Abeille 32 du Port du Havre (1981 – 2004)


Abeille 32 est construit en 1981 par les Chantiers Dubigeon-Normandie à Grand-Quevilly pour Les Abeilles. Il est destiné, avec son sister-ship Abeille 31, construit par les mêmes Chantiers la même année, au service des pétroliers du terminal d’Antifer du Port du Havre.

Il est long de 45 mètres et animé par deux moteurs diesel quatre temps du constructeur Crépelle de 2 450 CV et 12 cylindres en V entrainant deux propulseurs Voith-Schneider. Cette propulsion lui permet une vitesse de 13 nœuds et une traction au point fixe de 48 tonnes.
Son équipement incendie est constitué de deux pompes à incendie de 1 000 m3/h. Elles alimentent un distributeur de refoulements (douze sorties, six par bords) et cinq lances Monitor.

Le moteur de propulsion bâbord entraine sur son avant le propulseur Voith-Schneider bâbord et sur l’arrière l’une des deux pompes incendie. Il existe le même dispositif avec le moteur tribord.

Trois des canons incendie dominant les cheminées, sont télécommandés à partir d’un pupitre situé dans la passerelle de navigation. Les deux canons latéraux offrent un débit de 6 300 l/min et le central, télescopique et équipé d’une caméra, un débit de 3 000 l/min avec une portée d’une soixantaine de mètres.

Deux autres canons de mêmes débits sont manœuvrables manuellement et positionnés sur la passerelle de navigation.

Un réservoir de 5 000 litres de liquide émulseur haut foisonnement, un de 30 000 litres à bas foisonnement et deux de 22 000 litres à moyen foisonnement ainsi que deux sphères de 1 500 kg de poudre complètent cet équipement.
Un vaste local à l’avant reçoit tuyaux, raccords, ventilateurs, pompes submersibles et matériels divers.

Le navire est également équipé d’une échelle pivotante Riffaud sur le pont arrière. Elle peut être utilisée pour aborder une navire sinistré, y permettre l’embarquement des équipes d’intervention, recueillir et mettre en sécurité ses membres d’équipage, permettre une action d’extinction depuis un point haut…

Le remorqueur a servi au Havre pendant près de vingt ans. L’équipage appartenait à l’armateur et était renforcé par des sapeurs-pompiers du Havre, dont un officier, lors d’interventions de lutte contre les incendies.

Il est transféré sous pavillon de Saint-Vincent & Grenadines en 2004, rebaptisé Flamboyant et basé à Abidjan, au même titre qu’Abeille 31 rebaptisé Baobab. Tous deux sont affectés pour le service en rade pour les pétroliers en opérations sur le sea-line sous les couleurs de l’Ivoirienne de remorquage et de sauvetage (Les Abeilles).

Échoué sur une plage à la sortie du canal de Vridi en août 2007, il est jugé irrécupérable et est déclassé pour être ferraillé en mars 2008.

Abeille 32  lors de l’incendie d’un entrepôt portuaire réfrigéré en bord de quai au Havre en août 1997. Cet entrepôt intégrait des réservoirs contenant cinq tonnes d’ammoniaque nécessaires à la réfrigération de denrées stockées dans trois hangars. Il existait donc de forts risques d’explosion et de toxicité.

Abeille 32 en intervention rapprochée lors du même incendie au Havre en août 1997. Noter le collecteur de refoulements sur le pont avant. Les jets propulsés par les lances Monitor alimentées par les deux pompes du navire d’un débit de 1 000 m3/h chacune et le ruissellement d’eau à droite montrent bien la force de frappe d’un tel moyen de lutte anti-incendie. Celle-ci a permis de refroidir efficacement les réservoirs d’ammoniaque et prévenir leur explosion, risque majeur de ce sinistre.

Abeille 32  en juin 1987, lors de l’incendie du pétrolier grec Vitoria consécutif à son abordage en Seine par le pétrolier japonais Fuyoh-Maru. Un accident qui fit six victimes dont un pilote de Seine. Noter la lance Monitor montée sur un mat télescopique qui permet d’attaquer l’incendie à partir d’un point haut ou d’avoir une vue en surplomb grâce à la caméra dont elle est équipée. Le jet d’une autre lance Monitor, dirigé à l’opposé du sinistre, permet de compenser le recul des autres lances en action.


Merci à Théodore Gazengel, commandant de l’Abeille 32 pendant près de dix ans (1991-2000), d’avoir partagé avec nous informations et photographies.