Lutte contre la crue de la Somme (février-mars 2025)
Opération de dérivation d’une partie du flux de la Somme vers la baie (Février-Mars 2025)
Groupe d’Intervention Logistique (GIL) de l’Établissement de Soutien Opérationnel et Logistique de la Sécurité Civile (ESOL Nord)
Régiment d’Instruction et d’Intervention de la Sécurité Civile n°1 (RIISC 1)
Service Départemental d’Incendie et de Secours de la Somme (SDIS 80)
La convergence d’une année 2024 pluvieuse, l’arrivée d’une grande marée en Baie de Somme, et donc la crainte de survenues de crues, ont conduit la préfecture à requérir la mise en place d’un dispositif préventif. Ce dernier a été confié aux sapeurs-pompiers de la Somme ensuite relayés par un renfort de la Sécurité civile qui a activé une partie des moyens lourds de sa réserve nationale.
La Somme, un fleuve paisible mais…
La Somme est un fleuve du nord de la France, en région Hauts-de-France, qui traverse les deux départements de l’Aisne (où il prend sa source) et de la Somme. Il donne d’ailleurs son nom à ce dernier.
Il se jette dans la Manche par la Baie de Somme entre Le Crotoy et Saint-Valéry-sur-Somme.
La plupart du temps son cours est paisible et lent avec un débit régulier mais la convergence de plusieurs facteurs peut le faire sortir de son lit et inonder les plaines avoisinantes :
- une montée du niveau des nappes phréatiques. Lorsque de fortes pluies se produisent la nappe peut atteindre la surface du sol. Cela entraîne une inondation dite par remontée de nappe. Elle peut déboucher sur des débordements, des ruissellements ou des inondations. La crue historique de 20011De l’automne 2000 au printemps 2001, tout le nord-ouest de la France et surtout les régions Nord-Pas de Calais et Picardie sont concernées par une situation de forte pluviométrie. Les quantités de pluie tombées entre octobre et avril ont été
les plus importantes jamais enregistrées depuis le début des relevés météorologiques. L’accumulation des pluies pendant cette longue période a entraîné une hausse exceptionnelle du niveau des nappes et leur saturation. La vidange naturelle très lente s’effectue alors dans le fond des vallées, entrainant des inondations d’une ampleur localement historique. La vallée de la Somme reste sous les eaux pendant près d´un mois et demi. a été principalement due à ce phénomène, - l’influence des grandes marées. Ce sont celles qui présentent un coefficient supérieur ou égal à 90 sur une échelle qui en comporte 120. L’intensité maximale de ce phénomène naturel se produit généralement à l’approche de l’équinoxe de printemps, au mois de mars,
- d’autres facteurs peuvent également amplifier cette montée des eaux : vents violents, pression atmosphérique basse, l’influence du réchauffement climatique…
La situation au début de l’année 2025
Depuis la crue historique de 2001 de nombreux travaux ont été réalisés pour contenir les crues de la Somme. Renforcement des berges, installation de stations de pompage à Abbeville, construction d’une nouvelle écluse à Saint-Valéry-sur-Somme…
La fin de l’année 2023 et l’année 2024 ont été des périodes pluvieuses dans la région. En conséquence, au début de l’année 2025, le niveau des nappes phréatiques est élevé pour atteindre à certains endroits les niveaux de 2001 comme par exemple à Cardonnette, commune proche d’Amiens.2Direction du fleuve et des ports du département de la Somme.
Rapidement, dès janvier 2025, les sapeurs-pompiers de la Somme mettent en œuvre leurs deux pompes d’épuisement de grande puissance, sur berce, d’une capacité de 310 m3/h.
En pareils cas les écluses sont ouvertes pour permettre le meilleur écoulement possible du fleuve vers la mer.
Mais en mars 2025, donc près de l’équinoxe de printemps, une grande marée se prépare avec un coefficient proche de 100. Les écluses ouvertes posent alors un problème puisque cette situation facilite la remontée des eaux marines à contre-courant du fleuve vers l’intérieur des terres et donc le relèvement de son niveau, favorisant ainsi une crue.3La limite d’intrusion saline en vive-eau est proche de 15 km. Limitée donc par un barrage d’écluses.
