La salamandre fille des flammes ? Mythe et réalité
La salamandre occupe une place importante dans les contes et légendes dès l’antiquité. Ell a été associée très tôt au feu et aux flammes. C’est Pline l’Ancien qui, au premier siècle, la mentionne la première fois dans son Histoire naturelle : La salamandre est si froide qu’elle éteint le feu lorsqu’elle le touche. Mais ajoute-t-il : Si cela était vrai Rome en aurait fait usage pour éteindre les incendies !
Plus tard dans les bestiaires médiévaux, la salamandre est supposée se baigner dans le feu sans en être affectée. Elle serait capable d’y vivre sans être consumée. Cela lui donne un petit air de dragon. On l’identifie donc au feu dont elle serait une manifestation vivante ! Un bestiaire du Xe siècle énonce encore : Si elle pénètre dans une fournaise de feu ardent, la fournaise s’éteint entièrement…
Au XIIe siècle on ajoute qu’un tissu fait en poils de salamandre ne peut se consumer ! Pour la sauvegarde des espèces, une idée à ne pas creuser pour de nouvelles tenues de feu sapeurs-pompiers !
Ses pouvoirs s’élargissent et elle serait capable d’éteindre aussi les vices, et de ce fait devient aussi chez les chrétiens le symbole de l’homme vertueux.
C’est ainsi que François 1er la choisit et la place dans son emblème personnel, en héritage de son grand-père Jean d’Angoulême, avec la devise : J’embrase le bon feu et j’éteins le mauvais. Ce monarque a régné de 1515 à 1547 et se souciait de la lutte contre les incendies. En 1524 son ordonnance réglemente les devoirs des quarteniers, responsables, dans leur quartiers respectifs, du service d’incendie. Ce sont eux qui doivent conserver à leur domicile les seaux, cordes, échelles et outils nécessaires à l’extinction des incendies, nombreux et importants à cette époque (voir notre dossier Les risques d’incendies dans les cités médiévales).
L’emblème se popularise et on le retrouve avec les armoiries de plusieurs cités comme Blois, le Havre, Fontainebleau1Où, rappelons-le, est située la Cour du roi François 1er.…
On le retrouve ainsi naturellement sur les logotypes de portières des véhicules d’incendie qui, à l’époque des services communaux d’incendie reprenaient très souvent les armoiries des communes qu’ils défendaient comme par exemple celle de Fontainebleau. On le retrouve encore dans ceux de certains départements comme celui du Var ou encore celui du Loir-et-Cher…
L’École d’artillerie de Fontainebleau a également repris la même image de la bête environnée de flammes, avec pour légende : Nous aussi sommes à l’épreuve du feu.
Forte de ce symbolisme, la salamandre a même réussi l’exploit de donner son nom à une marque d’appareils de chauffage, marque déposée en 1889 et désormais recherchée des chineurs.
Et même en cuisine, et toujours en lien avec le feu ou en tout cas la chaleur, puisque la salamandre est le nom donné à un appareil de cuisson permettant de faire gratiner un plat ou dorer une pâtisserie comme par exemple une crème… brulée ! Comme cet outil passait sa vie dans les flammes du foyer pour devenir brûlant sans être détruit, les cuisiniers lui ont donné le nom de notre animal légendaire qui dompte le feu.
En fait la légende serait née de l’habitude prise par la salamandre de trouver refuge dans des trous de troncs d’arbres morts. Et on pouvait donc la voir sortir précipitamment de ces trous lorsque ce bois était utilisé comme combustible dans les cheminées. Une salamandre qui apparait au milieu d’un foyer émergeant des flammes ! Ces dernières lui auraient-elles donné naissance ? Le pas a été franchi !
Par ailleurs, en cas de stress, une salamandre est capable de projeter une sécrétion toxique blanchâtre à partir de glandes situées derrière ses yeux et ce jusqu’à un distance d’un mètre ! Ce jet, destiné à dissuader des prédateurs, serait-il capable d’éteindre un petit feu ? Le pas a peut être été là aussi franchi en associant cette particularité à une lance à incendie !
Les frontons des casernes Montmartre et Port-Royal des sapeurs-pompiers de Paris intègrent un superbe ornement représentant une salamandre projetant son jet défensif assimilé pour l’occasion à un jet extincteur.
Des fournisseurs de matériel de lutte contre les incendies utilisent aussi ce symbolisme : on peut citer CTD qui a incorporé une salamandre à son logo et fournit des remorques de production de mousse d’une gamme baptisée… Salamandre2 Une autre de ses lignes de produits est baptisée Caméléon ! !
Des véhicules d’incendie ont été baptisés du nom de notre urodèle (et donc en anglais… Salamander). C’est le cas du Crash Tender Alvis (FV651), un engin aéroportuaire, utilisé par les armées de l’air britannique, canadienne… produit en 1956.
Beau palmarès pour un petit animal de 40 grammes !
