Le SAR de la Royal Air Force Britannique (1918 – 1986)


La création de de la Marine Craft Section (MCS)

Drapeau de la division Marine Craft Section de la Royal Air Force.
Drapeau de la division Marine Craft Section de la Royal Air Force.

Il peut paraitre surprenant que lorsque la Royal Air Force britannique a été créée en 19181La Royal Air Force est née de la fusion du Royal Flying Corps (RFC) et du Royal Naval Air Service (RNAS), respectivement la branche aérienne et la branche navale de l’Armée britannique. La mission de la Royal Air Force était la protection contre les attaques aériennes., elle intégrait une unité maritime. Baptisée MCS pour Marine Craft Section, elle était chargée d’assurer un appui à la flotte des hydravions.

Cette nouvelle branche était en effet équipée de diverses embarcations (les seaplanes) utilisées pour transporter les équipages et les approvisionnements entre les rivages et les hydravions, pour entretenir les bouées utilisées pour baliser les voies de circulation maritimes des hydravions et les entretenir en récupérant des objets et débris flottants en dérive ou semi-immergés menaçant l’évolution des avions amphibies.

En 1920 le Ministre de l’air2Le ministère de l’Air est un ancien ministère du gouvernement britannique avec la responsabilité de gérer les affaires de la Royal Air Force. Il est actif de 1918 à 1964. rappelle que l’une des missions de la MCS consiste à secourir les équipages d’hydravions ou d’avions accidentés, en panne ou contraints d’amerrir lorsqu’ils survolent des zones maritimes.

High Speed Launch (HSL) de la classe 100 type I
High Speed Launch (HSL) de la classe 100 type I

Au milieu des années 1920, la formation aux premiers secours était systématique pour les nouvelles recrues, mais la flotte existante des navires de la MCS n’est pas adaptée aux opérations de sauvetage. Au mieux la faible vitesse des navires utilisés (10 nœuds, 20 km/h tout au plus) ne permettait ce soutien que sur une étroite bande côtière.

Des embarcations, plus rapides, sont prêtées par la Marine. Elles sont destinées au sauvetage, quand leurs moteurs ne prenaient pas feu au démarrage ! Elles étaient, par ailleurs, peu manoeuvrantes.

Il est clair qu’il y avait un besoin pour une classe d’embarcations plus adaptées à ces missions. Au début des années 1930 Thomas Edward Lawrence, plus connu par son surnom Lawrence d’Arabie , rejoint la RAF et est chargé de travailler à la mise au point de telles embarcations. Ainsi dans l’entre deux guerres l’unité s’équipe de navires plus rapides, plus autonomes et plus adaptés à la navigation dans des conditions météorologiques dégradées.

La MCS et la Seconde guerre mondiale

High Speed Launch (HSL) de la classe 100 type II
High Speed Launch (HSL) de la classe 100 type II

Avec le conflit, la Bataille d’Angleterre suivie du Blitz, puis les raids aériens sur l’Allemagne ou la France occupée… mettent au premier plan les missions de sauvetage3Puisque ces raids partent de Grande-Bretagne les avions traversent deux fois la Manche ou la Mer du Nord.. Et en premier lieu les missions de récupération des équipages abattus ou contraints d’amerrir en Manche et en Mer du nord. L’insuffisance du nombre des embarcations et aéronefs dédiés au sauvetage, la durée de vie des moteurs des vedettes, le manque de coordination entre les unités… font que le nombre d’équipages secourus est dramatiquement faible: moins de 20% d’entre-eux !

En 1941 la RAF réagit en créant l’Air Sea Rescue Service (ASRS) dont les missions sont de coordonner toutes les opérations de sauvetage en mer pour les aéronefs et les équipages d’aéronefs et de fournir du matériel adapté, qui peut être largué par les aéronefs de recherche vers les équipages rescapés, afin d’améliorer les chances de leur survie jusqu’à l’arrivée des embarcations de sauvetage. La devise de l’ASRS est La mer ne les aura pas 4The sea shall not have them..

Insigne de manche de l' Air Sea Rescue Service
Insigne de manche de l' Air Sea Rescue Service

Par ailleurs les pilotes combattants sont formés à l’amerrissage forcé, les équipements de survie sont améliorés, la collaboration entre services et unités est renforcée…

On augmente le nombre de navires de sauvetage à grande vitesse. Suite aux attaques subies par les vedettes de sauvetage, on arme celle-ci de mitrailleuses Vickers (on installe en fait des tourelles de bombardier aérien) voire de canons de 20 mm.

L’ASRS dispose également d’une composante aérienne. Divers avions sont utilisés pour la recherche des équipages en perdition. On a ainsi mis en œuvre des Westland Lysander, Lockheed Hudson, Vickers Warwick, Avro Lancaster, Hawker Hurricane, Supermarine Spitfire, Boulton Paul Defiant, Fairey Barracuda…

Des hydravions ont aussi été utilisés comme le Consolidated Catalina, le Walrus, le Sea Otter… qui permettaient à la fois de repérer puis de recueillir les équipages après amerrissage.

