expertise industrielle de Trotter Controls, ce dispositif garantit une empreinte de largage plus homogène et d’une densité optimale. Son principe repose sur celui de l’écoulement des fluides. Du fait de la hauteur des réservoirs, leur forme, la position et la configuration des trappes de largage… la désintégration de la masse liquide en une pluie de fine brume,  qui se produit lors de la rencontre de l’eau à grande vitesse avec l’air ambiant,  est très réduite. Cela  garantit ainsi une arrivée au sol de la quasi totalité de la charge larguée, avec donc une efficacité maximale.

Le professeur Dominique Legendre assure la supervision scientifique de la conception de ce système de largage.

Planning prévisionnel de production et livraisons

  • Été 2026 — Arrivée du prototype : réception du premier avion d’essais (un ATR 72 Cargo mis à disposition par le loueur ACIA-Aero Capital) sur le site de Toulouse-Blagnac.
  • Second semestre 2026 — Conversion du 1er appareil : début des travaux de transformation de la cellule par la société Aerotec Concept et intégration des sous-ensembles composites.
  • Fin 2026, début 2027 — Premiers essais en vol et largages : réalisation des vols d’essai et validation des performances du système de largage KEDS.
  • Courant 2027 — Objectif d’obtention des certifications.
Une collection de photographies

Remerciements

Merci à Kepplair Aviation pour nous avoir procuré les documents qui illustrent ce dossier.
Merci au lieutenant-colonel Michael Bernier, Consultant en communication de crise & Expert en moyens de lutte aérienne contre les incendies, pour nous avoir communiqué un grand nombre d’informations sur ce secteur très spécifique de la lutte anti-incendie.

Voir aussi :

Les avions bombardiers d'eau de France

Le projet de bombardier d'eau FF72 de Positive Aviation
Le projet de bombardier d'eau Frégate F-100 d'Hynaero
Les bombardiers d'eau PBY de la Protection civile (1963-1970)
Le bombardier d'eau Canadair CL-415 / Bombardier 415 de la Sécurité civile (1995)
Le bombardier d'eau Grumman Tracker de la Sécurité civile (1982 - 2019)
Le Bombardier d'eau Dash 8-Q400 MR de la Sécurité civile (2005)
Le bombardier d'eau Canadair CL-215 de la Sécurité civile (1969 - 1996)
Le bombardier d'eau Fokker F27-600 de la Sécurité civile (1986 - 2004)
Le bombardier d’eau Hercules C-130 de la Sécurité civile (1990-2000)
Le bombardier d’eau Douglas DC-6B de la Sécurité civile (1980-1990)

Notes

Notes
1 L’intérêt de cet aspect multirôle réside dans sa polyvalence et son efficience économique : il permet à un même équipement (comme un avion) d’exécuter des missions variées (attaque, reconnaissance, transport) simplement en adaptant son module ou sa configuration. Cela réduit considérablement les coûts d’achat, de maintenance et de formation des équipes par rapport à la gestion d’une flotte d’appareils spécialisés.
2 Le terme pélicandrome vient de la fusion du suffixe -drome (plateforme) et du mot Pélican, surnom donné aux Canadairs en raison de leur ressemblance avec cet oiseau.
3 Trotter Controls, Inc. est une entreprise américaine d’ingénierie et de fabrication spécialisée dans les systèmes de contrôle embarqués, le design mécatronique et l’intégration de systèmes industriels. Avec une expertise dans  la régulation et le contrôle de largage aérien dans la lutte anti-incendie.
4 Professeur des universités à Toulouse INP (Institut National Polytechnique de Toulouse), Chercheur et Directeur adjoint à l’IMFT (Institut de Mécanique des Fluides de Toulouse).