Les pompiers du camp d’internement de Manzanar (1942 – 1945)


Le camp d’internement de Manzanar

Franklin Delano Roosevelt
Franklin Delano Roosevelt

L’attaque de Pearl Harbor par les forces aéronavales japonaises le 7 décembre 1941 reste un des événements les plus marquants de l’Histoire contemporaine des États-Unis. Une date qui restera marquée par l’infamie pour reprendre les termes du Président Roosevelt dans son discours prononcé le 8 décembre devant les membres du Congrès.
Ce double assaut fit plus de 2 400  victimes et provoqua aux États-Unis une grande émotion. Le sentiment de trahison et la peur du sabotage ou de l’espionnage rendirent suspects les japonais vivant sur le sol américain et les américains d’origine japonaise.

Le camp de Manzanar en 1943
Le camp de Manzanar en 1943

Le 19 février 1942 le Président Roosevelt signe l’ordre 9066 autorisant leur incarcération. Près de 110 000 d’entre-eux170 000 japonais résidant sur le sol américain et 42 000 américains d’origine japonaise. sont alors internés dans des camps d’internement construits hâtivement dans des régions isolées des États de Washington, de Californie et de l’Oregon.

Le plus connu de ces camps d’internement, baptisés War Relocation Centers, fut celui de Monzanar, Pommeraie en espagnol, dans la Vallée de l’Owens en Californie, situé dans une région aride et sèche, au pied de la Sierra Nevada, à 350 km environ de Los Angeles.

Le camp de 220 hectares environ est rectangulaire et renferment plusieurs centaines de bâtiments (baraquements, entrepôts, bâtiments administratifs, sanitaires, buanderies, un auditorium récréatif, un aérodrome…). Les baraquements sont répartis en 36 blocs. Ils peuvent recevoir près de 11 000 personnes, hommes, femmes et enfants. Les premiers « résidents » y arrivent en mars 1942 alors que le camp est encore en construction.

Les risques d’incendie

Service d'urgences de l’hôpital du camp de Manzanar
Service d'urgences de l’hôpital du camp de Manzanar

Si chaque bloc est espacé des autres par des allées coupe-feux (firebreaks), les baraquements, construits par l’Armée américaine en bois et toile goudronnée, sont proches les uns des autres. Les risques de propagation d’un incendie sont réels. Les baraquements sont chauffés par des poêles à mazout. e ce fait un réservoir de mazout est situé dans l’enceinte du camp et dans chaque baraquement les résidents internés peuvent se constituer des réserves dans des contenants divers et variés (jerricans, bouteilles…).
Le climat est sec et des vents chauds provoquent des envolées de poussières et de sable et assèchent les structures.

L’hôpital est le bâtiment le plus sensible. Construit en bois également avec un toit recouvert d’asphalte. Il est situé dans la zone la plus élevée du camp où la pression d’eau est la plus faible. Par ailleurs situé à l’ouest du camp il est à l’opposé du centre de secours situé, lui, à l’extrême est.

Les inspecteurs de la War Relocation Authority (WRA) relèvent au cours de leurs nombreuses inspections plus de 700 risques potentiels d’incendie2La War Relocation Authority (WRA) était une agence gouvernementale des États-Unis créée pour gérer l’internement des citoyens américains résidant aux États-Unis et les américains d’origine japonaise pendant la Seconde Guerre mondiale. L’agence a été créée par décret en mars 1942 par le président Franklin D. Roosevelt et a été supprimée en juin 1946 par décret du président Harry S. Truman.. Aucun feu ouvert n’était possible sans autorisation et était systématiquement interdit après 14 heures.

