Une intervention très spéciale pour les pompiers de Paris ! (1906)

En décembre 1905 fut adoptée en France la loi de séparation des Églises et de l’État. Cette loi prévoyait la transmission de près de 70 000 édifices religieux et des biens qu’elles renfermaient, à des associations cultuelles, c’est à dire vouées à l’exercice d’un culte et qui restaient à créer.

Jusque là les biens de l’Église étaient gérés par des « fabriques », c’est à dire des conseils paroissiaux constitués de clercs et de laïcs.

Pour garantir une répartition juste et équitable des biens à redistribuer –  églises, chapelles, calvaires, argenterie, luminaires, ornements… l’article 3 de la loi prévoit d’en faire un inventaire « descriptif et estimatif ». Cet inventaire, qui est une mesure conservatoire, est assuré par les agents de l’administration des Domaines qui, pour l’occasion, demanderont « l’ouverture des tabernacles ».

Ce point particulier de la loi, déchaine déjà les passions et provoque une levée de boucliers de la part de la communauté  catholique qui y voit les signes d’une persécution et d’une tentative de spoliation.

Ainsi lorsque les agents de l’État se présentent à l’entrée de certaines églises, pour dresser ce fameux inventaire, ils sont fraichement reçus. En général l’opposition est pacifique: le prêtre de la Paroisse lit une protestation, fait sonner les cloches tandis que ses fidèles regroupés entonnent des cantiques.

Mais parfois la tension monte…. A Paris, devant l’église Saint-Clotilde, le 1er février 1906, les fidèles se massent devant les grilles et interdisent l’accès de l’édifice aux agents de l’état et aux gardiens de la paix. Les portes de l’édifice sont cadenassées. Le préfet Lépine, présent sur les lieux, demandent aux sapeurs-pompiers de Paris d’enfoncer les portes à coups de haches. La police peut alors pénétrer dans l’église non sans recevoir une collection de projectiles en tous genres !

Le lendemain, toujours à Paris et dans le 7ème arrondissement, les paroissiens s’enferment dans l’église Saint-Pierre-du-Gros-Caillou et montent une barricade avec le mobilier de l’église qu’ils entassent contre les portes d’entrée. Les agents de l’État essayent de parlementer puis la police fait les sommations règlementaires (un tambour-major de la Garde républicaine est présent) mais rien n’y fait.

Des gardiens de la paix sont présents ainsi que la garde à cheval et à pied. Mais impossible de pénétrer à l’intérieur de l’édifice. On fait alors encore appel aux sapeurs-pompiers de Paris. Ces derniers, venant du poste rue Malar, se présentent avec une échelle à coulisse, une échelle à crochets, des cordages, des haches ainsi qu’une cisaille qui va leur permettre de couper les fils de fer qui ferment la grille d’entrée. Puis ils vont tenter d’ouvrir les portes de l’église à l’aide de barres-à-mine et de haches mais l’empilement de chaises et bancs interdit toute progression vers l’intérieur. D’autant que le mobilier retiré par les sapeurs-pompiers est rapidement remplacé par les fidèles reclus dans l’église. On essaye alors d’arroser ces derniers pour les  repousser au fond de l’édifice. Pour cela les sapeurs-pompiers mettent en œuvre une lance alimentée par une pompe à incendie à vapeur après avoir brisé quelques carreaux du vitrail frontal.  Une seconde lance est établie vers une entrée latérale.

La manœuvre fonctionne, la barricade est démontée. La police s’engouffre alors dans l’église, matraque ceux qui tentent de s’opposer et procède à de nombreuses arrestations. Les agents des domaines entrent à leur tour et réalisent enfin l’inventaire du mobilier de l’église.

C’est le préfet de police de Paris en personne qui dirige les opérations. Ces interventions « musclées » susciteront de vives protestations populaires qui feront la joie des illustrateurs !

L’exemple parisien est suivi par de nombreuses paroisses en province. A Cominac par exemple, dans la Haute-Ariège, on enchaine deux ours à l’entrée de l’église pour dissuader les agents de l’État !

Finalement Clémenceau, devenu ministre de l’Intérieur la même année, mettra fin à ces inventaires et déclarera à la Chambre : « Nous trouvons que la question de savoir si l’on comptera ou ne comptera pas des chandeliers dans une église ne vaut pas une vie humaine ».