Boulton Paul Defiant dans sa version ASR (Air Sea Rescue)
Boulton Paul Defiant dans sa version ASR (Air Sea Rescue)

Les avions, après repérage des équipages à secourir, pouvaient larguer des radeaux de survie, les dinghies5Dinghy: emprunté, via l’anglais du bengali dingi ou de l’hindi dengi (« petit bateau, esquif, canoë »).. Ils pouvaient alors guider les embarcations de sauvetage, ou les hydravions à faible autonomie (comme le Walrus) vers les équipages à secourir en vue de leur récupération. Plus tard, en 1942, ils pourront larguer des canots de sauvetage (airborn lifeboats) motorisés (un moteur de 4 cv) en bois, généralement de l’acajou, plus sécurisants. Ces derniers permettaient une autonomie de 120 miles (près de 222 km). La Marine britannique, la Royal Navy avec en particulier ses aéronefs de la Fleet Air Arm, embarqués sur ses bâtiments, équipe également des appareils de tels dispositifs.

L’Air Sea Rescue Service n’aura de cesse d’augmenter ses moyens pendant toute la durée de la guerre: vedettes de sauvetage, avions et d’hydravions, personnels également avec un cercle vicieux infernal: les équipages non secourus sont autant d’équipages qui auraient pu rejoindre les équipes de recherche et de sauvetage.
Les livraisons de vedettes rapides se font attendre du fait du manque d’ouvriers qualifiés chez les constructeurs, du manque de matières premières…

Les américains, pas encore en guerre mais qui soutiennent les alliés, promettent une livraison de deux vedettes de sauvetage par mois, construites à Miami. Mais après l’attaque de Pearl Harbor et l’entrée du pays dans le conflit mondial, ils préfèreront réserver ces embarcations au soutien de leurs propres forces. Ils en livreront quand même une quarantaine à la Royal Air Force.

Les besoins en moyens de sauvetage seront accrus lorsque les alliés lanceront des raids aériens plus importants sur l’Allemagne avec des vagues de plusieurs centaines de bombardiers.

La Marine Craft Section, puis l’Air Sea Rescue Service seront présentes et efficaces au cours des grandes opérations: l’embarquement des troupes alliées piégées à Dunkerque (Opération Dynamo, mai-juin 1940), l’opération Jubilee6Attaque par les Alliés en France occupée, menée  en août 1942 sur le port de Dieppe. Près de 75 escadrilles de chasseurs et de bombardiers alliées y ont participé. (aout 1942), le débarquement de Normandie (juin 1944)…

Des navires civils, ceux de la Marine ou encore ceux de l’Institut royal national de sauvetage en mer (Royal National Lifeboat Institution ou RNLI)7La RNLI est une organisation caritative qui existe depuis 1864. Sa mission est le sauvetage des personnes en danger en mer dans les eaux des îles Britanniques. sont mobilisés.

Ainsi à la fin de la Seconde Guerre mondiale, le bilan s’élève à plus de 8 000 équipages et 5 000 civils secourus avec plus d’un millier de
navires dédiés au sauvetage dont près de 300 à grande vitesse. Ces moyens étaient répartis sur les littoraux du Royaume-Uni et partout ailleurs dans le monde où les forces britanniques étaient engagées. Ils représentaient à l’époque la plus grande flotte de sauvetage au monde.

La création de la SAR Force

Avec la fin du conflit mondial les besoins en recherche et sauvetage ont été, bien évidement, moins importants. Le déclin de l’Empire Britannique, la moindre utilisation des hydravions… ont également entrainé une plus faible demande.

Hélicoptère Westland Whirling de recherche et de sauvetage mis en service en 1956
Hélicoptère Westland Whirling de recherche et de sauvetage mis en service en 1956

Au début des années 1950 les hélicoptères sont engagés dans les missions de recherche et de sauvetage. Leur vitesse, leur autonomie, le vol stationnaire qu’ils permettent en font des moyens très efficaces pour accomplir ces missions. De plus ils nécessitent un personnel plus réduit que celui nécessaire pour armer à la fois des aéronefs à voilure fixe et des embarcations.

De ce fait on assiste à une diminution du nombre d’avions et surtout d’embarcations dédiés aux missions de recherche et de sauvetage. Ces dernières sont surtout utilisées pour le remorquage des cibles en mer destinés à l’entrainement des équipages d’avions de combat.

Si bien qu’en 1986 la branche maritime de la RAF est dissoute. Le sauvetage en mer par voies maritimes est confié à l’Institut royal national de sauvetage en mer (RNLI), à la Garde côtière ou à la Royal Navy.

La Search and Rescue Force (SARF or SAR Force), nouvelle entité intégrée à la Royal Air Force, réalise alors les missions de secours aérien en mer et sur terre avec une extension au secours en montagne.

Notes

1 La Royal Air Force est née de la fusion du Royal Flying Corps (RFC) et du Royal Naval Air Service (RNAS), respectivement la branche aérienne et la branche navale de l’Armée britannique. La mission de la Royal Air Force était la protection contre les attaques aériennes.
2 Le ministère de l’Air est un ancien ministère du gouvernement britannique avec la responsabilité de gérer les affaires de la Royal Air Force. Il est actif de 1918 à 1964.
3 Puisque ces raids partent de Grande-Bretagne les avions traversent deux fois la Manche ou la Mer du Nord.
4 The sea shall not have them.
5 Dinghy: emprunté, via l’anglais du bengali dingi ou de l’hindi dengi (« petit bateau, esquif, canoë »).
6 Attaque par les Alliés en France occupée, menée  en août 1942 sur le port de Dieppe. Près de 75 escadrilles de chasseurs et de bombardiers alliées y ont participé.
7 La RNLI est une organisation caritative qui existe depuis 1864. Sa mission est le sauvetage des personnes en danger en mer dans les eaux des îles Britanniques.