Le bateau-pompe Lieutenant Gillet de Conflans-Sainte-Honorine (1982)


Le remorqueur Standard I

Le bateau-pompe Lieutenant Gillet
Le bateau-pompe Lieutenant Gillet

Ce remorqueur est construit en 1932 par les chantiers Van der Giessen & Zonen  aux Pays-bas pour la Standard Oil & Cie1Née de la fusion de La Pétroléenne, anciens Etablissements Fenaille & Despeaux, avec l’Économique.. Mis à l’eau en 1934, il est baptisé Standard 1.  Long de 15,50 mètres il est utilisé à la nouvelle raffinerie de Port-Jérôme en Seine-Maritime2La raffinerie de Port-Jérôme est mise en service en 1933.. La compagnie devient La Standard Française des Pétroles en 1936 et Esso Standard S.A.F.3S.A.F. pour Société anonyme française. en 1952. Le remorqueur est alors rebaptisé Esso Standard 1.

Dans les années 1960 son moteur de propulsion, un Sulzer de 120 cv, est remplacé par un moteur Baudouin de 150 cv.

A partir de  1970, après quelques modifications, il est utilisé comme bateau-pompe. En 1977 il est retiré du service par Esso. Il est vendu en 1979 au Syndicat national des navigateurs de plaisance de Joinville-le-Pont4Val-de-Marne en région Île-de-France. qui souhaitait le transformer en bateau-école. Le projet n’est finalement pas réalisé pour des raisons de coût et le navire est abandonné en bords de Seine vers Maurecourt dans les Yvelines.

Le bateau-pompe Lieutenant Gillet

Il est repéré par les sapeurs-pompiers de Conflans-Sainte-Honorine, commune voisine de celle de Maurecourt, et en 1981 le bateau est racheté par la Ville de Conflans-Sainte-Honorine. Cette dernière est située au confluent de la Seine et de l’Oise, à 25 km au nord-ouest de Paris. Elle est la capitale française de la Batellerie et de nombreuses péniches ou navires de transport y stationnent ou y transitent, profitant de larges zones de stationnement réservées aux transports de commerce. Une place importante sur les quais est également destinée aux bateaux-logements qui accueille de nombreux bateliers à la retraite. Par ailleurs un grand nombre d’entrepôts et sites industriels longent les berges de la Seine et de l’Oise.

Le positionnement d’un bateau-pompe y était donc pertinent.

Le remorqueur Standard 1 en cale sèche devient le bateau-pompe Lieutenant Gillet
Le remorqueur Standard 1 en cale sèche devient le bateau-pompe Lieutenant Gillet

A son arrivée à Conflans le navire est placé en cale sèche pour rénovation. Il est remotorisé avec un moteur Baudouin de 150 cv. Des aménagements intérieurs et extérieurs sont réalisés. Deux pompes à incendie Berliet sont installées animées par deux moteurs Peugeot. Ces travaux sont mis en œuvre par les sapeurs-pompiers eux-mêmes.

Le bateau-pompe est donc relancé en octobre 19825Le baptême du navire est effectué en présence du maire de Conflans, Michel Roccard, également ministre chargé de l’Aménagement du territoire. La marraine du bateau-pompe est son épouse.. Il est baptisé Lieutenant Gillet en hommage au chef de corps des sapeurs-pompiers de Conflans entre 1960 et 1971. Il porte les trois couleurs des armoiries de Conflans, le rouge, le bleu et le blanc. Son secteur d’intervention est le département des Yvelines le long des berges de la Seine et de l’Oise.
En 1990 le moteur diésel de propulsion de 150 cv est remplacé par un moteur Baudouin plus puissant (330 cv). Ce dernier anime un arbre de transmission et une hélice de 1.35 mètre de diamètre.

Le navire de 37 tonnes file 18 km/h. Un propulseur d’étrave, situé à l’avant du navire, améliore sa manœuvrabilité. Il est de type tunnel avec deux hélices à quatre pales en bronze de 30 cm. Il offre une poussée de 220 kg et permet de faciliter le positionnement de l’avant du navire.

