Les échelles aériennes pivotantes


Première partie: Deux temps trois mouvements !

L’échelle aérienne est, parmi tous leurs véhicules d’intervention, l’engin emblématique des sapeurs-pompiers. Aux yeux du public la « grande échelle » symbolise l’acte de sauvetage, souvent dramatique lorsque des victimes réfugiées aux fenêtres menacent de se jeter dans le vide depuis les étages d’un immeuble sinistré. Nous connaissons par ailleurs l’image de ce sapeur-pompier qui, à plusieurs dizaines de mètres du sol, perché sur son échelle, dirige le jet puissant de sa lance sur les flammes…

Grosses lances sur échelles lors de l'incendie du Printemps à Paris en 1921
Grosses lances sur échelles lors de l'incendie du Printemps à Paris en 1921
Les premières échelles tournantes à fonctionnement automatique ont été construites par les firmes allemandes Magirus et Metz vers 1910. Leurs trois mouvements étaient commandés par les moteurs des châssis. Elles permettaient d’atteindre la hauteur de 26 mètres.

En France les échelles pivotantes apparaissent un peu avant la Première guerre mondiale. Le Régiment de sapeurs-pompiers de Paris, par exemple, met en départ en 1911 un échelle automobile pivotante Magirus de 26 mètres en bois à déploiement électrique sur un châssis Delahaye.

Les échelles sur porteurs utilisées alors par le Régiment atteignaient 19 mètres et les constructions de plus en plus nombreuses nécessitaient un surcroît de hauteur de travail.

Missions de l’échelle aérienne

Les missions dévolues à l’échelle aérienne sont multiples :

  • sauvetage à partir des étages supérieurs d’un immeuble lorsque les voies normales d’accès sont impraticables du fait d’un incendie, de la présence de fumées, de l’effondrement des cages d’escaliers …,
  • reconnaissance à partir d’un point haut d’observation,
  • attaque du feu en le dominant depuis un point haut,
  • accès à des points hauts pour la création d’exutoires (toitures par exemple) pour permettre une évacuation des fumées et des gaz chauds,
  • évacuation d'une victime en brancard, malade ou blessée, depuis un étage lorsque l’état de celle-ci impose un transport en position allongée ou lorsque les voies de communication vers l’extérieur sont trop étroites,
  • protection des façades et lutte contre la propagation des flammes,
  • éclairage d’une zone d’intervention,
  • création de chemins d’accès lorsque le cheminement vers le sinistre n’est pas possible par les voies de communication existantes (flammes, fumées, effondrement, obstacles…),
  • création de chemins de secours lorsque l’itinéraire de repli n’est plus possible,
  • récupération d’objets menaçant de tomber sur la voie publique sur la voie publique,

  • Elle peut être engagée sur des missions plus souriantes comme la décoration des rues de nos villages à la période de Noël ou de supports de pavoisements lors d'événements festifs ou commémoratifs… ou encore la récupération de chats perchés dans les arbres1Cette mission, comme celle qui consiste à détruire des nids de guêpes, ne fait plus partie des interventions de nos sapeurs-pompiers depuis 2004. !

    Anatomie d’une échelle pivotante

    Anatomie d'une échelle pivotante
    Anatomie d'une échelle pivotante

    L’échelle pivotante est automotrice. C’est à dire que le châssis automobile, porteur de la structure extensible, permet à la fois le déplacement de l’engin et fournit l’énergie nécessaire, grâce au moteur de traction, à la mise en œuvre de son équipement. Le personnel qui arme une échelle et constitué de deux ou trois équipiers et un châssis à simple cabine ou à cabine prolongée est la configuration le plus fréquente. Néanmoins le châssis à double cabine a aussi été utilisé.

    L’échelle proprement dite est constituée de plusieurs plans emboîtés les uns dans les autres pour permettre un coulissement relatif. Le premier plan est le plan fixe solidaire du berceau. Au dessus de lui trois ou quatre plans mobiles. Le second plan est mobile mobile, entraîne les trois ou quatre autres grâce à un jeu de câbles et de  poulies mis en mouvement par un moteur hydraulique, électrique ou par un treuil. C’est le déploiement. L’opération inverse, le retour des plans en position de route de l’engin, est le reploiement. Les plans comportent des échelons, revêtus d’une matière antidérapante.  L’ensemble de ces trois ou quatre plans (voire cinq plans pour les dernières générations d’échelles) est baptisé parc d’échelles ou encore structure extensible.

    Ce parc d’échelles repose sur un berceau qui pivote sur un axe horizontal. Il est actionné par deux vérins alimentés en parallèle et soulève le parc d’échelles. Ce mouvement est appelé le dressage. Le mouvement inverse, le retour du parc en position de route, est l’abaissement. Celui-ci peut être négatif c’est à dire présenter un angle négatif par rapport  à l’horizontale, jusqu’à -15 degrés. Cette fonctionnalité, absente avec les échelles anciennes, permet une intervention en contrebas.

