Firefly et les smoke jumpers du 555e bataillon d’infanterie parachutiste (1945 – 1947)


La compagnie A du 555e bataillon de l’infanterie parachutiste

Le 555e bataillon défile à Washington
Le 555e bataillon défile à Washington

Durant la Seconde guerre mondiale, le secrétaire adjoint à la Guerre du gouvernement américain, John J. McCloy, recommande en décembre 1942 la création d’une unité militaire constituée de combattants afro-américains.
Une compagnie est créée en février 1943, la 555ème compagnie de parachutistes de l’infanterie (555th Parachute Infantry Company). Ses officiers et hommes du rang sont des afro-américains.

Cette compagnie, constituée de dix officiers et 155 hommes du rang, tous afro-américains, est dirigée vars le camp Mackall, en Caroline du Nord où ses éléments doivent recevoir un formation.
Après une réorganisation elle devient la compagnie A du 555ème bataillon de parachutistes de l’infanterie (555th parachute infantry battalion) sous les ordres du capitaine James H. Porter.

En décembre 1944, l’organisation a été chargée de se rendre à l’école de parachutisme de Fort Benning, en Géorgie, pour une formation de qualification de parachutiste.

Fugo: la nouvelle menace japonaise

Ballon incendiaire japonais
Ballon incendiaire japonais

Début décembre 1944 on fait d’étranges découvertes à l’ouest des États-Unis: un ballon en soie caoutchoutée près des côtes californiennes, un ballon en papier dans l’eau près d’Hawaï, un deuxième ballon en papier dans le Montana. De plus une mystérieuse explosion de bombe est rapportée dans le Wyoming à la même époque.

Une investigation est menée conjointement par l’Armée et la Marine américaines ainsi que par la police fédérale.

Après enquête il s’avère que ces les ballons, une dizaine au total, transportaient des bombes et des substances incendiaires. Gonflés à l’hydrogène ils étaient lancés depuis le Japon et se dirigeaient, portés par les vents, vers les États-Unis, le Canada et Hawaï. Ils n’avaient pas de cibles précises et étaient laissés au hasard de la direction des vents à haute altitude (environ 9 000 mètres).

Ces ballons avaient été conçus par le laboratoire Noborito près de Tokyo qui collaborait avec l’Armée impériale japonaise1On avait initialement imaginé de charger ces ballons avec le virus de la peste bovine ! Fort heureusement ce projet fut abandonné probablement par peur de représailles bactériologiques de la part des États-Unis.. Ils étaient constitués de feuilles de papier collés (donc indétectables par les radars) et avaient un diamètre d’une dizaine de mètres. Ils transportaient des explosifs et des matières incendiaires (une trentaine de kilogrammes). Lâchés depuis le Japon ils pouvaient parcourir une distance de près de 10 000 kilomètres au dessus du Pacifique avant d’atterrir, après un voyage de d’une centaine d’heures depuis le Japon.

L’opération avait été baptisée Fugo par les japonais et s’est opérée dans le plus grand secret. L’objectif était de terroriser les populations ennemies. Du côté américain tous les rapports d’incidents étaient censurés, les ballons et leurs restes détruits. Il ne fallait pas inquiéter les populations civiles.

Au fil des mois la menace s’amplifie. Une trentaine d’incidents se produisent suite à ces lâchers de ballons. Plusieurs incendies forestiers sont incontestablement provoqués par leur atterrissage sur le sol américain.

De novembre 1944 à avril 1945 près de 9 000 ballons sont ainsi lâchés. Un millier d’entre-eux, environ, atteignent leur destination cible. Plus de 300 sont découverts et neutralisés.

Le 5 mai 1945 à Bly, une petite ville de l’Oregon, Elsie Mitchel, cherchant une place de pique-nique en forêt avec son mari pasteur2Celui-ci garait leur voiture sur un parking, ce qui explique qu’il n’a pas été atteint par l’explosion., est tuée par l’explosion d’une ce ces bombes ainsi que les cinq enfants de l’école du dimanche3L’École du dimanche est une institution protestante ou évangélique d’enseignement de la Bible aux enfants. qui les accompagnaient. Ce sont les seules victimes sur le sol continental américain de la Seconde guerre mondiale du fait de l’ennemi. Un mémorial a été élevé à l’endroit où s’est produit l’explosion.

