Les premiers secours légers des sapeurs-pompiers de Lyon


Le premier secours léger

Premier secours normal Laffly
Premier secours normal Laffly

L’engin de premier secours, le PS, est une innovation des sapeurs-pompiers de Paris. En effet ceux-ci avaient lancé à l’extrême fin du XIXème siècle une étude concernant un engin rapide, porteur d’eau, avec une lance pré-connectée à la tonne et à la pompe (voir notre article : Le premier secours Delahaye modèle 1913 des pompiers de Paris.). L’idée était alors d’établir rapidement une petite lance  et de procéder à un attaque d’un feu dès la présentation de l’engin et de son équipage sans raccordement immédiat à un poteau ou à un bouche d’incendie. Ceci grâce à un dévidoir tournant directement alimenté. On dispose ainsi de quelques minutes d’autonomie déterminantes dans l’attaque des feux naissants. Celle-ci pouvait souvent être suffisante pour circonscrire le sinistre et ainsi de na pas nécessiter de moyens plus importants.

Premiers secours léger Drouville
Premiers secours léger Drouville

L’archétype de cet engin est constitué d’une carrosserie de type torpédo1Une torpédo est une automobile décapotable., une pompe à incendie centrale attelée au moteur de propulsion de l’engin, avec des sorties de refoulement latérales, un dévidoir de premier secours et une tonne portant quelques centaines de litres d’eau. Cet engin baptisé Premier secours normal a fait l’objet d’une normalisation en 1958. De par sa configuration il nécessitait une carrosserie spécifique que l’on retrouve avec le premier secours Guinard sur châssis Hotchkiss ou encore avec le modèle Laffly.

En 1958 était défini et décrit également une agrès baptisé cette fois premier secours léger avec un équipement et une doctrine d’emploi très comparables à ceux du premier secours normal. C’est toujours un engin-pompe porteur d’eau, mais cette fois la châssis aménagé est un châssis cabine commercial non spécifique, la pompe à incendie peut être à l’arrière, la tonne plus réduite, permettant ainsi l’utilisation d’un porteur de poids total en charge et d’une puissance plus faibles. Au final une solution plus économique pour un grand nombre de centres d’interventions…

Le Renault 2,5 tonnes était parfaitement adapté à cet usage !

Drouville aménage un grand nombre de premiers secours légers sur ce châssis qui vont devenir des grands classiques des véhicules d’incendie des sapeurs-pompiers de France et sans doute les modèles de base d’un tel agrès sur ce châssis.

Renault Galion  2T5

Premier secours léger Maheu-Labrosse Renault Galion 2T5

Le Renault Galion

Le Renault 2T5, ainsi baptisé en référence à sa charge utile de 2 500 kg, est un camion léger à cabine avancée produit de 1946 à 1965 par le constructeur Renault. Sa production s’inscrit dans le cadre du plan Pons qui vise à reconstituer le parc d’automobiles et de poids lourds de France durement éprouvé par la Seconde Guerre mondiale. C’est donc un utilitaire robuste au confort sommaire et l’équipement minimal qui n’utilise que des techniques éprouvées. Il succède au modèle AHN avec des formes bien plus arrondies !

Il est livré en versions plateau-ridelles bâché, benne basculante, châssis-cabine… et on le verra, dans les villes comme dans les campagnes, rouler en bétaillère, camion-laitier, magasin ambulant, plateau découvert ou bâché…

Il est animé à partir de 1952 par un moteur à essence et à quatre cylindres, conçu à l’origine pour la berline Frégate2La Renault Frégate est une berline familiale Renault, commercialisée de 1951 à 1960., d’une cylindrée de 2 383 cm3, 60 ch, avec une classique transmission aux roues arrières jumelées. Ce moteur est en position longitudinale avant.

En 1959 le porteur Renault 2T5 et rebaptisé Galion.

Les Premiers secours légers Maheu-Labrosse des sapeurs-pompiers de Lyon

Deux mécaniciens talentueux, Joanny MAHEU et Claude LABROSSE reprennent en 1929 les actifs des Ateliers de construction Mécanique et d’Automobiles Mieusset. La société Maheu-Labrosse  va produire des matériels et véhicules d’incendie pendant près de soixante ans3Ses actifs seront repris en 1989 par la Sides. Le dernier véhicule d’incendie Maheu-Labrosse a été livré aux sapeurs-pompiers de Lyon la même année. et aménager côté treize premiers secours légers sur Renault Galion.

Deux premiers-secours légers aménagés par Maheu-Labrosse ont servi chez les sapeurs-pompiers de Lyon. Les deux n’ont pas été les résultats de commandes directes de ces derniers. En effet ces deux engins ont d’abord servi dans des communes du département du Rhône qui ont été rattachées à celle de Lyon. Les deux engins ont alors été incorporés au parc de véhicules d’incendie des sapeurs-pompiers de Lyon.

Les deux engins sont très semblables mais présentent des cabines différentes. Maheu-Labrosse, à partir des cabines simples, prolongeait celles-ci vers l’arrière pour constituer une cabine d’équipage semi-ouverte vers l’arrière ou fermée4Maheu-Labrosse a également produit une version simple cabine..
Dans la version semi-ouverte une petite fenêtre latérale a été ajoutée de deux côtés avec une demi-portière. Dans la version fermée deux fenêtres sont positionnées dont une sur une portière arrière complète de chaque côté.

L’équipage est assis sur une banquette continue, dos à la cabine d’origine. La roue de secours est placée en vis à vis de cette banquette, accolée à l’avant de la tonne.

Ces deux versions ont existé à Lyon.

