Les trains suisses d’extinction et de sauvetage TES 76 et TES 96


Spécificités des accidents ferroviaires

Un accident ferroviaire implique des moyens d’intervention importants et lourds: secours aux victimes dont le nombre peut être important, mise en sécurité des voyageurs, lutte contre les incendies, nécessité de moyens de levage, de désincarcération…
Par ailleurs la zone d’intervention peut présenter des difficultés d’accès et d’intervention: manque de voies routières à proximité immédiate, manque de points d’alimentation en eau… avec une difficulté majeure lorsque les sinistres ont lieu dans des tunnels.

Le premier train d’extinction et de sauvetage (1964)

La gare ferroviaire de Göschenen
La gare ferroviaire de Göschenen

Les points évoqués ci-dessus ont amené les acteurs de la sécurité ferroviaire suisses à étudier à la fin des années 1950 la conception d’un élément ferroviaire destiné spécifiquement à accéder aux lieux de sinistres et d’y apporter les moyens de secours adaptés.

Ainsi les Chemins de fer fédéraux suisses (CFF), Schweizerische bundesbahnen (SBB) en allemand, mettent en service,en 1964, un premier train spécial, dit d’extinction et de sauvetage ou TES, équipé pour la lutte contre les incendies, le secours aux victimes et la mise en sécurité des voyageurs.

Ce dernier est mis en départ depuis la petite gare de Göschenen sur la ligne du Gothard1La ligne du Gothard relie la ville de Lucerne à Chiasso dans le canton du Tessin à travers le tunnel du Gothard du massif du même nom. Elle est gérée par l’entreprise ferroviaire des Chemins de fer fédéraux suisses., à proximité du tunnel du même nom, long de quinze kilomètres.

Ce premier TES était constitué de deux wagons.

Le wagon d’extinction

Il était aménagé à partir d’un wagon citerne avec une capacité de 18 000 litres d’eau et 800 de liquide émulseur. Il intégrait également 500 kg de poudre extinctrice. Par ailleurs il transportait des matériels et équipements de lutte contre les incendies: une pompe haute pression, des dévidoirs de tuyaux… ainsi que du matériel d’éclairage et évidemment de mise à la terre de lignes électriques.

Le wagon de secours

Destiné à la mise en sécurité des passagers et le secours aux victimes. Il pouvait accueillir 50 personnes assises ou 32 couchées et 12 assises. Toutes pouvaient bénéficier de masques, raccordés à des bouteilles d’air comprimé, leur permettant ainsi de se protéger d’un environnement toxique avec une autonomie de trois heures. Le wagon transportait également des brancards, des matériels et équipements de premier secours…
Les appareils respiratoires isolants utilisés par les sauveteurs se trouvaient également dans ce wagon.

L’ensemble était animé par une motrice.

Le train d’extinction et de sauvetage TES 76

Train d'extinction et de sauvetage (TES 76)
Train d'extinction et de sauvetage (TES 76)

Le concept général du TES fait ses preuves et dès 1970  la décision est prise d’en étendre le parc et de distribuer ces TES plus largement sur le réseau ferroviaire. Leur répartition est réalisée en fonction des risques d’incendie ou d’accidents comme les tunnels et ponts (Plus de 260 tunnels et 7 000 ponts sur le réseau !)), les tranchées, les gares,  les sites industriels reliés au réseau comme les raffineries…ou encore l’accessibilité par voies routières.

En 1974 le construction de dix autres TES est donc lancée sur la base du premier avec quelques évolutions. Le TES 76, dont la construction s’étend de 1974  à 1977, est constitué cette fois de trois unités: un wagon de sauvetage, un wagon d’extinction et un wagon de matériels et agrès.

La capacité en eau est portée à 44 000 litres, celle en liquide émulseur à 1 000 litres et celle en poudre d’extinction à 1 000 kg. Une motopompe, entrainée par un moteur de 200 ch, offre un débit de 3 200 l/min à 8 bar de pression.