Le projet FireFly et les smoke Jumpers du 555e bataillon

Smoke jumpers du 555th bataillon embarquant à bord d'un C-47
Smoke jumpers du 555th bataillon embarquant à bord d'un C-47

En avril 1945 la décision est prise d’affecter le 555ème bataillon d’infanterie parachutiste à la lutte contre les incendies en renfort des sapeurs forestiers du Service des forêts du Ministère de l’agriculture (US Forest Service). Il est informé de sa mission de sécurité dans la partie ouest des États-Unis. C’est l’opération Firefly (Luciole en français) dont l’objectif est de récupérer les ballons incendiaires tombés au sol et lutter contre les incendies qu’ils pouvaient provoquer en zones forestières. C’est une mission secrète hautement classifiée.

En mai 19454La période critique, relative aux incendies de forêts, s’étend de mai à octobre. Cette année-là, les précipitations ont été inférieures à la normale, ce qui a entraîné de surcroit une sécheresse mal opportune. le Bataillon quitte son camp d’entrainement pour être acheminé vers Pendleton dans l’État de l’Oregon, sur une base aérienne de l’armée.

Pendant plusieurs semaines le personnel est formé à la neutralisation des bombes. Le Service forestier les initie aux techniques d’extinction des incendies. Il reçoit également une formation sur l’utilisation des cartes et en secourisme. Ils s’entrainent à l’utilisation d’un nouveau type de parachute, modifié pour les sauts en zones fortement boisé et plus maniable et orientable. Leur formateur est un civil, Frank Derry, qui a conçu ce parachute.

En juillet un premier détachement, accompagné par six officiers, est envoyé à Chico en Californie. Le reste du Bataillon est chargé de couvrir le Montana, l’Idaho, l’Oregon et Washington.

Smoke jumpers du 555e bataillon en action
Smoke jumpers du 555e bataillon en action

Les parachutistes du Bataillon, surnommés Triples Nickels du fait de la triple numérotation de leur bataillon (555), réalisent 36 missions au cours de l’été 1945 et plus de 1 250 sauts en parachute. Une trentaine d’entre-eux sont blessés et un autre est mortellement blessé5Marvin L. Brown. C’est le premier smoke jumper américain tué en exercice. après une chute depuis un arbre. En effet les parachutistes du Bataillon avaient pour technique d’atterrir dans les feuillages et branchages des arbres puis de se laisser glisser au sol à l’aide d’une corde en nylon de 45 mètres qu’ils portaient avec eux. Pour cette raison leur casque standard est remplacé par un casque en plastique de type football américain, plus recouvrant, avec protège oreilles et grille plus protecteurs contre les branchages des arbres.

Le bataillon intègre une équipe médicale car les blessures au cours des sauts étaient fréquentes.

Ils sont les premiers Smoke Jumpers militaires de l’histoire des États-Unis. Ils sont aéroportés par un Douglas C-47 à proximité des forêts incendiées qu’ils atteignent par parachutage. Au sol ils procèdent alors à l’attaque initiale du feu avec des outils forestiers: pelles, pioches, haches, battoirs, cisailles… Par exemple en creusant des fossés pour éviter la propagation de l’incendie.
Leur mission peut durer plusieurs jours et ils sont alors ravitaillés également par parachutages (nourriture, eau et outils). Un fois sur site ils assurent une jonction avec les sapeurs du Service forestier qui les rejoignent par voies terrestres, voies moins rapides que l’acheminement aéroporté.

La technique du smoke jumping était déjà pratiquée par des unités civiles. Les premiers tests ont eu lieu au début des années 1930 aux États-Unis et en Union soviétique. Le premier saut officiel dans ce contexte a eu lieu en 1940 aux États-Unis. On trouve aujourd’hui des unités de smoke jumpers en Fédération de Russie, aux États-Unis et au Canada.

La dissolution

Le Bataillon est inactivé en décembre 1947 et ses hommes sont versés au 505e régiment d’infanterie aéroportée. Son action a été unanimement saluée. Un article de presse a titré : Comment les  Smoke jumpers noirs ont aidé à sauver l’Ouest américain.

Sept mois plus tard le président Harry Truman a signé le décret 9981, établissant l’égalité de traitement et des chances dans les services armés pour les personnes de toutes races, religions ou origines nationales.

Notes

Notes
1 On avait initialement imaginé de charger ces ballons avec le virus de la peste bovine ! Fort heureusement ce projet fut abandonné probablement par peur de représailles bactériologiques de la part des États-Unis.
2 Celui-ci garait leur voiture sur un parking, ce qui explique qu’il n’a pas été atteint par l’explosion.
3 L’École du dimanche est une institution protestante ou évangélique d’enseignement de la Bible aux enfants.
4 La période critique, relative aux incendies de forêts, s’étend de mai à octobre. Cette année-là, les précipitations ont été inférieures à la normale, ce qui a entraîné de surcroit une sécheresse mal opportune.
5 Marvin L. Brown. C’est le premier smoke jumper américain tué en exercice.