Le premier secours léger de Saint-Rambert Ile Barbe

Il est mis en départ en 1961 par les sapeurs-pompiers de Saint-Rambert-Île-Barbe, une ancienne commune du département du Rhône située au nord de Lyon. Elle est annexée à la ville de Lyon en 1963 et intègre son 5ème arrondissement puis le 9ème en 1964. Le corps de sapeurs-pompiers de l’ancienne commune est dissout et ses matériels d’incendie, le premier secours et une motopompe remorquable, sont incorporés au parc des engins de Lyon.
Comme le premier secours Delahaye-Farcot mis en départ en 1914 pour la protection de l’Exposition internationale, ce premier secours est utilisé pour assurer la protection des manifestations temporaires comme la Foire annuelle.

En 1969, à la création de la Communauté urbaine de Lyon5Ou Grand Lyon qui devient la Métropole de Lyon fin 2014., une structure intercommunale regroupant une cinquantaine de communes, l’engin est mis en service au centre de secours de Saint-Cyr-au-Mont-d’or pendant une année puis il rejoint celui de Couzon-au-Mont-d’Or. Ces communes, situées au nord de Lyon, sont toutes deux adhérentes à la Communauté urbaine.

En 1979 l’engin est retiré du service actif. Il rejoint alors l’année suivante le centre de secours de Cercié, situé hors de la Communauté urbaine de Lyon mais toujours dans le département du Rhône, pour reprendre du service !

On peut aujourd’hui admirer cet exemplaire dans les collections du Musée des sapeurs-pompiers du Grand-Rhône. Il présente une cabine semi-ouverte vers l’arrière du châssis avec une demi-portière.

Le premier secours léger de Vernaison

Il est mis en départ en 1963 par les sapeurs-pompiers de Vernaison, une commune située au sud de Lyon. Lors de la création de la communauté urbaine de Lyon en 1969 cette commune y a été intégrée. Là aussi les matériels d’incendie de ses sapeurs-pompiers a été incorporé à celui des sapeurs-pompiers de la nouvelle Communauté. Un premier secours léger également Maheu-Labrosse sur le châssis Galion R2240 a ainsi rejoint le parc des sapeurs-pompiers de la Capitale des Gaules.
Il sert ainsi jusqu’en 1979, date à laquelle il est cédé à la commune de Lapte dans le département de la Haute-Loire. Son nouveau logotype de portière est alors assez inhabituel et représente l’église Saint-Jean de Lapte, datant de la fin du XIXème siècle, portant le plus haut clocher de Haute-Loire !

L’équipement incendie

Chaque engin porte une tonne d’eau d’une capacité de 700 litres. La pompe centrifuge  est une fabrication Maheu-Labrosse de type FI 612 d’un débit de 60 m3/h à 10 bar de pression. Elle est animée par le moteur de propulsion du châssis grâce à une prise de mouvement, également Maheu-Labrosse, de type CH. Cette dernière est intercalée entre la boite de vitesses et le pont arrière.

La niche de pompe à l’arrière présente un orifice d’alimentation de 100/110 mm et deux sorties de refoulements de 70 mm. S’y trouve également une voie de remplissage de la tonne avec demi-raccord. Chaque voie est équipée d’une vanne d’arrêt et d’un bouchon chainé.

Sur la tonne est installé un dévidoir de premier secours avec 80 mètres de tuyaux de 22 mm de diamètre en quatre longueurs de 20 mètres. Ce dévidoir, placé dans l’axe longitudinal de l’engin, permet une mise en œuvre des deux côtés. Son alimentation est axiale et il est équipé d’une lance avec robinet diffuseur.

Un dévidoir mobile situé à l’arrière porte 200 mètres de tuyaux de 70 mm de diamètre.

De part et d’autre de la tonne sont positionnés des coffres à ouvertures latérales ou vers l’arrière. Ceux-ci permettent l’emport de tuyaux, de pièces de jonctions et autres accessoires hydrauliques et divers, des appareils respiratoires isolants… Les coffres arrières sont garnis de râteliers permettant d’y ranger des tuyaux en couronnes.

Sur ces coffres sont logés quatre aspiraux, deux de chaque côté.

L’équipement est complété par une échelle à coulisse à deux plans et une échelle à crochets.

Sources

Une fois de plus les écrits de Jacques Périer ont été une source riche d’informations concernant des véhicules d’incendie en service dans le département du Rhône.

Merci à Clément Mazelpeux, qui œuvre au Musée des sapeurs-pompiers Lyon-Rhône, pour ses explications et ses photographies qui illustrent ce dossier.

Plus généralement merci à ce musée, qui a permis cet article, et aussi et surtout pour le formidable travail de conservation d’engins d’incendie réalisé par ses membres.

Merci à Jean-Jacques Durand, Guilhem Dejean  et Serge Tigé pour leur collaboration.


Une collection de photographies

Premier secours léger avec double cabine semi-ouverte
Premier secours léger avec double cabine semi-ouverte

Premier secours léger avec double cabine  fermée
Premier secours léger avec double cabine fermée

Voir aussi :

Sapeurs-pompiers de Lyon-Rhône

Les tracteurs Berliet des pompiers de Lyon (1915 - 1973)

Notes

Notes
1 Une torpédo est une automobile décapotable.
2 La Renault Frégate est une berline familiale Renault, commercialisée de 1951 à 1960.
3 Ses actifs seront repris en 1989 par la Sides. Le dernier véhicule d’incendie Maheu-Labrosse a été livré aux sapeurs-pompiers de Lyon la même année.
4 Maheu-Labrosse a également produit une version simple cabine.
5 Ou Grand Lyon qui devient la Métropole de Lyon fin 2014.