Une centaine de masques à air respirable peut être mise en œuvre grâce à une réserve d’air et à un compresseur qui peut produire près de 1 000 litres d’air par minute.

Le tout est complété par divers matériels et équipements:  générateur, matériels de désincarcération, d’éclairage, de communication…

Ce train de wagon n’est pas autonome quant à ses déplacements et a besoin pour cela d’une motrice. C’est une motrice diesel Am 841, Am 843, Bm 4/4 ou Bm 6/6. Le choix d’un propulseur diesel s’explique car une perturbation du réseau électrique, éventuellement dû au sinistre, ne doit pas retarder l’acheminement des secours. Par ailleurs il est fréquent que cette motrice soit attelée en alignement direct avec le fourgon de sauvetage pour lui permettre de prendre du recul par rapport au sinistre, avec à son bord des voyageurs mise en sécurité,  sans pénaliser le fourgon d’extinction en tête de rame pour lutter contre les incendies.

La rame peut atteindre une vitesse de 100 km/h (avec Am 843).  Elle est servie par un minimum de douze personnels.

Une dizaine de gares d’attache suisses reçoivent un train d’extinction et de sauvetage dont  Genève, Lausanne, Zurich…

Celui de Genève est baptisé la Marmite par patriotisme2La marmite de l’Escalade est une marmite en chocolat remplie de légumes en pâte d’amandes. Cette spécialité des confiseurs genevois commémore l’attaque menée contre la ville de Genève par les troupes du Duc de Savoie Charles-Emmanuel Ier en 1602.. En 2001 il est homologué par les autorités françaises pour intervenir dans la région Rhône-Alpes.

La compagnie BLS, le plus importante compagnie ferroviaire privée de Suisse, s’équipe également en 1979 d’un TES de type 76.

Le train d’extinction et de sauvetage TES 96

Train d'extinction et de sauvetage (TES 96)
Train d'extinction et de sauvetage (TES 96)

Avec l’arrivée des nouveaux trains de sauvetage TES 96, la série TES 76 est retirée de l’exploitation à partir de 2009.

Comme le TES 76 le TES 96 est acheminé sur intervention par une motrice de type Am 843, Bm 6/6, Bm 4/4.

Il se compose de trois unités, toutes équipées d’une réserve d’air respirable dont l’installation a été assurée par Dräger Safety AG.

Le wagon d’extinction

Équipement poudre d'un TES
Équipement poudre d'un TES

Il est dédié à la lutte contre les incendies.

Il est long de 16 mètres, construit par Josef Meyer AG (qui avait déjà construit une partie des TES76). L’équipement incendie est aménagé par Vogt AG.
Cette unité, de près de 37 tonnes, embarque une pompe à incendie Ziegler animée par un moteur diesel Deutz de 250 kW.  C’est une pompe centrifuge à deux étages, à amorceur à membranes qui offre un débit de 6 000 l/min à 8 bar de pression ou 300 l/min à 40 bar.
La capacité en eau est de 44 000 litres, celle en liquide émulseur de 1 000 litres auxquels s’ajoutent 500 kg de poudre.
La cabine porte deux canons à eau/mousse à commande électrique et d’un débit de 2 400 l/min avec une portée de 70 mètres (eau) ou 60 mètres (mousse).

La réserve d’air respirable est de plus de 160 000 litres à laquelle s’ajoutent douze bouteilles de 50 litres.

Le wagon  matériel

Il est long de 14 mètres pour 24 tonnes. Il est construit par Cattaneo SA.

Train d'extinction et de sauvetage: wagon de matériel
Train d'extinction et de sauvetage: wagon de matériel

Son équipement incendie complète celui du wagon d’extinction: une motopompe Lenz (800 l/min à 8 bar, 2 700 à 1.5 bar), des extincteurs (mousse, poudre, CO2)…

Par ailleurs il est très largement équipé en matériels et outillages: pompe à hydrocarbures, tronçonneuses, cisailles, vérins et équipements de désincarcération, explosimètres, diverses lampes et projecteurs (1 000 W), génératrice portative (2.7 kW)…

Pour mettre en œuvre les équipements électriques il dispose d’un groupe moteur/génératrice (50 kVA) et d’une génératrice Leroy-Somer animée par un moteur Deutz de 70 kW. Il embarque également d’une réserve de carburant pour les équipements à énergie thermique.

