Le camion d’accompagnement des sapeurs-pompiers de Paris
Le fourgon d’appui
Dans notre dossier concernant le fourgon d’appui des sapeurs-pompiers de Paris (voir ce dossier) nous avons décrit celui-ci comme un engin-pompe, porteur d’eau, de longueurs de tuyaux et d’une pompe incendie d’une grande puissance. C’est un engin autonome qui peut intervenir seul en mettant en action ses moyens hydrauliques.
Néanmoins cette grande puissance hydraulique suppose une alimentation en eau importante et continue, le fourgon ne disposant que d’une relative faible réserve d’eau (1 000 litres). Bien entendu les bouches à incendie de proximité sont mises à contribution mais elles peuvent se révéler insuffisantes. Il est donc parfois nécessaire d’aller chercher ces dernières plus loin. Pour cela le fourgon d’appui porte 400 mètres de tuyaux de 110 mm de diamètre. Mais là encore cette importante dotation en tuyaux peut être insuffisante.
Le même raisonnement peut se tenir concernant le besoin en liquide émulseur lorsque la production de mousse est nécessaire. Le fourgon dispose d’une bonne quantité de liquide émulseur en dix bidons de 20 litres mais là aussi cette réserve peut se révéler insuffisante si de très fortes quantités de mousse sont nécessaires, par exemple pour lutter contre un feu d’hydrocarbures.
Le camion d’accompagnement
Ainsi pour maintenir l’action d’un fourgon d’appui on lui a adjoint un véhicule de soutien, baptisé camion d’accompagnement(CA), lui apportant les longueurs de tuyaux nécessaires. C’est là sa fonction de dévidoir automobile.
Il offre aussi une dotation importante en liquide émulseur pouvant alimenter le fourgon d’appui. C’est là sa seconde fonction de véhicule de transport d’émulseur.
Lorsque le fourgon d’appui (FA) est engagé avec son camion d’accompagnement (CA) ils forment un binôme qui a été baptisé FACA. De par ses caractéristiques on comprend qu’il s’agit d’un départ constitué que l’on active pour des feux importants nécessitant de lourds moyens hydrauliques. C’est pourquoi à partir de 2011 ils portent sur leur flancs le marquage APPUIS GRANDS FEUX.
On peut voir dans ce binôme le couple successeur de l’ensemble de grande puissance (EGP) et de l’ensemble de grande puissance mousse (EGPM) des sapeurs-pompiers de Paris. Ces derniers avaient mis en service à partir du début des années 1920 et des exemplaires Somua, Laffly, Berliet… se sont succédé et étaient aux aussi destinés à lutter contre des feux de grande ampleur.
L’équipement incendie du camion d’accompagnement
Dévidoir automobile
Le camion d’accompagnement porte 1 600 mètres de tuyaux de 110 mm de diamètre qu’ils complètent donc à 2 000 mètres avec la réserve du fourgon d’appui. Ces longueurs sont réparties en écheveaux en deux compartiments à l’arrière de l’engin pour faciliter leur dévidement. Ils en portent aussi une réserve en couronnes.
Des caisses de rangement renferment les accessoires hydrauliques indispensables : pièces de jonctions, divisions, raccords d’injection… ainsi que des éléments du dispositif de franchissement de tuyaux.
Transport de liquide émulseur
Deux containers portent chacun 1 000 litres de liquide émulseur SPFM (Synthétique polyvalent fluoré multifoisonnement ) utilisé an bas, moyen et haut foisonnement1Le taux de foisonnement est le volume de mousse formée par rapport au volume de solution moussante fournie. Plus de l’air est introduit, plus le taux de foisonnement est élevé. avec une concentration comprise en 3 et 6 %.
Ces containers sont positionnés à l’avant de l’engin, derrière la cabine. Ils sont en polyéthylène haute densité (PEHD) et sont accessibles de part et d’autre de l’engin.
Ils portent un orifice de remplissage en partie supérieure, obturé par un bouchon vissé, et un autre de vidange situé en partie basse avec une vanne d’arrêt. Un dispositif permet de rendre communicants les deux containers afin de rendre symétrique leur vidange.
Chaque container est enchâssé dans un cadre métallique constitué de tubes en acier soudés et galvanisés. Le tout repose sur quatre pieds qui surélèvent un peu l’ensemble et qui permettent son chargement et son déchargement à l’aide d’un charriot élévateur. Ces opérations sont nécessaires pour réarmer l’engin lorsque ses réserves de liquide émulseur ont été utilisés.
