L’autoprotection des engins d’incendie


L’autoprotection des engins de lutte contre les feux de forêts

L’autoprotection est une des fonctionnalités actives de l’autodéfense d’un groupe de sapeurs-pompiers menacé par le feu. En particulier d’un groupe engagé dans la lutte contre un feu de forêt où les possibilités de dégagement peuvent être difficiles du fait du relief, des fronts de flammes… Lorsque tout repli n’est plus possible ou lorsqu’un engin est immobilisé (un enlisement par exemple), la seule issue est de trouver un refuge temporaire dans l’engin qui doit être équipé de dispositifs d’autoprotection. Ces derniers sont constitués d’un réseau d’aspersion d’eau autour de l’engin, d’un vitrage thermorésistant et d’un système d’air respirable en cabine.

Le dispositif d’aspersion d’eau

L’eau est distribuée par un réseau de canalisations en périphérie de l’engin protégé. Des buses, situées sur les arceaux pare-branches et sur les passages de roues, créent par aspersion un nuage d’eau destiné à la protection du véhicule et de son équipage, contre les flammes et la chaleur rayonnante.

Le dispositif est dirigé vers les zones sensibles du véhicule :

  • En premier lieu la cabine et particulièrement les vitrages, par jets plats,
  • les pneumatiques, par jets coniques,
  • le moteur de propulsion,
  • la pompe à incendie.

Dispositif utilisant la pompe à incendie

Prenons comme exemple d’engin auto protégé un camion-citerne pour feux de forêts. Celui-ci porte une tonne d’eau principale dite cuve utile (CU) généralement proche de 3 000 litres. Cette eau, destinée à l’attaque des incendies, est mise en pression par la pompe à incendie et dirigée vers les sorties de refoulements ou vers une lance canon si l’engin en est pourvu.

Dans la cas d’une mise en œuvre d’une autoprotection la pompe va alors débiter dans le circuit d’aspersion en utilisant l’eau de la tonne. Ainsi la durée de la mise en sécurité de l’engin et de son équipage va dépendre du volume d’eau restant dans celle-ci. Cette durée peut être augmentée si l’engin est alimenté par une source d’eau extérieure. Cela suppose bien entendu que la pompe à incendie soit fonctionnelle.

Si le volume d’eau restant est insuffisant ou si un niveau critique est atteint au cours de l’autoprotection alors un second dispositif peut être mis en œuvre.

Dispositif utilisant une pompe électrique

Pompe d'autoprotection
Pompe d'autoprotection

Sur les camions-citernes pour feux de forêts est installé systématiquement un groupe électro-pompe (GEP), autrement dit une pompe animée par un moteur électrique. Elle est alimentée par une réserve d’eau, obligatoire depuis 1996, située dans un sous-compartiment de la tonne principale. Son volume varie entre 300 et 500 litres.

Cette réserve, contenue dans une cuve d’autoprotection (CA), ne peut être utilisée pour l’attaque car du fait de sa position elle ne peut alimenter la pompe à incendie. Elle ne peut être mise en pression dans le circuit d’aspersion que par la pompe électrique.

La capacité d’autoprotection n’est pas très importante et de ce fait son engagement, avec un débit de l’ordre de 60 ou 70 l/min, ne peut durer que quelques minutes.

Déclenchement du dispositif d’aspersion

Déclenchement de l'autoprotection
Déclenchement de l'autoprotection

Le déclenchement général est manuel et peut être activé par n’importe quel membre de l’équipage par un interrupteur de typecoup de poing situé à la fois en cabine et sur le panneau de commande hydraulique à l’extérieur de l’engin et à l’arrière, près de la pompe à incendie.

Ce dispositif est également automatiquement activé lorsque le régime du moteur de propulsion (exprimé en montre de tours par minute)s’avère insuffisant pour entrainer la pompe à incendie avec une énergie suffisante et donc avec une pression de refoulement d’eau en sortie inférieure à celle nécessaire pour alimenter correctement le réseau d’aspersion.

Il est à noter que la pompe électrique est connectée directement aux batteries et est donc activable même moteur de propulsion arrêté et coupe-circuit ouvert ou fermé.

Sur certaines versions d’engins il existe une seconde pompe électrique qui peut transférer le résiduel d’eau de la cuve utile vers la cuve d’autoprotection lorsque son niveau critique est atteint.