L’approvisionnement en eau

Réservoir d'alimentation en eau du camp de Manzanar
Réservoir d'alimentation en eau du camp de Manzanar

Le système d’approvisionnement en eau permanent a été achevé en juillet 1942, construit sous contrat avec l’Armée américaine par Vinson et Pringle, une entreprise de construction de Los Angeles. Il est constitué d’un réservoir de 3 000 m3 situé à l’extérieur du camp, à 1.6 km, et à une hauteur de plus de 45 mètres par rapport à celle du camp, alimenté par une petite rivière: la Shepherd. Il alimente à son tour un réservoir de plus de 350 m3 à partir duquel douze kilomètres de canalisations en acier de 30 cm de diamètre alimentent les baraquements, les salles à manger, les sanitaires et buanderies, des jardins d’agrément…
Ce réseau de canalisations manque de vannes d’arrêt et des fuites, lorsqu’elles se produisent, peuvent occasionner de grandes pertes d’eau avant leurs réparations.
Deux puits complètent ce système d’approvisionnement en eau, tous deux équipés de pompes électriques. L’un alimente un réservoir de 45 m3.
En 1943 des ouvriers résidents internés du camp réalisent des travaux d’agrandissement du réservoir principal et font passer sa capacité à plus de 4 000 m3.

Les équipements de lutte contre les incendies

A l’ouverture du camp les équipements incendies se réduisent à des tuyaux d’arrosage, des seaux et des pelles… portés par un simple camion.

Les pompiers du camp et leur engin-pompe Ward Lafrance/Ford
Les pompiers du camp et leur engin-pompe Ward Lafrance/Ford

Quelques mois après, en juillet 1942, un premier engin-pompe est fourni par l’US Forest Service. C’est un Ward Lafrance sur un châssis Ford V8, de moins de trois tonnes de charge utile, avec une pompe centrifuge d’un débit d’environ 1 900 l/min. Il porte une cuve de moins de 700 litres avec 45 mètres de tuyaux pré connectés et offre donc une faible autonomie avant son alimentation par un poteau à incendie.

Le réseau d’eau alimentent 84 poteaux à incendie installés par le Corps du génie de l’armée de terre des États-Unis3Army Corps of Engineers ou USACE dont la devise est « Essayons » en français ! qui fournit également des longueurs de tuyaux, des lances et des pièces de jonction.

Engin-pompe Pirsch sur châssis Dodge
Engin-pompe Pirsch sur châssis Dodge

Un an après l’arrivée de l’engin-pompe Ward Lafrance, en avril 1943, un second engin intègre le service incendie du camp. C’est aussi un engin-pompe de classe 5004Les engins d’incendie de la classe 500 ont été les plus utilisés par l’Armée américaine pour protéger les installations militaires. avec une pompe d’un débit de 500 gpm, environ 1 900 l/min. Il est équipé par Peter Pirsch Fire Truck Co. sur un châssis Dodge. Il porte lui aussi une cuve de 700 litres avec 45 mètres de tuyaux pré connectés. Des longueurs de tuyaux sont lovées dans le compartiment arrière.

Peu après un camion, que l’on pourrait qualifier de dévidoir automobile avec plus de 300 mètres de tuyaux et des pièces de jonction, vient rejoindre les deux engins-pompes. Les trois engins engagés permettent l’établissement de cinq lignes de tuyaux de 63.5 mm de diamètre.

Le Fire Department de Manzanar

Le secours à victimes est assuré par du personnel de l’hôpital qui arme une ambulance de l’armée américaine. Les pompiers du camp ont donc pour mission essentielle la protection contres les incendies.

Le Fire Department de Manzanar
Le Fire Department de Manzanar

Le centre de secours, la fire station, est situé en bordure est du camp à proximité du poste de police à la hauteur bloc 13 (voir plan). Il est probablement trop en périphérie du camp, ce qui occasionne une perte de précieuses minutes dans l’acheminement des secours pour lutter conte des feux naissants. Il est constitué de trois remises. Au cours de la durée de vie du camp ce centre de secours a été agrandi et maintenu par les résidents internés du camp. Selon une habitude ces ouvriers gravaient leurs noms ou des messages dans le ciment frais durant les travaux. C’est le cas par exemple pour la rampe d’accès aux remises. Ces inscriptions sont toujours visibles aujourd’hui.

