Les Citroën U23.50 HLZ des sapeurs-pompiers de Paris
Le Citroën T23
Le Citroën Type 23 série U est un camion léger conçu en France par le constructeur Citroën et fabriqué de 1935 à 1969. Il est le dernier véhicule conçu du vivant d’André Citroën (1878-1935). C’est un utilitaire qui présente un poids total en charge (P.T.C.) de 2 300 kg, d’où son nom de baptême U23. Il est à l’origine propulsé par le moteur de la Traction Avant de 11 CV. Sa cabine dérivée de la partie avant de la gamme Rosalie a été dessinée par Flaminio Bertoni (1903-1964), le créateur du design de la Traction Avant, de la 2 CV, de la DS, de l’Ami 6…
Un grand nombre d’exemplaires, près de 13 000 !, sont construits pour l’armée française durant la Seconde guerre mondiale.
Après la Guerre il devient plus simplement U23 et en 1958 sa cabine est raccourcie d’un mètre. Il est animé par un moteur à essence Citroën à quatre cylindres d’une puissance de 50 ch (1 910 cm3).
En 1955 la carrosserie profilée d’un modèle utilitaire à cabine avancée et un poids total roulant de 5 000 kg, est confiée à la société Louis Heuliez, crée en 1952 et située à Cerisay dans le département des Deux-Sèvres. Cette version existera sou le nom Citroën 23.50 HLZ.
C’est cette version qui sera utilisée par les sapeurs-pompiers de Paris pour mettre en départ deux fourgons producteurs de mousse (PRM), six fourgons de protection (PR) et un camion mobile hyperbare (CMH).
Les fourgons de protection (PR)
Jacques PÉRIER dans son ouvrage Les Véhicules d’incendie à Lyon, nous apprend que, suite d’un incendie particulièrement destructeur à Liverpoul en 1842, les compagnies d’assurance britanniques ont financé un corps spécialisé dont la mission était de protéger les biens lors d’un incendie, contre les flammes et des fumées bien entendu mais aussi contre les dégradations qui pouvaient résulter de l’eau extinctrice utilisée par les pompiers.
Les sapeurs-pompiers de Paris vont assurer un tel service, dit de protection, dès 1904 à l’initiative du Préfet Lépine1Les sapeurs-pompiers de Lyon feront de même en 1912. après un voyage d’étude à Londres. Ce nouveau service va requérir de nouveaux engins, d’abord hippomobiles puis motorisés sur châssis De Dion-Bouton, Delahaye, Laffly… Et en 1968 six engins sur châssis Citroën U23.50 carrossés par Heuliez.
Le fourgon de protection transporte tous matériels permettant d’assurer une protection des mobiliers, marchandises, objets précieux… contre les dégâts du feu, des fumées et des eaux au cours de l’extinction des incendies : bâches de protection, diverses échelles, aspirateur à eau, paniers en osier, madriers, pompe vide-cave, tuyaux, collecteur à fond plat pour canaliser l’eau, serpillières, éponges, racloirs, sciure, cordages…ainsi que divers outillages : pelles, pioches, burins, haches, pinces… le tout rangé dans le couloir central du fourgon et dans des coffres latéraux qui le bordent. Son volume de rangement est de 17 m3.
Il embarque également du matériel d’éclairage2Il est à noter d’ailleurs qu’aujourd’hui les fonctions de protection, d’éclairage et de ventilation seront assurées par un même engin : le PEV.
En raison de la variété de ces matériels et outils transportés, il est surnommé un temps la poubelle par les sapeurs-pompiers parisiens. Il est armé par huit hommes : conducteur et chef d’agrès, deux chefs d’équipe, deux sous-chefs d’équipe et deux servants.
Les fourgons producteurs de mousse (PRM)
Les sapeurs-pompiers testent dès le début des années 1920 l’utilisation de la mousse physique extinctrice destinée plus particulièrement à la lutte contre les feux d’hydrocarbures. En 1929 et 1935 deux fourgons-pompes mousses (FPM) sont mis en départ sur des châssis Somua et Delahaye. Dans les années 1950 les engins d’incendie des différentes compagnies sont systématiquement équipés de moyens de production de mousse, à l’exemple des Premiers secours mousses (PSM)…
En 1955 est mis en service un ensemble de Grande puissance à mousse mécanique constitué d’un fourgon-pompe de grande puissance et d’un dévidoir automobile avec un emport de 2 500 litres de liquide émulseur.
A partir de 1968 deux fourgons producteurs de mousse (PRM) sont mis en départ sur des châssis Citroën 23.50HLZ, identiques extérieurement aux fourgons de protection (PR) et se différenciant, outre les matériels embarqués, par leur immatriculations, PRM 16 et PRM 17. Ils transportent les agrès nécessaires à la production de mousse à moyen et haut foisonnement.
Le camion mobile hyperbare (CMH)
Le caisson hyperbare, également appelé caisson de décompression ou chambre hyperbare, est une installation technique médicale étanche au sein de laquelle un ou plusieurs patients peuvent être exposés à une pression supérieure à la pression atmosphérique, ce qui permet principalement d’accroître l’oxygénation des tissus.
Les pathologies qui relèvent de ce traitement sont l’intoxication par le monoxyde de carbone (chauffage ou chauffe-eau défectueux, inhalation de fumées lors d’un incendie, tentative de suicide aux gaz d’échappement…), les accidents de décompression (accidents de plongée)…
La rapidité d’exposition des victimes à cet environnement sur-pressé en oxygène est un facteur primordial. Aussi les sapeurs-pompiers ont été amenés à équiper des véhicules de secours porteurs d’un tel dispositif pour porter assistance au plus près des zones d’accidents ou d’intoxications. On peut citer les marins-pompiers de Marseille, les sapeurs pompiers Nice, ceux de Nancy …
Les sapeurs-pompiers de Paris ont été les premiers à le mettre en œuvre en 1964 en utilisant un châssis Citroën 23.50 HLZ porteur d’une chambre de décompression. Compte tenu du la taille d’un tel dispositif c’est le châssis surélevé qui a été choisi avec une hauteur de 2.50 mètres au lieu des 1.90 mètres pour les PR et PRM. Son volume de rangement est de 20 m3.
Il est armé par un conducteur, un infirmier, un manipulateur et un médecin spécialisé en médecine hyperbare. Il est stationné à l’infirmerie de la caserne de Port Royal. De par leurs missions les sapeurs pompiers parisiens, ayant acquis un grande expérience en oxygénothérapie, interviennent alors fréquemment à la demande des hôpitaux de la région parisienne.
Il est à noter que ce puissant véhicule de secours entre en dotation pour emploi chez les sapeurs-pompiers de Paris grâce à un partenariat avec le Ministère de la santé et les services d’EDF-GDF. Ce qui explique son immatriculation civile 8881 RK 75. Il prend toutefois et naturellement le rang CMH 1 au sein du Régiment.
Les successeurs
- Les fourgons de protection ont été remplacés dans les années 1970 par des fourgons sur châssis Berliet 440 K aménagés par Baillet-Pin,
- Les fourgons producteurs de mousse quant à eux sont remplacés au début des années 1980 par des fourgons sur châssis Iveco Zeta 60U10,
- Le caisson hyperbare a été transféré en 1974 vers un camion Sovam 6900 qui prend l’immatriculation CMH 2.
Merci à Fabien ISLER, Patrice HAVARD, Michel NIQUET, André ARRU-GALLART et Jean-Jacques DURAND pour l’aide qu’ils nous ont apportée pour la réalisation et l’illustration de ce dossier.