La lutte contre la crue
Les actions préventives mises en œuvre consistent à fermer les écluses, pour contenir les flux liés à la marée, et détourner une partie du débit du fleuve vers la mer. Pour cela il est nécessaire de mettre en place un dispositif de pompage qui permet de prélever une partie du flux du fleuve, en amont des écluses, et de le rediriger donc vers la baie.
Pour obtenir un résultat significatif il est évident qu’il faut disposer d’une capacité de pompage de grande ampleur.
Le point d’action choisi se trouve à Saint-Valéry-sur-Somme, à la hauteur de l’écluse située sur le Canal Maritime d’Abbeville à Saint-Valéry-sur-Somme.
Unité de pompage Hytrans
L’unité de pompage de grande puissance Hytrans/Hydrosub 250 est constituée de deux modules séparés :
- Un module pompage,
- Un module dévidoir.
Le circuit d’énergie démarre avec le moteur thermique diesel Volvo, d’environ 340 cv (250 kw), qui entraine une pompe hydraulique. Celle-ci alimente à son tour, avec 60 mètres de flexibles hydrauliques (sur dévidoir), un moteur hydraulique porté par la pompe submersible en bout de chaine. Celle-ci, montée sur roues, est surmontée d’un flotteur.
L’eau pompée par la pompe submersible est dirigée vers l’unité, à une pression de 2 bar, où un surpresseur, attelé également au moteur diesel, remonte la pression de 8 bar supplémentaires.
Le module dévidoir, quant à lui, porte 1 000 mètres de tuyaux de 200 mm de diamètre (DN 200).
Il est à noter que la pompe ne nécessite pas de dispositif d’amorçage car elle est elle même plongée dans la pièce d’eau qui va l’alimenter.
La version Hydrosub 250 offre un débit de 8 000 l/min avec une pression de 10 bar.
Le Service départemental d’incendie et de secours de la Somme (SDIS 80) met en œuvre rapidement ses puissantes pompes d’épuisement, en particulier une cellule épuisement et alimentation grande capacité Hytrans Fire Systems/Hydrosub 250, très récemment acquise, qui offre un débit de 8 m3/min à une pression de 10 bar, ainsi que deux modules inondations d’un débit de 35 m3/min.4Ces acquisitions ont été rendues possibles grâce au pacte capacitaire qui est un dispositif de co-financement de l’État avec les services départementaux pour l’acquisition de moyens permettant de faire face aux nouveaux enjeux de la sécurité civile.
L’appel aux renforts de la Sécurité civile
Malgré les puissants moyens départementaux mis en œuvre, l’analyse de la situation confirme la nécessité d’amplifier encore cette capacité de pompage.
Il est alors fait appel à un renfort national, en l’occurrence à celui de la Brigade Militaire de la Sécurité Civile (BMSC) dont c’est le rôle majeur. Celle-ci-ci peut bénéficier de l’appui des moyens matériels lourds de la réserve nationale de la Sécurité civile. Ces derniers peuvent être engagés à la demande du préfet de département, sous l’autorité du préfet de zone et avec une validation à l’échelle ministérielle.
Une partie des matériels et équipements spécifiques de cette réserve nationale est stationnée au sein des Établissements de Soutien Opérationnel et Logistique (ESOL) qui sont au nombre de trois et situés à Méry-sur-Oise (95), Marseille (13) et Jarnac (16) pour assurer une couverture sur l’ensemble du territoire.
Composés d’une centaine de personnels hautement qualifiés, ces établissements constituent une arrière-garde logistique capable de répondre aux besoins particuliers des moyens opérationnels nationaux de la Sécurité civile. Ils entretiennent le parc automobile d’engins et gèrent les matériels spécifiques (unités de pompage mobiles, unités de traitement de l’eau, barrages textiles et métalliques, groupes électrogènes de grande puissance…) des moyens opérationnels nationaux qu’ils peuvent acheminer n’importe où en France (et à l’étranger !) en cas de crises.
Les moyens nationaux déployés
Pour intervenir en prévention des risques d’inondations dans la Somme, c’est l’ESOL Nord situé à Méry-sur-Oise, dans le Val-d’Oise, qui est activé. Ce dernier est équipé de trois unités de pompage mobiles et de grande puissance, les UPM 3, 4 et 55Deux autres, les UPM 1 et 2 sont positionnées au sein de l’ESOL Sud à Marseille mises en œuvre par son Groupe d’intervention Logistique (GIL) .