Un compartiment central, situé entre les deux compartiments à tuyaux, permet le rangement de matériels. On y trouve en particulier la pompe de gavage et la motopompe volumétrique (MPVE). La seconde est alimentée par la première. La pompe de gavage est en effet une petite pompe qui recueille le liquide émulseur depuis les containers et le dirige en pression vers la pompe volumétrique. Celle-ci est une pompe à pistons qui injecte le liquide émulseur dans la veine d’eau de l’engin-pompe, via un raccord d’injection. Cette pompe, dite volumétrique, permet également de doser la quantité de liquide émulseur injecté.
L’engin porte également deux tenues d’approche et une lance canon portable, eau/mousse, de type lance Monitor portable Pok d’un débit de 2 000 l/min.
Évolution des camions d’accompagnement
Le châssis porteur du camion d’accompagnement est un camion plateau bâché à ridelles qui demande peu d’aménagements. Il est animé par un moteur variant de 130 à 220 ch en fonction des modèles.Sa particularité tient à sa double ridelle et sa double bâche latérales. Les ridelles et la bâches situées à l’avant, les plus courtes, donnent accès aux containers de liquide émulseur et à leurs voies de refoulements. A l’arrière la ridelle abaissée forme une plateforme permettant à deux servants de prendre places et de dévider les lignes de tuyaux, alors que l’engin roule, en accompagnant leur dépose au sol ainsi que celle des pièces de jonction. Deux garde-fous, de part et d’autre de cette plateforme, sécurisent les servants en leur offrant une main courante.
Les versions de châssis ont évolué au fil des années et des décennies au rythme de l’évolution des modèles des constructeurs.
La première série, mise en départ en 1985, a été aménagée sur un porteur Unic Zeta 109.14 de 136 ch aménagé par l’équipementier Tib. Ce sont les engins immatriculés CA 1 à CA 4.
La seconde série, mise en départ entre le milieu des années 1980 et le début des années 1990, est aménagée par les équipementiers Tib, Procar, Gruau et Régnault à partir de châssis Renault Midliner de série S (S 130, S 140 et S 150). Les deux derniers exemplaires de cette série sont aménagés par le carrossier industriel normand Régnault. Ce dernier aménagera à partir de cette série tous les camions d’accompagnement à venir. Cette série comporte douze exemplaires, immatriculés CA 5 à CA 16 avec toutefois trois exceptions : les CA 7, 9 et 11 aménagés part Tib à partir de châssis Berliet KB ayant porté initialement une échelle pivotante Magirus. Il s’agissait respectivement des échelles pivotantes EPA 60, 61 ET 62.
La série suivante, mise en départ du milieu à la fin des années 1990, est aménagée par Régnault à partir de châssis Renault de la série Midliner de série M (M 150). Cette série comporte sept exemplaires immatriculés CA 17 à CA 23. Les derniers de la série présentent une cabine avec pavillon surélevé.
La série suivante, aménagée par Régnault dans les années 2000-2010 sur des châssis Renault Midlum 220 ou D13, a la particularité d’être pourvue d’un hayon en lieu et place de la ridelle arrière. Ce hayon Palfinger abaissé joue aussi le rôle de plateforme pour les servant, mais abaissé jusqu’au sol il permet le chargement/déchargement de matériels embarqués (par exemple la pompe volumétrique montée sur un petit chariot à roulettes), à l’exception des containers qui restent accessibles sur les côtés.
Autre particularité les ridelles latérales ne sont plus présentes. L’arrière de l’engin est carrossé tandis qua la partie avant est ouverte et obturée par une bâche et permet donc un accès direct aux containers.
En 2017 la flotte des fourgons d’appui est renouvelé après son ré-équilibrage en 2011 avec celle des fourgons-pompes tonnes (voir notre article à ce sujet). Un parc d’une dizaine de fourgons d’appui est maintenu et celui des camions d’accompagnement est dimensionné en conséquence. Tout en sachant que ces derniers peuvent alors appuyer la flotte des fourgons-pompes tonnes et plus seulement les fourgons d’appui. Par ailleurs ils peuvent également appuyer les fourgons-mousse de grande puissance (FMoGP).