Il dispose d’une réserve d’air respirable de près de 110 000 litres, renforcée par huit bouteilles de 50 litres à 300 bar de pression, et embarque un compresseur d’air Bauer pouvant délivrer 930 l/min d’air (57 m3/h).

Il porte un wagonnet sur rails.

Le wagon de sauvetage

Wagon de sauvetage d'un TES
Wagon de sauvetage d'un TES

Il est long de près de 20 mètres pour une masse de près de 38 tonnes. Il est plus particulièrement dédié au secours à victimes et à la mise en sécurité des voyageurs. Il est également construit par Cattaneo SA. Il offre une capacité d’air respirable 491 000 litres renforcée par 36 bouteilles de 50 l à 300 bar.

Il intègre un container étanche au gaz qui peut abriter en sécurité cinquante personnes (ou quarante et neuf allongées en civières) sans masques respiratoires grâce à son équipement isolant de ventilation en circuit fermé. L’accès à ce container se fait par un sas.

Le wagon est largement pourvu en équipements destinés au secours à victimes: brancards, civières, matelas à dépression, équipements sanitaire, de premiers secours…

Par ailleurs le sauveteurs y trouvent des équipements nécessaires à leurs opérations de sauvetage: cagoules de sauvetage, appareils pour le contrôle de la teneur en oxygène et dioxyde de carbone, lampes portatives antidéflagrantes, tâteurs pour lignes de contact et perches de mise à terre, projecteurs fixes…

Les remplaçants

Les TES sont remplacés à partir de 2002 par des TES autonomes et donc autopropulsés. En 2021 les 16 trains en service sont tous des nouvelles générations (TES 2004/2008/2014/2018). Ils feront l’objet d’un prochain article.

CFF interventions

Sites suisses d'implantation des TES
Sites suisses d'implantation des TES

Les personnels spécialisés qui arment les TES sont à la fois des experts des chemins de fer mais aussi des mécaniciens, des secouristes, des sapeurs -pompiers…

A la création des premiers TES ils étaient intégrés à l’entité ODE – Organisation Défense Entreprise – membre de la Fédération suisse des corps de sapeurs-pompiers (FSSP).

Ils dépendent aujourd’hui, et depuis 2006, de l’organisation professionnelle d’intervention CFF Interventions avec environ une quinzaine de sites dans toute la Suisse. Avec un tel maillage chaque point du réseau est atteignable en moins de trente minutes. Forte de plus de 350 collaborateurs CFF Interventions traite près de 7 000 interventions par an au cours d’événements sur le territoire des chemins de fer ou à proximité, en appui des organisations publiques de secours : panne d’installation de sécurité, incendie, accident de personnes, accident d’animaux, panne de train nécessitant l’évacuation de passagers ou le remorquage d’un train bloqué en voie…

Outre la flotte de TES, CFF Interventions dispose d’un flotte de près de 80 véhicules routiers (dont des véhicules rails-routes). Chaque intervention de secours est dirigée par deux officiers. Les moyens de la CFF Interventions peuvent être engagés dans les pays limitrophes dans le cadre d’accords réciproques.

Une collection de photographies

Notes

Notes
1 La ligne du Gothard relie la ville de Lucerne à Chiasso dans le canton du Tessin à travers le tunnel du Gothard du massif du même nom. Elle est gérée par l’entreprise ferroviaire des Chemins de fer fédéraux suisses.
2 La marmite de l’Escalade est une marmite en chocolat remplie de légumes en pâte d’amandes. Cette spécialité des confiseurs genevois commémore l’attaque menée contre la ville de Genève par les troupes du Duc de Savoie Charles-Emmanuel Ier en 1602.