Ces unités matérielles sont mobiles et sont acheminées sur berces embarquées sur des châssis porteurs. Les personnels du GIL engagés sont accompagnés de sapeurs-sauveteurs du Régiment d’Instruction et d’Intervention de la Sécurité Civile basée à Nogent-le-Rotrou en Eure-et-Loir (RIISC 1).
Les unités de pompage mobiles (UPM)
Unité de pompage mobile SIGMA
Pompe
- Type SIGMA A-700-KIDM-800
- Débit : 720 à 5400 m³/h (1.5 m³/s)
- Alimentation : 2 × 400 mm, DN400
- Refoulements : 4 × 350 mm, DN350
- Amorçage par pompe auxiliaire
Moteur
- Diesel Deutz
- Puissance maximale : 440 kW à 2 100 tr/min, 600 cv
- Puissance nominale : 370 kw à 1 500 tr/min, 515 cv
- Accouplement Flender avec un un rapport de démultiplication de 2.667. 6Rapport dans lequel la vitesse est réduite dans la transmission d’un mouvement. La démultiplication est une des principales fonctions d’une transmission d’un couple moteur à un autre organe ou équipement.
Bras de levage
- Fassi Micro 15
- Capacité de 950 kg à 1.20 mètres, 515 kg à 3 mètres
Benne
- Dimensions LxlxH : 6,03 x 2.5 x 2.26 mètres
- Poids à vide : 2 200 kg
- Poids total : 11 980 kg
Les trois unités de pompage déployées ont été acquises par la Sécurité civile en 2005. Elles sont constituées chacune d’une pompe centrifuge Sigma attelée à un moteur diesel Deutz. Cette dernière est constituée d’un corps de pompe et d’une roue à aubes de tailles impressionnantes et inhabituelles chez nos sapeurs-pompiers !
La pompe est alimentée par deux entrées de 400 mm de diamètre et refoule dans quatre sorties de 350 mm à un débit impressionnant de 1.5 m3/s. L’amorçage s’effectue par une pompe auxiliaire à dépression alimentée par un petit moteur thermique.
Celle-ci peut être aussi utilisée, dans certains cas, pour injecter de l’air dans des équipements de flottaison associés aux aspiraux d’alimentation pour stabiliser ces derniers en pleine eau.
Un bras de levage Fassi est également installé à l’arrière de l’ensemble pour permettre la connexion (et la déconnexion) des aspiraux d’alimentation semi-rigides.
Ces éléments sont réunis dans un berceau container déposé dans une benne pouvant être chargée sur un châssis porteur et déposée au sol pour être mise en œuvre.
L’unité peut être équipée de flotteurs qui permettent de la positionner directement sur un plan d’eau. Sa capacité de pompage est alors augmentée d’un tiers pour atteindre 2 m3/s grâce à une faible perte de charge en entrée de pompe.
Le fournisseur de ces unités de pompage mobiles, qu’il baptise MČS SIGMA 20-1500, est l’Institut de recherche et de développement Sigma en République tchèque, spécialiste en stations de pompage, mélangeurs, agitateurs et aérateurs, filtres de protection….
La mise en œuvre
L’ESOL Nord déploie à Saint-Valéry-sur-Somme, à proximité des écluses et à l’embouchure de la Somme, ses trois unités de pompage mobiles. Chacune est embarquée sur un châssis porteur (Renault Truck Kerax, K460, C440) tractant une remorque plateau portant une benne d’accessoires systématiquement associée à chacune des unités. Elle comprend les aspiraux d’alimentation semi-rigides, les conduites de refoulements souples en dévidoirs, avec leurs moteurs d’entrainements, les crépines, des pompes flottantes, des pièces de jonctions….
Les bennes sont déposées au sol, positionnées pour leurs mises en œuvre en bordure de la Somme.
Un chargeur élévateur télescopique Merlo7Merlo S.p.A. est une société d’ingénierie industrielle italienne, fondée en 1911, spécialisée dans la production de chariots télescopiques, fixes et à tourelle rotative, de bétonnières à chargement automatique, de tracteurs forestiers, de véhicules à chenilles et de plates-formes automotrices, située à San Defendente di Cervasca, dans la province de Coni, en Italie., acheminé sur site sur la semi-remorque d’un véhicule tracteur, et les bras de levage des porteurs, vont décharger les éléments nécessaires des cellules d’accessoires. Le chariot élévateur va ensuite porter à proximité immédiate des unités de pompage aspiraux, conduites et crépines.