Les divers mouvements d’engins ont entrainés des ré-immatriculations de certains camions d’accompagnement : Ainsi par exemple le CA 30 est devenu le CA 46, le CA 31 devient le CA 42…
Par ailleurs du fait du peu de spécialisation de la carrosserie des camions d’accompagnement, certains d’entre-eux sont devenus, après peu de modifications, des camions de transport en conservant ou pas leur configuration en plateau bâché. C’est le cas par exemple du CA 15 qui est devenu le SPCT 26, du CA 16 devenu le SPCT 25…
L’inverse est vrai. En fonction des besoins des camions de transport (SPCT) sont devenus des camions d’accompagnement. Par exemple le SPCT 53 est devenu le CA 41, le SPCT 48 est devenu le CA 50…
Enfin il faut noter que le CA 5 a été transformé en 2008 en véhicule d’appui logistique à titre de test. Il a porté logiquement l’immatriculation VAL 1. Il est destiné à acheminer sur interventions dés matériels complémentaires en lien avec les risques NRBC. Le CA 19 a été transformé en camion d’éclairage lourd en portant l’immatriculation CEL 4.
Le CA 14 a connu plusieurs transformations : camion d’appui de la chaine de décontamination (CACD) puis camion de soutien opérationnel chargé d’apporter sur interventions des équipements spécialisés comme des lances thermiques ou un découpeur à plasma, Il porte alors l’immatriculation CSO 2. IL devient enfin camion de transport avec l’immatriculation SPCT 38.
| Châssis | Équipementier(s) | Remarque |
|---|---|---|
| Unic Zeta 109.14 | Tib | Première série (CA 1 à CA 4) mise en départ en 1985 depuis les casernes de Grenelle, Rungis, Créteil et Masséna |
| Renault S 130, 140 et 150 | Gruau, Procar, Tib, Régnault | CA 5 à CA 16. Deux reconditionnements Berliet 770KB ( CA 7, 9 et 11) |
| Renault Midliner M150 | Régnault | CA 17 à CA 23. Régnault devient l’équipementier exclusif. Les CA 21, 22 et 23 avec pavillon de cabine surélevé |
| Renault Midlum 220 | Régnault | CA 24 et ultérieurs. Disparition des ridelles et bâches latérales. Hayon plateforme |
L’arrivée des Berces
Au début des années 2000 la Brigade met en service des berces d’accompagnement aménagées également par Régnault. Celles-ci sont équipées comme les camions d’accompagnement. La différence réside dans le fait qu’une fois ces cellules déposables posées au sol, leurs châssis porteurs (véhicules porte-berces ou VPB) sont libérés et peuvent éventuellement être utilisés pour l’acheminement d’autres cellules. Par exemple une berce de renfort pourrait être la cellule émulseur (CEM) qui intègre six containers de 1 000 litres de liquide émulseur.
Merci à Fabien Isler, Vincent Juriens, Michel Niquet, Stéphane LeFaivre, André Arru-Gallart, Maurice Giboreau, Sylvain Bauzet , Pierre Joubert pour leur aide dans la réalisation de ce dossier.
Voir aussi : Paris et ses sapeurs-pompiers
Le porteur polyvalent Siprel Rassol des sapeurs-pompiers de Paris (1971)La Peugeot 402 des sapeurs-pompiers de Paris (1938)Le fourgon d'appui des sapeurs-pompiers de Paris (FA)Les Citroën U23.50 HLZ des sapeurs-pompiers de ParisLe Quatorze-Sept 2025 des pompiers de ParisLes bateaux-pompes Paris et Lutèce de Paris (1937-1978/1991)L'incendie du grand magasin parisien Au Bon Marché, 1915L'Engin d'Intervention du Futur parisien (1983-1985)Le départ attelé des pompiers de ParisL'incendie du Printemps à Paris, 1881Le premier secours Delahaye de 1913 des pompiers de ParisQuand les pompiers de Paris sonnaient la berloque ! (1914 - 1918)Une mission très spéciale pour les pompiers de Paris ! (1905)Le fourgon électrique des sapeurs-pompiers de Paris (1899)L'autopompe de grande puissance Somua des sapeurs-pompiers de Paris (1923)L'échelle automatique tout terrain des sapeurs-pompiers de Paris (1970)Le fourgon-pompe Delahaye-Farcot modèle 1906 des sapeurs-pompiers de Paris
Notes
| ↑1 | Le taux de foisonnement est le volume de mousse formée par rapport au volume de solution moussante fournie. Plus de l’air est introduit, plus le taux de foisonnement est élevé. |
|---|