    Le berceau est fixé sur la tourelle , bâti pivotant base du dispositif, qui supporte les commandes des mouvements. Depuis les années 1990 la tourelle porte un poste de commande avec siège à accoudoir rendant la manœuvre de l’échelier plus confortable.

    La tourelle  est située à la hauteur de l’essieu arrière du véhicule, posée sur une giration entraînée par un moto-réducteur de pivotement. Le mouvement rotatif  jusqu’à 360 degrés qu’elle permet est le pivotement (quelquefois appelé rotation).

    Dressage et déploiement vont donner de la hauteur tandis que le pivotement va permettre fixer une orientation en azimut.

     

    Pivotement


    Dressage et Déploiement


    Nacelle

    Les échelles pivotantes avec nacelle sont prépondérantes aujourd’hui. La première du genre aurait été construite par Metz au début des années 1930  sur un châssis Diamond T2Metz et les véhicules de sapeurs-pompiers, Jean-François Schmauch, ETAI, 2002, ISBN: 2-7268-8615-9.. Elle permet à plusieurs équipiers de travailler debout et plusieurs heures en configuration « mirador », ce qui n’est guère possible sur une échelle sans cet équipement. Ce dernier a longtemps été amovible et fixé en position de route sur le plateau du châssis porteur, à la tourelle ou sur un des côtés du parc d’échelles. L’abaissement du parc d’échelles en angle négatif permet alors de fixer à son extrémité la nacelle préalablement déposée au sol. Aujourd’hui celle-ci est installée en permanence à l’extrémité du premier plan, renvoyée en arrière en position de route et inclinable en avant grâce à des vérins hydrauliques. Elle permet d’accoster un point de récupération de victimes (fenêtres, balcons, toitures…) et d’effectuer leur transfert au sol de manière moins traumatisante.  De larges portes favorisent l’accès des personnes secourues et des équipiers à la plateforme, en particulier lorsqu’ils portent leurs appareils respiratoires isolants.

    Un tableau de commande secondaire permet de piloter les mouvements de l’échelle depuis la nacelle. Le poste principal est alors en supervision et peut à tout moment prendre le relais en cas de difficultés. Équipiers en nacelle et écheliers en tourelle communiquent par interphone.

    La nacelle peut porter des équipements qui prolongent son action: une lance-canon qui permet une intervention d’extinction puissante depuis un point haut, des projecteurs alimentés par un groupe électrogène souvent fixé à la base de la tourelle….

    La nacelle est souvent équipée d’un support de brancard classique ou de type « barquette », à bords relevés, plus sécurisant pour les victimes évacuées. Ce type de transport, assez fréquent aujourd’hui, est prescrit lorsque la victime ou malade doit impérativement être transportée allongée ou lorsque les voies de communication vers l’extérieur sont trop étroites ou difficiles pour manœuvrer un brancard classique.

    L’action des nacelles peut être plus efficace encore grâce l’innovation récente qui consiste à prolonger le premier plan du parc d’échelles, où est fixée à demeure la nacelle, par une extension d’environ trois mètres et d’articuler en négatif cette extension par le jeu de vérins hydrauliques. Avec cette fonctionnalité, encore assez rare en France, elle permet d’accéder à des pans de toitures opposés, à des fenêtres de toits de type velux, d’approcher plus efficacement un bateau, une péniche en contrebas d’une berge ou d’un quai… et d’être plus efficace dans toute situation où un surplomb est nécessaire.

    Matériels complémentaires

    L’engin échelle pivotante est très souvent pourvu de coffres et embarque du matériel pouvant se révéler utile lors d’intervention: lances et pièces de jonction, des longueurs de tuyaux, une tronçonneuse, un brancard barquette, une caméra thermique, des outils et matériels de forcement, un ventilateur…

    Elle embarque des appareils respiratoires isolants. Ils peuvent être arrimés aux sièges de la cabine.

    Les sapeurs-pompiers des Yvelines ont ajouté un coussin qui permet d »effectuer des sauvetages (jusqu’à 16 mètres) en zones étroites d’accès ou de déploiement difficile pour l’échelle pivotante. Il se gonfle à l’aide d’une bouteille d’air comprimé.

Notes   [ + ]

1. Cette mission, comme celle qui consiste à détruire des nids de guêpes, ne fait plus partie des interventions de nos sapeurs-pompiers depuis 2004.
2. Metz et les véhicules de sapeurs-pompiers, Jean-François Schmauch, ETAI, 2002, ISBN: 2-7268-8615-9.