Les pompiers du camp d’internement de Manzanar (1942 – 1945)
Le camp d’internement de Manzanar
Ce double assaut fit plus de 2 400 victimes et provoqua aux États-Unis une grande émotion. Le sentiment de trahison et la peur du sabotage ou de l’espionnage rendirent suspects les japonais vivant sur le sol américain et les américains d’origine japonaise.
Le plus connu de ces camps d’internement, baptisés War Relocation Centers, fut celui de Monzanar, Pommeraie en espagnol, dans la Vallée de l’Owens en Californie, situé dans une région aride et sèche, au pied de la Sierra Nevada, à 350 km environ de Los Angeles.
Le camp de 220 hectares environ est rectangulaire et renferment plusieurs centaines de bâtiments (baraquements, entrepôts, bâtiments administratifs, sanitaires, buanderies, un auditorium récréatif, un aérodrome…). Les baraquements sont répartis en 36 blocs. Ils peuvent recevoir près de 11 000 personnes, hommes, femmes et enfants. Les premiers « résidents » y arrivent en mars 1942 alors que le camp est encore en construction.
Les risques d’incendie
Le climat est sec et des vents chauds provoquent des envolées de poussières et de sable et assèchent les structures.
L’hôpital est le bâtiment le plus sensible. Construit en bois également avec un toit recouvert d’asphalte. Il est situé dans la zone la plus élevée du camp où la pression d’eau est la plus faible. Par ailleurs situé à l’ouest du camp il est à l’opposé du centre de secours situé, lui, à l’extrême est.
Les inspecteurs de la War Relocation Authority (WRA) relèvent au cours de leurs nombreuses inspections plus de 700 risques potentiels d’incendie2La War Relocation Authority (WRA) était une agence gouvernementale des États-Unis créée pour gérer l’internement des citoyens américains résidant aux États-Unis et les américains d’origine japonaise pendant la Seconde Guerre mondiale. L’agence a été créée par décret en mars 1942 par le président Franklin D. Roosevelt et a été supprimée en juin 1946 par décret du président Harry S. Truman.. Aucun feu ouvert n’était possible sans autorisation et était systématiquement interdit après 14 heures.
L’approvisionnement en eau
Ce réseau de canalisations manque de vannes d’arrêt et des fuites, lorsqu’elles se produisent, peuvent occasionner de grandes pertes d’eau avant leurs réparations.
Deux puits complètent ce système d’approvisionnement en eau, tous deux équipés de pompes électriques. L’un alimente un réservoir de 45 m3.
En 1943 des ouvriers résidents internés du camp réalisent des travaux d’agrandissement du réservoir principal et font passer sa capacité à plus de 4 000 m3.
Les équipements de lutte contre les incendies
A l’ouverture du camp les équipements incendies se réduisent à des tuyaux d’arrosage, des seaux et des pelles… portés par un simple camion.
Quelques mois après, en juillet 1942, un premier engin-pompe est fourni par l’US Forest Service. C’est un Ward Lafrance sur un châssis Ford V8, de moins de trois tonnes de charge utile, avec une pompe centrifuge d’un débit d’environ 1 900 l/min. Il porte une cuve de moins de 700 litres avec 45 mètres de tuyaux pré connectés et offre donc une faible autonomie avant son alimentation par un poteau à incendie.
Le réseau d’eau alimentent 84 poteaux à incendie installés par le Corps du génie de l’armée de terre des États-Unis3Army Corps of Engineers ou USACE dont la devise est « Essayons » en français ! qui fournit également des longueurs de tuyaux, des lances et des pièces de jonction.
Un an après l’arrivée de l’engin-pompe Ward Lafrance, en avril 1943, un second engin intègre le service incendie du camp. C’est aussi un engin-pompe de classe 5004Les engins d’incendie de la classe 500 ont été les plus utilisés par l’Armée américaine pour protéger les installations militaires. avec une pompe d’un débit de 500 gpm, environ 1 900 l/min. Il est équipé par Peter Pirsch Fire Truck Co. sur un châssis Dodge. Il porte lui aussi une cuve de 700 litres avec 45 mètres de tuyaux pré connectés. Des longueurs de tuyaux sont lovées dans le compartiment arrière.