L'incendie de juillet 1944
L'incendie de juillet 1944

Constituée de quelques membres à l’ouverture du camp, l’équipe d’intervention incendie s’est rapidement étoffée avec l’arrivée des engins-pompes. En aout 1942 la direction du Fire department du camp est confié à Frank E. Hou assisté par Ira L. Carpenter. Tous deux étaient auparavant affectés au Service incendie de Los Angeles et ont plus de 20 ans d’expérience dans la lutte contre les incendies.

L’effectif est complété par trois capitaines et leurs assistants, des ingénieurs et une trentaine d’équipiers. Les officiers sont issus des administrations américaines (des « caucasiens » selon la terminologie américaine !) tandis que les équipiers sont des résidents internés du camp. Ces derniers n’ont aucune expérience de la lutte contre les incendies mais très désireux de s’impliquer dans cette mission. Cet effectif à temps plein et rétribué (16$ par mois pour un équipier) peut être doublé avec l’apport de volontaires.

Ces pompiers ont combattu une centaine d’incendies durant la durée de vie du camp dont 27 dans les baraquements, 18 dans les réfectoires, 22 dans les autres bâtiments, 21 à l’extérieur (broussailles…). L’incendie le plus important se déclare le 28 juillet 1944, un jour de grand vent, et détruit trois entrepôts avec un fort risque de propagation. Il a nécessité l’établissement de plus de 400 mètres de lignes de tuyaux.

La fermeture du camp

Le centre d'intervention incendie avant sa reconstruction
Le centre d'intervention incendie avant sa reconstruction

Le camp ferme ses portes à la fin de la Seconde guerre avec la libération de tous ses occupants. Le Fire Department est dissous.

L’engin-pompe Ward Lafrance/Ford est cédé au corps de pompiers de Bishop, située à 75 km au nord du camp. Ces derniers l’équipent d’une échelle pivotante Memco de quinze mètres dans les années 1950. Dans les années 1990 il est acquis par le Manzanar National History Site qui gère le camp de Manzanar devenu, entre- temps, un lieu de mémoire. L’engin revient donc au camp où il est préservé à titre historique.

Le Pirsch/Dodge, quant à lui, est cédé aux pompiers de Lone Pine au sud de Manzanar. Il est ensuite cédé à ceux de Keeler, également au sud de Manzanar et de Lone Pine. Ces derniers en feront don au National Park Service en 2017 et lui aussi rejoint le camp pour sa préservation à titre historique.

Après la fermeture du camp, le bois des constructions est vendu et la plupart des bâtiments sont démantelés. Le bâtiment du centre d’intervention incendie est utilisé par un fermier pour de l’entreposage. Sans grand entretien il se dégrade au fil des années. Après la décision de faire du camp un lieu de mémoire, des bâtiments, dont un bloc de baraquements et le centre de secours, sont reconstruits afin d’être visités par le public. Des fonds sont réunis par le National Park Service, le Manzanar National History Site… Des volontaires bénévoles ont également œuvré pour cette reconstruction partielle.

Une collection de photographies
Une collection de photographies

Notes

Notes
1 70 000 japonais résidant sur le sol américain et 42 000 américains d’origine japonaise.
2 La War Relocation Authority (WRA) était une agence gouvernementale des États-Unis créée pour gérer l’internement des citoyens américains résidant aux États-Unis et les américains d’origine japonaise pendant la Seconde Guerre mondiale. L’agence a été créée par décret en mars 1942 par le président Franklin D. Roosevelt et a été supprimée en juin 1946 par décret du président Harry S. Truman.
3 Army Corps of Engineers ou USACE dont la devise est « Essayons » en français !
4 Les engins d’incendie de la classe 500 ont été les plus utilisés par l’Armée américaine pour protéger les installations militaires.