L’ambulance équine des sapeurs-pompiers de l’Orne
Les risques animaliers et les sapeurs-pompiers
A partir des années 1980 les pompiers français se sont dotés peu à peu d’unités de risques animaliers. Depuis longtemps ils étaient déjà sollicités pour la capture ou de sauvetage d’animaux agressifs ou non, blessés ou non, sauvages ou domestiques…
L’apparition des nouveaux animaux de compagnie (NAC), c’est à dire des animaux appartenant à des espèces autres que les animaux domestiques, a demandé de plus en plus d’engagements et a accéléré la création de moyens et de compétences spécifiques à ce type d’interventions.
Ces structures répondent à la volonté du législateur. En effet, en 2021, la loi dite loi Matras du nom du député du Var qui a porté cette loi1Fabien Matras, député de la 8ème circonscription du Var, est un ancien sapeur-pompier volontaire du Service départemental d’incendie et de secours du Var., a redéfini les missions de la Sécurité civile et a établi clairement l’obligation pour les hommes du feu de protéger les animaux. La protection des animaux devient une mission des sapeurs-pompiers. Elle l’était déjà de fait et il y de très nombreux exemples d’interventions de secours aux animaux par les sapeurs-pompiers dans le passé avant cette loi qui n’est restait pas moins nécessaire.
Elle complétait une loi de 2015 reconnaissant les animaux comme des êtres vivants doués de sensibilité.
Le secours aux grands animaux
Les grands animaux, bovidés, cervidés équidés… peuvent se retrouver accidentellement dans des situations très dangereuses pour eux : chutes dans un cours d’eau d’eau ou un étang, enlisement dans un bourbier, divagation sur la voie publique ou le réseau routier…
Dans de telles situations périlleuses les sapeurs-pompiers sont fréquemment sollicités.
Les unités de secours animaliers sont les plus à même d’être engagés, s’ils existent, mais on peut aussi voir intervenir les unités cynotechniques, les groupes d’intervention en milieux périlleux (GRIMP) voire même parfois les équipes de secours aquatique. Ces spécialistes possèdent l’expertise leur permettant d’aborder des animaux en perdition ou en divagation, disposent de moyens de levage, de traction, d’extraction… utiles en pareils cas.
Le secours aux équidés et le cas des sapeurs-pompiers de l’Orne
Les équidés, et les chevaux en particulier, peuvent se retrouver dans les situations décrites ci-dessus. Ils peuvent aussi être victimes d’accidents de la route, soit en étant percutés par des automobiles ou lorsqu’ils sont transportés en vans spécialisés. Certains accidents graves nécessitent une désincarcération au même titre que celle des victimes humaines. Les équipes de secours routiers peuvent donc aussi être engagés.
L’Orne, en Normandie, est riche en patrimoine équestre et le cheval y est un centre d’intérêt de premier plan. Le haras national du Pin, le plus ancien des haras nationaux français, est situé sur le territoire de la commune française du Pin-au-Haras, dans ce même département2L’Orne et le Perche sont le berceau d’une race mondialement connue, le percheron..
Cette forte concentration de chevaux suppose fatalement des accidents de toutes sortes : collisions sur la route, incendies dans les structures équestres, blessures graves lors d’activités sportives ou situations d’évacuation d’urgence…
Le sapeurs-pompiers du département s’y sont préparés et sont des acteurs de premier plan aux côtés des vétérinaires, des propriétaires, des collectivités locales…
Les vétérinaires qui interviennent dans ces situations sont souvent eux mêmes des sapeurs-pompiers, majoritairement volontaires.
Ces intervenants sapeurs-pompiers reçoivent une formation spécifique afin d’approcher et de manipuler des chevaux tout en assurant leur sécurité, celle de leurs sauveteurs et celle de tous les intervenants.
En cas d’accident grave impliquant un cheval, chaque minute compte. Une fracture ouverte sur un terrain boueux, une collision routière ou une chute dans un fossé exigent une réponse rapide et coordonnée.
L’ambulance équine
Dans ce contexte, et en regard de leurs nombreuses interventions de ce type, les sapeurs-pompiers de l’Orne, et ce sont les premiers et à notre connaissance les seuls à l’avoir fait, ont mis en départ une ambulance équine.
Celle-ci a été aménagée par AP Petit, carrossier sarthois3Implanté à Joué-l’Abbé. spécialisé dans la fabrication de véhicules pour le transport de chevaux. Cet aménagement s’est fait sur la base d’un véhicule standard de secours et d’assistance aux victimes (VSAV), aménagé originellement par Tib et qui avait été mis en départ en 2007 et donc a été reconditionné pour ce nouvel agrès.
La cellule sanitaire a été retirée du châssis et une nouvelle a été installée avec une porte latérale pour l’accès des intervenants. Elle comporte un pont arrière avec hayon, qui est la voie de chargement de l’animal. Des caméras sont là à l’intérieur et à l’extérieur pour une surveillance pendant le transport. Un évier avec réserve d’eau, des placards de rangement ont été intégrés, des éclairages de type LED extérieurs et intérieurs.
Des anneaux d’attache sont fixés sur chaque flanc de l’engin pour immobiliser un ou plusieurs animaux afin de les sécuriser et leur porter des soins si nécessaires.
L’ambulance embarque un portique mobile sur roues permettant de transporter l’animal en suppression d’appui grâce à des sangles de suspension. Ce portique, compte tenu du poids de l’équidé secouru, se charge grâce à un treuil, rampe arrière abaissée. Ce treuil est situé en cellule à l’avant et dans l’axe du chargement.
Également embarqués un sac de prompt secours adapté au secours animalier, un casque de protection équin, des attelles, civières, sangles, mors, longes… Autant de matériels et équipements bien connus du monde hippique.
On y trouve également un système de levage par coussin d’air original destiné aux équidés incapables de se relever, souffrant de traumatismes entraînant une incapacité totale ou partielle au déplacement et/ou au relevé.
Cette structure gonflable se place sous l’animal et son gonflage, grâce à un petit compresseur, le redresse sur ses pattes. Cet équipement, Equi-lift du nom de son fabricant, a été mis au point par deux vétérinaires praticiens, Pierre Schoenaers et Mathilde Bourély.
Il existe bien sur des prestataires spécialisés privés dans le secours aux équidés : EquiSOS, Horse Emergency… Ils disposent de véhicules ou vans adaptés et travaillent en collaboration avec des vétérinaires et les sapeurs-pompiers. Leurs prises en charges ne concernent pas seulement les urgences mais également les transports sanitaires de chevaux malades vers des centres de soins.
On a pu ainsi remarqué la présence de Vans du service ambulancier Horse Emergency à Versailles dans le parc du Château où se tenaient les épreuves hippiques des Jeux Olympiques 2024. Un dispositif prêt à intervenir en cas d’incidents impliquant des chevaux.
Remerciements
Merci à Samuel de la Société AP Petit pour ses explications concernant la réalisation de cette ambulance.
Merci à ÉquiSOS et Émilie Laurençon (Horse Emergency) pour la transmission d’intéressantes images.
Merci à Léa GABRIEL de nous avoir apporté ses connaissances du monde équin.