Peu après un camion, que l’on pourrait qualifier de dévidoir automobile avec plus de 300 mètres de tuyaux et des pièces de jonction, vient rejoindre les deux engins-pompes. Les trois engins engagés permettent l’établissement de cinq lignes de tuyaux de 63.5 mm de diamètre.
Le Fire Department de Manzanar
Le secours à victimes est assuré par du personnel de l’hôpital qui arme une ambulance de l’armée américaine. Les pompiers du camp ont donc pour mission essentielle la protection contres les incendies.
L’effectif est complété par trois capitaines et leurs assistants, des ingénieurs et une trentaine d’équipiers. Les officiers sont issus des administrations américaines (des « caucasiens » selon la terminologie américaine !) tandis que les équipiers sont des résidents internés du camp. Ces derniers n’ont aucune expérience de la lutte contre les incendies mais très désireux de s’impliquer dans cette mission. Cet effectif à temps plein et rétribué (16$ par mois pour un équipier) peut être doublé avec l’apport de volontaires.
Ces pompiers ont combattu une centaine d’incendies durant la durée de vie du camp dont 27 dans les baraquements, 18 dans les réfectoires, 22 dans les autres bâtiments, 21 à l’extérieur (broussailles…). L’incendie le plus important se déclare le 28 juillet 1944, un jour de grand vent, et détruit trois entrepôts avec un fort risque de propagation. Il a nécessité l’établissement de plus de 400 mètres de lignes de tuyaux.
La fermeture du camp
L’engin-pompe Ward Lafrance/Ford est cédé au corps de pompiers de Bishop, située à 75 km au nord du camp. Ces derniers l’équipent d’une échelle pivotante Memco de quinze mètres dans les années 1950. Dans les années 1990 il est acquis par le Manzanar National History Site qui gère le camp de Manzanar devenu, entre- temps, un lieu de mémoire. L’engin revient donc au camp où il est préservé à titre historique.
Le Pirsch/Dodge, quant à lui, est cédé aux pompiers de Lone Pine au sud de Manzanar. Il est ensuite cédé à ceux de Keeler, également au sud de Manzanar et de Lone Pine. Ces derniers en feront don au National Park Service en 2017 et lui aussi rejoint le camp pour sa préservation à titre historique.
Après la fermeture du camp, le bois des constructions est vendu et la plupart des bâtiments sont démantelés. Le bâtiment du centre d’intervention incendie est utilisé par un fermier pour de l’entreposage. Sans grand entretien il se dégrade au fil des années. Après la décision de faire du camp un lieu de mémoire, des bâtiments, dont un bloc de baraquements et le centre de secours, sont reconstruits afin d’être visités par le public. Des fonds sont réunis par le National Park Service, le Manzanar National History Site… Des volontaires bénévoles ont également œuvré pour cette reconstruction partielle.
Voir aussi : L'action des pompiers en temps de guerre
Une échelle allemande à Marseille (1944)Un marin-pompier à Marseille (1943/1944)Le prix de la Liberté (Carentan, 1944)Les bateaux-pompes américains durant la Seconde guerre mondiale (1941-1945)
Notes
| ↑1 | 70 000 japonais résidant sur le sol américain et 42 000 américains d’origine japonaise. |
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| ↑2 | La War Relocation Authority (WRA) était une agence gouvernementale des États-Unis créée pour gérer l’internement des citoyens américains résidant aux États-Unis et les américains d’origine japonaise pendant la Seconde Guerre mondiale. L’agence a été créée par décret en mars 1942 par le président Franklin D. Roosevelt et a été supprimée en juin 1946 par décret du président Harry S. Truman. |
| ↑3 | Army Corps of Engineers ou USACE dont la devise est « Essayons » en français ! |
| ↑4 | Les engins d’incendie de la classe 500 ont été les plus utilisés par l’Armée américaine pour protéger les installations militaires. |
