Le Delahaye VLR de Cour-Cheverny (Loir-et-Cher, 1963)


Une jeep à la française

Véhicule léger de reconnaissance Delahaye (VLR)
Véhicule léger de reconnaissance Delahaye (VLR)

Atelier de montage Facel-Métallon
Atelier de montage Facel-Métallon

Le groupe motopompe
Le groupe motopompe

Aujourd'hui une pièce de musée !
Aujourd'hui une pièce de musée !

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’armée française, très éprouvée on s’en doute, se rééquipe en bénéficiant des matériels de surplus de l’armée américaine. En particulier elle récupère un nombre important de Jeep dont beaucoup sont reconstituées à partir d’épaves laissées sur place.

Mais les responsables politiques souhaitent quand même rapidement que l’Armée française se rééquipe avec des véhicules militaires construits sur le sol français.

Un programme de production de véhicules militaires est donc lancé. Un programme ambitieux car l’industrie automobile française ne s’est pas encore redressée. Ce dernier prévoit la fourniture d’un véhicule léger, toutes roues motrices, baptisé Véhicule Léger de Reconnaissance ou VLR, pour remplacer les Jeep américaines Willys et Ford.

C’est le constructeur Delahaye qui est chargé de la conception de ce 4×4 léger. Le VLR devra transporter personnel et matériel, posséder une aptitude à faire facilement demi tour sur route et à doubler les colonnes, rouler sans chauffer en colonne, éventuellement en terrain labouré et d’avoir, enfin, la possibilité d’être armé d’une mitrailleuse légère sur pivot.

Connu pour ses productions d’automobiles de luxe, dont le marché est effondré après la guerre, le constructeur voit là un moyen de relancer sa production.

Ses ingénieurs se mettent donc au travail et un prototype est proposé en 1948. Le modèle est quant à lui proposé deux ans plus tard.
Après des tests il est validé par l’armée qui en commande 4 000 exemplaires. Si la mécanique et les montages sont traités à Paris par Delahaye, les carrosseries sont assemblées à Dreux par Facel-Métallon.
Les premiers exemplaires militaires sont mis en service en 1951 mais après plusieurs mois d’utilisation ils se révèlent moins fiables qu’attendu. L’entretien est jugé couteux avec un taux de pannes élevé. Delahaye apportent des modifications, en particulier au niveau du différentiel, mais ces dernières sont insuffisantes. La sophistication technique du VLR Delahaye s’est révélé un inconvénient majeur aux mains de conducteurs inexpérimentés.
Les militaires, et les gendarmes, perdent confiance et en 1954 décident l’arrêt des dotations en VLR Delahaye. Les commandes sont annulées et Delahaye ferme ses portes. L’armée se tourne vers Hotchkiss, qui rachète Delahaye, qui préfère construire des Jeep américaines Willys sous licence plutôt que de poursuivre le développement du VLR.
L’armée a reçu au total plus de 9 000 exemplaires du VLR Delahaye, soit la quasi totalité de la production du constructeur.

Le VLR Delahaye

C’est donc un véhicule léger toutes roues motrices d’un poids à vide de 1 400 kg avec une charge utile de 450 à 500 kg. Animé par un moteur à quatre cylindres de 63 ch, 11 cv, à deux ponts et un différentiel avant et arrière. Il peut atteindre la vitesse de 110 km/h. Elle est construite en en tôle très rigide boulonnée sur le châssis. Le pare-brise est abattant vers l’avant, dispose de quatre places avec le conducteur, avec le siège arrière rabattable formant plate-forme de chargement.

Le VLR chez les sapeurs-pompiers

Une version civile a existé mais son prix élevé pour l’époque n’a pas incité beaucoup de sapeurs-pompiers communaux à en acquérir pour leurs centres de secours. Mais après la décision de l’armée de remplacer les VLR acquises, dès les années 1950, un grand nombre d’exemplaires ont été disponibles et dès le milieu des années 1950 les sapeurs-pompiers ont pu mettre en départ des VLR grées en véhicules de liaison hors routes, en camion-citernes forestiers légers (CCFl)…

Le VLR Delahaye de Cour-Cheverny

C’est le cas des sapeurs-pompiers de Cour-Cheverny, en Loir-et-Cher. Jusqu’en 1963 ils ne disposaient pas de véhicule motorisé et utilisaient celui de boulanger de la commune pour tracter leur motopompe acquise probablement au cours des années 1930. Le Conseil municipal de Cour-Cheverny du 13 février 1963 valide l’achat d’une Jeep, à 3 500 Francs, d’un équipement avec citerne et groupe pompe à 6 800 francs ainsi que d’un équipement radio complet à 4 000 francs.

L’équipement en matériels se fait sous l’égide du capitaine Roger Duceau, chef de corps des sapeurs-pompiers de la Commune et propriétaire d’un garage Peugeot qui, en plus de la vente et de la réparation d’auto­mobiles, réparait aussi les engins agricoles, les motoculteurs…

C’est donc ce garage qui assure l’aménagement de ce camion-citerne pour feux de forêts léger. Équipé donc d’une tonne de 300 litres, d’une motopompe, animée par un moteur Bernard, qui alimente depuis la tonne, un dévidoir armé d’une lance et d’une longueur de tuyau semi-rigide. elle alimentait également une rampe d’arrosage montée sur le pare-chocs avant pour noyer les petits foyers et de deux jets orientés vers les pneus pour les protéger lors du passage dans des zones récemment incendiées, par exemple lors de feux de récoltes. Une autoprotection avant l’heure !

Un troisième phare, rouge, situé entre les deux phares réglementaires, faisait office de feu de priorité. La roue de secours était placée sur le capot et non pas à l’arrière, comme sur les versions militaires, de manière à faciliter l’accès eu groupe motopompe.

Un pièce de musée

Depuis 2012 ce véhicule d’incendie forestier, très bien conçu, est conservé par le Musée des sapeurs-pompiers du Loir-et-Cher à qui il a été fait don par la famille Duceau.

Le Delahaye VLR de Cour-Cheverny (Loir-et-Cher, 1963) Réalisation Raymond ILLIANO - 2025