Ces dernières sont ajustées en bouts d’aspiraux pour filtrer les entrées d’eau. Les pompes supportent des éléments solides aspirés jusqu’à 10 cm !
Aspiraux et conduites sont connectés aux orifices d’alimentation et de refoulements. Ceux d’alimentation sont directement plongés dans la Somme en bordure de quai et ceux de refoulements dirigés vers la baie à quelques dizaines de mètres.
Les pompes sont amorcées et le pompage commence… sous haute surveillance.
Les sapeurs-pompiers de la Somme retirent leur pompe de grande puissance pour lui rendre sa disponibilité opérationnelle. Elle regagne le centre de secours de Flixecourt où elle est stationnée.
On estime à environ 7-10% la part du flux prélevée dans le fleuve pour être rejetée en baie.
La crue redoutée ne s’est pas produite validant ainsi l’efficacité des moyens importants mis en œuvre par les sapeurs-pompiers de la Somme, les membres du GIL de l’ESOL Nord et les sapeurs-sauveteurs du RIISC 1.
Le désengagement de l’ESOL s’effectue à partir du 6 mars et selon un processus inverse de celui de l’engagement. Les aspiraux, conduites et crépines sont arrachées selon le jargon des techniciens de l’ESOL8Le terme peut paraitre violent mais le désengagement des matériels s’effectue avec beaucoup de précautions ! grâce au chargeur Merlo, rapportées auprès de leurs bennes respectives et ré-embarquées avec ce dernier ou avec les bras de levage des porteurs.
Les berces sont ensuite chargées sur leurs porteurs. Le convoi ainsi constitué reprend la route vers le site de l’ESOL à Méry-sur-Oise distant d’environ 175 km.
Le rembarquement a nécessité l’engagement d’une vingtaine de personnels pendant une journée. Le travail n’est pourtant pas terminé ! A Méry-sur-Oise les matériels et équipements seront à nouveau débarqués pour subir un grand nettoyage et une remise en conditions. Plusieurs jours seront nécessaires.
Schéma de principe de la dérivation d’une partie du flux de la Somme vers la baie
Remerciements
Merci à Thierry GIRARDEAU, directeur de l’ESOL Nord, de nous avoir permis de suivre cette intervention ainsi que pour toutes ses explications.
Merci également au lieutenant-colonel Vincent JOURDAIN, chef de groupement territorial du SDIS 80.
Notes
| ↑1 | De l’automne 2000 au printemps 2001, tout le nord-ouest de la France et surtout les régions Nord-Pas de Calais et Picardie sont concernées par une situation de forte pluviométrie. Les quantités de pluie tombées entre octobre et avril ont été les plus importantes jamais enregistrées depuis le début des relevés météorologiques. L’accumulation des pluies pendant cette longue période a entraîné une hausse exceptionnelle du niveau des nappes et leur saturation. La vidange naturelle très lente s’effectue alors dans le fond des vallées, entrainant des inondations d’une ampleur localement historique. La vallée de la Somme reste sous les eaux pendant près d´un mois et demi. |
|---|---|
| ↑2 | Direction du fleuve et des ports du département de la Somme. |
| ↑3 | La limite d’intrusion saline en vive-eau est proche de 15 km. Limitée donc par un barrage d’écluses. |
| ↑4 | Ces acquisitions ont été rendues possibles grâce au pacte capacitaire qui est un dispositif de co-financement de l’État avec les services départementaux pour l’acquisition de moyens permettant de faire face aux nouveaux enjeux de la sécurité civile. |
| ↑5 | Deux autres, les UPM 1 et 2 sont positionnées au sein de l’ESOL Sud à Marseille |
| ↑6 | Rapport dans lequel la vitesse est réduite dans la transmission d’un mouvement. La démultiplication est une des principales fonctions d’une transmission d’un couple moteur à un autre organe ou équipement. |
| ↑7 | Merlo S.p.A. est une société d’ingénierie industrielle italienne, fondée en 1911, spécialisée dans la production de chariots télescopiques, fixes et à tourelle rotative, de bétonnières à chargement automatique, de tracteurs forestiers, de véhicules à chenilles et de plates-formes automotrices, située à San Defendente di Cervasca, dans la province de Coni, en Italie. |
| ↑8 | Le terme peut paraitre violent mais le désengagement des matériels s’effectue avec beaucoup de précautions ! |