L’équipement incendie

La lance-canon et les raccords de refoulements
La lance-canon et les raccords de refoulements

L’équipement incendie est constitué d’une lance-canon d’un débit de 3 800 l/min et dotée d’une tête de lance à débit variable. Cet équipement est complété par dix raccords de refoulements de 100 mm, cinq sur chaque bord du navire, un raccord de refoulement de 70 mm et une autre de 45 mm.
Deux raccords d’aspiration de 100 mm, une sur chaque bord, à proximité de la cheminée peuvent être utilisées pour le sauvetage de navires ou péniches avec voies d’eau. Sur le circuit hydraulique l’aspiration en « pleine eau » est bloquée par une vanne  et une autre est ouverte permettant cette aspiration « extérieure ».
Des aspiraux adaptés à cette intervention se trouvent le long des bordées du navire, deux longueurs de cinq mètres sur chaque bordée, pouvant être munies de crépines amovibles évitant l’aspiration de corps solides dans les corps de pompes.

La lance-canon équipée de son tube mousse
La lance-canon équipée de son tube mousse

Cette hydraulique est alimentée à l’origine par les deux pompes Berliet d’un débit de 1 000 l/min attelées à des moteurs Peugeot. En 1986 ces moteurs sont remplacés par des moteurs Baudouin de 130 cv et les pompes d’un débit de 1 000 l/min (10 bar de pression)  par des pompes Sides de grande puissance, 2 000 l/min (15 bar de pression).

La lance-canon peut être équipée d’un tube de manière à projeter de la mousse. Pour cela un raccord, positionné au pied de la lance-canon et puisant dans une soute de 1 700 litres de liquide émulseur, permet d’amener ce dernier dans la veine d’eau afin de produire la mousse. On accède à la soute par une bouche située sur le pont arrière. Celle-ci est obturée par une plaque métallique qui comporte deux orifices boulonnés que l’on peut ouvrir afin d’y plonger des canules d’aspiration. On peut utiliser cette bouche pour le remplissage de la soute (en retirant la plaque métallique qui l’obture) ou un raccord connecté à la soute et positionné à proximité de cette bouche.

Le navire porte des motopompes d’épuisement pour renflouement. Ces dernières sont portables.

Concernant les instruments de navigation en timonerie la bateau porte un radar Swiss Radar qui permet d’évoluer en visibilité restreinte (brouillard, brume, nuit…) ainsi qu’un indicateur de barre.

Son service

Le bateau-pompe est armé par un pilote, un chef d’agrès et un ou deux équipiers. Il peut accueillir une douzaine de personnes (équipage compris).

Il est positionné au Centre nautique du Service départemental d’incendie et de secours des Yvelines à Conflans-Sainte-Honorine. Ce dernier a pour base depuis 1996 une péniche dé-motorisée, le Jean Rombaut6Il s’agit d’un ancien automoteur gabarit Freycinet construit en 1931 en Allemagne pour le Service des essences des armées français. avec laquelle le bateau-pompe est amarré bord à bord.

Ses principales missions sont sur son secteur de la Seine et de l’Oise :

  • la lutte contre les incendies d’embarcations naviguant ou en stationnement,
  • la lutte contre les incendies à proximité des berges,
  • l’alimentation d’engins d’attaque terrestres à proximité des berges,
  • l’épuisement d’embarcations menaçant de couler suite à des voies d’eau,
  • la lutte contre la pollution fluviale,
  • la mise en sécurité d’embarcations à la dérive ou récupérations d’objets flottant en dérive menaçant la navigation,
  • l’accompagnement sur secteur de transports fluviaux de matières dangereuses,

Une mission annuelle souriante !

Tous les ans, le troisième week-end de juin, la Ville de Conflans-Sainte-Honorine organise le Pardon national de la batellerie, une grande manifestation civile et religieuse en hommage aux anciens combattants de la batellerie morts pour la France. On peut assister à des cérémonies officielles,  des animations festives… avec en particulier un défilé nautique. Le bateau-pompe Lieutenant Gillet y fait régulièrement une apparition remarquée !

Une collection de photographies

Remerciements

Merci à Guy Matignon, président de l’Association des amis du Musée de la batellerie de Conflans-Sainte-Honorine. Merci à Xavier Wattiau d’avoir partagé avec nous sa connaissance de ce très beau bateau-pompe.

Notes   [ + ]

1. Née de la fusion de La Pétroléenne, anciens Etablissements Fenaille & Despeaux, avec l’Économique.
2. La raffinerie de Port-Jérôme est mise en service en 1933.
3. S.A.F. pour Société anonyme française.
4. Val-de-Marne en région Île-de-France.
5. Le baptême du navire est effectué en présence du maire de Conflans, Michel Roccard, également ministre chargé de l’Aménagement du territoire. La marraine du bateau-pompe est son épouse.
6. Il s’agit d’un ancien automoteur gabarit Freycinet construit en 1931 en Allemagne pour le Service des essences des armées français.