L’autopompe de grande puissance Somua des sapeurs-pompiers de Paris – 1923


La première Guerre sera suivie d’un important développement industriel et une intensification de l’urbanisation. De ce fait les sinistres vont se multiplier en fréquence et en intensité. Les moyens opérationnels utilisés par les sapeurs-pompiers sont moins adaptés.

Autopompe de grande puissance Somua-Drouville
Dès 1920 le colonel Hivert, commandant le Régiment des sapeurs-pompiers de Paris, soulève la question de l’insuffisance des moyens hydrauliques du moment dans la lutte contre les grands incendies.

Les faits lui donneront raison : en septembre 1921 un incendie ravage les magasins du Printemps sur le Boulevard Hausmann à Paris. Trente grosses lances avaient pourtant été établies (dont douze sur échelles). Mais celles-ci se révélèrent insuffisantes en portée et en débit.

Autopompe de grande puissance Somua-Drouville
Il était nécessaire de disposer d’autopompes plus puissantes. C’est la conclusion du commandant Vanginot, chef du service technique du Régiment, chargé de travailler la question. Il ira même en mission d’étude aux États-Unis pendant trois mois où il visitera les grands corps de pompiers américains (Boston, New York, Détroit…).

La conception d’un engin pompe puissant est confié à Somua. Somua avait produit le char Schneider CA1, un véhicule blindé et chenillé utilisé au cours de la Première Guerre mondiale. Le constructeur réalise en 1923 un fourgon à carrosserie fermée (c’est une nouveauté), à quatre portes, huit glaces latérales et équipé d’un moteur six cylindres.

Autopompe de grande puissance Somua-Drouville

Sur ce châssis est montée une pompe Drouville à six pistons en barillet tournant à 2 000 tours/min pour un débit exceptionnel de 300 m3/h  à 5 bars de pression. C’est un excentrique qui pousse successivement et alternativement les six pistons. Elle alimente 12 grosses lances (tuyaux de 70 mm).

C’est, comme l’affirme la presse de l’époque, « la pompe la plus puissante du monde ». La première sera mise en service officiellement à la caserne Chaligny à Paris en novembre 1922. L’engin est servi par douze hommes.

Beaucoup d’eau sera nécessaire, on s’en doute, pour alimenter un tel engin. Une de ses missions sera d’ailleurs la protection des édifices situés en bordures de Seine où une mise en aspiration est aisée : le Louvre, l’Hôtel de ville, la Comédie française…
Il va falloir aller chercher le supplément d’eau parfois loin des sinistres surtout en banlieues. Le commandant-ingénieur Vanginot propose alors d’associer l’autopompe Somua-Drouville à un engin d’accompagnement spécifiquement dédié aux transports des longueurs de tuyaux nécessaires à son alimentation, à l’image du Hose wagon américain (que l’on pourrait traduire littéralement par « chariot à tuyaux »). C’est la naissance du dévidoir automobile. D’autant plus nécessaire qu’est né, avec l’autopompe de grande puissance, le tuyau de 110 mm de diamètre, offrant une plus faible perte de charge mais plus lourd et moins facile à manipuler. Le dévidoir automobile (ou DA), servi par quatre hommes, transporte plus d’un kilomètre de tuyaux de 110 mm de diamètre et est équipé d’une lance-canon fixe, appelée aussi lance-Monitor, à l’instar des engins d’Outre-Atlantique. Les deux engins composeront ce que l’on appellera l’ensemble de grande puissance ou EGP.

Les trois éléments qui caractérisent les grandes puissances sont alors réunis : pompe de fort débit et puissance, tuyaux de 110 mm et lance Monitor.

D’autres ensembles de ce type seront mis en départ dès 1927 à Paris, préférentiellement en périphérie pour permettre une arrivée plus rapide sur des sinistres situés en dehors des limites de la ville.

Schéma en élévation et vue arrière de l'autopompe Somua-Drouville des sapeurs-pompiers de Paris. Source Gallica.bnf.fr/Le Génie civil - 1924