Schéma fonctionnel du circuit d’autoprotection

Le déclenchement de du dispositif d’aspersion par la pompe électrique [1] est automatique dès lors que le niveau critique de la tonne est atteint [2]. Il faut pour cela que la vanne d’alimentation de celle-ci soit ouverte [3]. L’acheminement de l’eau de la réserve d’autoprotection [4] de la pompe électrique vers le réseau de buses/diffuseurs [5] peut alors s’effectuer.

Le remplissage des deux cuves [6], utile et d’autoprotection, par une source extérieure, s’effectue via la cuve d’autoprotection. La cuve utile se remplit donc par débordement [7] de la cuve d’autoprotection, afin de sécuriser le bon remplissage de la cuve d’autoprotection.

Vitrage résistant

Le pare-brise, les vitres latérales de la cabine d’un engin équipé en autoprotection sont traités de manière à assurer une certaine étanchéité contre les flammes, les fumées et le transfert de chaleur radiante. Ils offrent donc une résistance mécanique, thermique et une capacité à retenir les fumées. Ils doivent également résister à divers projectiles mis en mouvements par l’incendie ou par l’évolution de l’engin lors des franchissements pour ne pas céder aux éclats.

Bouteille d'air respirable et masque
Bouteille d'air respirable et masque

L’air respirable en cabine

Le personnel sapeur-pompier réfugié en cabine, et s’isolant donc de l’extérieur menaçant, doit pouvoir disposer d’un volume suffisant d’air respirable. Celui-ci est fourni par une bouteille d’air en pression et d’un système de distribution sous la forme de demi-masques individuels.

La bouteille est d’un volume de six litres à une pression de 300 bar. Elle est équipé d’un détendeur.

Elle est comparable à celles des appareils respiratoires isolants (ARI) également utilisés par les sapeurs-pompiers pour se protéger des fumées, gaz toxiques et particules nocives.

Rampe basse
Rampe basse

Les autres dispositifs d’autoprotection

Les camions-citernes pour feux de forêts sont souvent équipés de lances-canons de toit pour agir à distance sur les flammes. Ces dernières peuvent être utilisées dans le cadre d’une autoprotection : dirigées verticalement elles peuvent créer une pluie d’eau sur l’engin.

Un autre dispositif consiste à mettre en œuvre des lances écrans de type queue de paon pour créer un rideau d’eau de protection.

Enfin on peut observer sur certains engins pour feux de forêts des rampes d’arrosage situées au niveau du parechocs avant.
Ceci afin de sécuriser la voie de roulage de ces engins. En effet des braises pourraient endommager gravement les pneumatiques pouvant aller jusqu’à immobiliser les engins. Cet arrosage à un niveau bas devant les roues avant permet donc de sécuriser l’évolution de ces derniers.

FMoGP et VLTT…

Les camions-citernes pour feux de forêts ne sont pas les seuls engins équipés de dispositifs d’autoprotection. D’une manière générale tous les engins, et donc leurs équipages, qui doivent approcher des flammes ou exposés à de de fortes chaleurs radiantes sont concernés. C’est le cas par exemple des fourgons-mousses de grande puissance (FMoGP) qui interviennent pour pour lutter contres des feux industriels qui, par nature, sont violents et d’une chaleur rayonnante très importante.

Récemment, et c’est une première, les sapeurs-pompiers des Bouches-du-Rhône ont acquis des véhicules de liaison toutes roues motrices équipées de tels dispositifs. Cela s’explique par le fait que ces véhicules interviennent en feux de forêts et peuvent donc être exposés aux mêmes menaces que celles des engins d’attaque. Ces véhicules sont désignés VLTTa pour véhicule de liaison tout-terrain autoprotégé (voir notre article)..

Un bateau-pompe peut être aussi équipé de rampes d’autoprotection pour se protéger du le rayonnement thermique lorsqu’il est à proximité d’un incendie, en particulier un feu de navire, sous la forme d’un brouillard d’eau faisant le tour de la coque et de l’infrastructure.

Voir aussi :

L'autoprotection des engins d'incendie

Le VLTTa des sapeurs-pompiers des Bouches-du-Rhône

L'hydraulique des sapeurs-pompiers

Schéma hydraulique d'un engin-pompe
La pompe centrifuge
L'alimentation en eau dans la lutte contre les incendies